Château Mont-Redon : une classe à part

Le vin de châteauneuf-du-pape a le Mistral dans les voiles depuis quelque temps déjà. Ici, chacun roule son galet roulé sans trop se soucier de la crise. La crise? Comme au Vatican, connaît pas. Même parmi les vignerons qui forcent la note du côté des prix. C'est que l'image de l'appellation est porteuse, très porteuse.

Depuis quatre générations, la famille Abeille-Fabre, au Château Mont-Redon (www.chateaumontredon.fr), non seulement demeure pour sa part très sage côté prix mais sublime l'appellation au-delà de cette image du gros-costaud-pas-toujours-délicat-dans-la-manière, où la testostérone des tanins ajoute à la virilité des vins. De ce fait, Mont-Redon est d'une classe à part.

Il suffit de discuter avec Jean Abeille pour justement saisir la «manière» et la «mise en vin» chez lui. Une volonté, ici, de demeurer hors mode, sans concentrations excessives ni boisages marqués (moins de 40 % du volume sous bois), mariant finement la palette des nombreux cépages pour magnifier au mieux dans l'assemblage l'intégrité fruitée de chacun d'eux. Une seule cuvée car il n'y a pas, au domaine, de ces barriques à Parker, de cuvées spéciales et autres supra-cuvées qui dilueraient le propos de la cuvée de base. Mont-Redon, c'est du bonbon.

C'est parfumé, c'est balancé et ça vous glisse au palais comme un déroulé de velours habilement tissé avec du lin, pour la souplesse mais aussi pour la bonne tenue d'ensemble.

À la vigne comme au chai, pas de secrets: des éraflages et des pigeages depuis 20 ans déjà pour extraire sans bavures le meilleur des polyphénols à maturité complète, mais surtout des cépages plantés aux bons endroits et une pratique de plus en plus répandue du surgreffage, comme on le fait avec la counoise et le cinsault, afin de bénéficier de jus moins riches en ce qui a trait au degré potentiel d'alcool.

Une mesure qui apparaît d'ailleurs de plus en plus pertinente compte tenu du réchauffement climatique et des degrés particulièrement affolants, en hausse depuis quelques années.

En espérant prochainement le Châteauneuf-du-Pape blanc 2008 (grenache blanc, bourboulenc, clairette, roussanne et picpoul), au registre floral fin, aux saveurs fluides, suaves, tendres, claires mais aussi consistantes, vous pouvez jouir d'un Mont-Redon 2005 (41,25 $ - 856666) au fruité très pur et parfaitement circonscrit, puissant derrière ses tanins mûrs et civilisés, son harmonie parfaite et sa finale longue.

Déjà très accessible. ***1/2, 2, ©. Le 2006, actuellement plus fermé, est aussi un grand classique du genre avec ses tanins bien nourris, sa musculature fine, sa puissance sous-jacente, son potentiel évident. ****, 2. Alors que le 2007 (tiré du fût), issu d'une année chaotique sur le terrain (déficit hydrique, rendements importants), laisse déjà entrevoir un superbe potentiel lié au travail sérieux mis en oeuvre par l'équipe de Mont-Redon.

Trois chevernys

C'est dans la vallée de la Loire que ça se passe quand il fait soif. Voyez par vous-même: sancerres, muscadets, bourgueils et gamays de Touraine, tout y est léger, digeste, vivant, friand et franchement amusant à boire. Le Cheverny, en blanc comme en rouge, l'est tout autant. Voici trois vins, trois millésimes, différents de style, majoritairement à base de sauvignon blanc (ici arrondis d'une part de chardonnay), vinifiés en cuve sur lies fines.

- Domaine de Montcy 2006 «Clos des Cendres» (18,90 $ - 919191): le plus ambitieux des trois, à la texture satinée, ronde, ample et peu acide. Un blanc sec de repas qui accompagne à merveille volaille et poissons en sauce. ***, 1.

suite de la page B 6

- Domaine des Huards 2007 (17,40 $ - 961607): le style est plus vif avec ce fruité de pomme qui perce et pousse à la verticale comme le sauteur au bout de sa perche. Fruité assuré, une certaine ampleur et clarté. Termine bien droit. **1/2, 1.

