Nécessaire démission

Quand le réseau de télévision CTV a révélé qu'on avait retrouvé des documents secrets dans ses studios, je n'ai eu aucun doute. Non seulement la ministre des Ressources naturelles, Lisa Raitt, garderait son emploi, mais le premier ministre Stephen Harper n'aurait aucun mal à défendre le refus de sa démission.

Voilà le genre de documents qui auraient très bien pu être rendus publics par le biais de la Loi sur l'accès à l'information. Ce n'est pas le cas des documents oubliés par l'ancien ministre des Affaires étrangères Maxime Bernier chez son ancienne copine Julie Couillard, documents qui auraient contenu du matériel délicat sur nos alliés de l'OTAN. Ces deux négligences se distinguent aussi par le fait que c'est l'adjointe de Mme Raitt, et non la ministre elle-même, qui a oublié lesdits documents. Sans parler de la fameuse robe de Julie Couillard et de son passé trouble avec les Hells, des éléments qui ont certainement jeté de l'huile sur le feu de l'affaire Bernier!

J'ai moi-même déjà eu à congédier des employés qui avaient mis dans l'embarras leur ministre, et ce n'est certainement pas la démission de l'adjointe de Mme Raitt qui m'a empêché de dormir la semaine dernière. Ce sentiment s'est plutôt confirmé à la lumière de la dernière bévue commise par sa directrice des communications, soit l'oubli d'une enregistreuse dans une salle de toilettes du parlement.

Cette fois, j'estime toutefois que le premier ministre Harper a eu tort de ne pas avoir demandé la démission de Mme Raitt — les excuses tardives qu'elle a présentées hier ne changent d'ailleurs rien. On a pu entendre la ministre dire: «[...] lorsqu'on réglera ce dossier, c'est nous qui aurons tout le crédit. Je suis prête à rouler les dés là-dessus. C'est facile. Tu sais quelle est la solution à ce problème? L'argent. C'est juste une question d'argent, alors on va trouver une solution. Ce n'est pas une question morale.»

Il est vrai que la disponibilité des isotopes médicaux n'est pas une question morale. Mais peut-on pour autant en faire un dossier «sexy» grâce auquel une ministre de la Couronne pourra espérer faire avancer sa carrière si les dés lui sont favorables? Certainement pas.

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Par contre, il est difficile d'être en désaccord avec le refus du gouvernement Harper d'accueillir au Canada les Ouïghours qui doivent être libérés sous peu de la prison de Guantánamo. Un refus qu'avait déjà essuyé le président George W. Bush.

Certes, cela pose un sérieux problème aux Américains. Peu après son élection, le président Barack Obama avait promis de fermer la prison de Guantánamo d'ici un an. L'ennui, c'est qu'il a fait cette promesse sans en prévoir l'exécution.

Selon un récent sondage Gallup, les Américains sont fermement opposés à la fermeture de Guantánamo et au transfert de certains détenus dans les prisons des États-Unis. Près des deux tiers (65 %) de la population pensent que Guantánamo ne devrait pas être fermée. Les trois quarts (74 %) s'opposent à ce que l'on déplace les détenus dans une prison près de chez eux.

Jusqu'à présent, l'Union européenne a elle aussi refusé d'accueillir des prisonniers ouïghours à la demande des Américains. Ils arguent qu'ils ne devraient pas avoir à accepter des prisonniers que les Américains ne sont pas prêts à accueillir eux-mêmes. Voilà une position raisonnable que devrait suivre le Canada, spécialement à la lumière des récents commentaires formulés par Janet Napolitano, secrétaire à la Sécurité intérieure au sein du cabinet Obama.

Mme Napolitano reconnaît maintenant que les malfaiteurs des attentats terroristes du 11-Septembre ne sont pas venus du Canada. Néanmoins, la secrétaire insiste pour dire que «dans la mesure où les terroristes sont entrés dans notre pays à travers une frontière, il faut que ce soit par la frontière canadienne».

Évidemment, les Américains ne croient plus que les prisonniers ouïghours de Guantánamo sont une menace à leur sécurité. Pourquoi alors ne pas les accueillir chez eux? Le cas échéant, le Canada pourrait collaborer en aidant les Américains à régler un problème qui est devenu une préoccupation pour toute la communauté internationale, y compris pour beaucoup de Canadiens. Sinon, pourquoi irions-nous courir le risque d'accueillir ces gens alors qu'ils n'ont aucun lien avec notre pays?

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nspector@globeandmail.ca

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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail

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