- Domaine du Salvard 2008 (16,95 $ - 977769): le plaisir est immédiat et la bouche mouille sans mollir. Presque exotique dans le fruité avec délicates notes poivrées qui avivent, stimulent et portent le palais, simplement, amicalement. Le vin d'apéro par excellence, sur les petites fritures de type calmars ou accras de morue...***, 1.

Le doyen des chroniqueurs se distingue

Il recevait en début de semaine le Prix des ambassadeurs du vin au Québec, créé officiellement en 1999, à l'initiative de la SAQ. Il ne l'aurait pas demandé, ce n'est pas son style.

Mais voilà, le Collège des ambassadeurs du vin au Québec le lui a remis, et ça, ça lui fait plaisir. Mieux, il est pleinement mérité. Car Jacques Benoit ne court ni les médailles ni les concours, encore moins les soirées de gala.

Ce doyen des chroniqueurs en vin du Québe, à l'oeuvre à La Presse depuis 1982, mérite ce prix avant tout pour son intégrité: «Jean, dis-toi que s'il y a une chose qui est importante dans notre métier, c'est de toujours jouer la carte de l'intégrité», me serine-t-il depuis toutes ces années.

Il a raison. Vignerons, agences promotionnelles, interprofessions mais surtout ses nombreux lecteurs en savent quelque chose.

Ne lui reste maintenant qu'à noter ses vins un demi-cran plus haut: «Comme toujours, j'ai noté un peu plus bas», a t-il l'habitude d'écrire en fin d'article, après ses marathons de dégustation.

Ce prix lui donnera peut-être des ailes pour noter... plus haut, qui sait? Bravo, collègue!

- Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: Le vin gagne à séjourner en carafe.

- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.

www.vintempo.como

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Les vins de la semaine

La belle affaire

Château de Gourgazaud 2007, Minervois (13,60 $ - 022384)

Le plaisir est toujours là, sans faillir, avec les nouveaux arrivages de ce classique languedocien. Avec ce superbe 2007, on joue le tout encore une fois sans se péter les bretelles, simplement, avec cette façon de mettre le fruit en valeur, avec charnu, sans rugosité. 1.

L'australien

Ned & Henry's Shiraz 2006, Hewitson, Barossa Valley,

Australie (21,95 $ - 10959776)

Le soleil tombe sur les terres du vignoble et la syrah exhale de parfums sensuels et suggestifs: imaginez seulement la scène! L'aventure se poursuit sur un propos fondant, ardent, riche, frais et texturé, puis se termine finement, sans vulgarité... 2.

La primeur en blanc

Mâcon Uchizy 2008, G. & P. Talmard (20,30 $ - 882381)

On ne peut pas dire que le chardonnay se traîne les pieds derrière la capsule à vis! Et puis, il y a ce terroir qui livre, avec netteté et fraîcheur, un fruité consistant, bien mûr, auquel il est bien difficile de résister. C'est friand, coulant, appétissant, surtout sur les escalopes de volaille à la crème. 1.

La primeur en rouge

Château de Lamarque 2006, Haut-Médoc, Bordeaux

(31 $ - 10752767)

À l'ombre du 2005, ce millésime demeure pourtant très classique, avec une évolution prévisible qui se fera lentement en bouteille. Ce Lamarque a une solide base fruitée à laquelle s'ajoute la structure tannique «tassée» des bons médocs. Race et longueur. 2.

Le vin plaisir

Domaine de la Citadelle 2007 «Le Châtaignier», Côtes du Luberon (16,55 $ - 880831)

Ce rouge de constitution moyenne est le type même de vin qui raconte le Luberon comme si vous sautiez derrière la carte postale. Réalisme fruité immédiat et bouche gourmande, doucement épicée, avec ce petit côté rieur et rustique à la fois. Du plaisir! 1.

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