Et puis euh - Si on s'ennuie de nos Expos

S'il vous arrive dans un élan de nostalgie de vous ennuyer de nos ex-Expos, demandez-vous d'abord pourquoi diantre on dit «un élan de nostalgie». Non mais songeons-y pendant que l'on a deux minutes à soi dans ce monde où tout va trop vite: un élan est requis au saut en hauteur, du moins depuis l'avènement de la technique Fosbury ou un peu avant, un frappeur de baseball doit forcément produire un élan s'il veut la mettre en jeu et espérer atteindre les sentiers, un Tiger Woods est contraint à l'élan pour devenir le meilleur golfeur du monde et recevoir toute cette gloire, mais la nostalgie? On arrive au bout du tremplin, on se met en position groupée et on plonge dans la nostalgie avec des figures? Difficile à croire, si vous voulez mon avis.

Enfin. Toujours est-il que si vous vous ennuyez de nos ex-Expos, vous devriez peut-être vous dire que des fois, rien est préférable à quelque chose. En 2005, ils sont devenus les Nationals de Washington parce que dans le temps, il n'y avait pas de compagnies de télécommunications à la recherche de contenu pour leur plate-forme de gadgets qui voulaient les acheter. Mais ça n'a pas précisément été, jusqu'à maintenant, un franc succès. Les Nationals sont très pas bons, ils jouent devant des gradins largement déserts, et si vous pouvez nommer un seul de leurs joueurs, c'est que vous avez beaucoup trop de temps libres.

Au moment où l'on s'écrit, les Nationals présentent un dossier de 15 victoires et 40 défaites. Si on prend notre calculette au laser liquide et que l'on établit une projection sur 162 matchs, cela nous donne 44 gains cette saison. À des fins de comparaison, retournons à l'époque bénie où nos Expos étaient une petite équipe de l'expansion constituée de rejets des autres clubs, en 1969, il y a 40 ans; ils avaient remporté 52 rencontres.

Et les Nationals ne sont pas mauvais que lorsqu'ils jouent à la balle. Ils éprouvent aussi des problèmes de dysfonction vestimentaire. (Rappelons que l'expression est née à l'occasion d'un certain spectacle de mi-temps d'un certain Super Bowl, lorsque Justin Timberlake avait déchiré le corsage de Janet Jackson et que le velcro était défectueux et que l'on avait vu un contour de poitrine pendant neuf seizièmes de seconde à trois kilomètres de distance et que l'Amérique s'était retrouvée scandalisée. La Nouvelle-Angleterre avait gagné 32-29.) Le 10 avril, le lanceur Mike Hinckley, qui porte le numéro 58, s'est présenté au monticule avec le «8» à l'envers sur son uniforme. Bon, évidemment, ça prend de l'oeil pour détecter un 8 la tête en bas, étant donné que le 8 a tendance à être pas mal verticalement symétrique, mais la preuve a été établie, vous pouvez vérifier.

Puis, le 13 avril, le lanceur Wil Ledezma a gravi la butte vêtu d'un maillot dont le «N» initial de «Nationals» était aussi à l'envers.

Puis, le 17 avril, deux joueurs, Adam Dunn et Ryan Zimmerman, ont joué avec un uniforme dont le «o» était absent. Cela donnait «Natinals».

Puis, le 10 mai, le releveur Ron Villone s'acharnait à tenter de lancer des prises lorsque son numéro 41 s'est mis à se détacher du dos de son chandail.

Des reporters d'enquête sur le terrain ont essayé d'obtenir une entrevue exclusive avec le couturier de l'équipe, mais ça n'a pas précisément été, jusqu'à maintenant, un franc succès.

Cela pour dire qu'aujourd'hui a lieu la séance de repêchage amateur dans le baseball majeur. Et comme ils ont livré le pire rendement des deux ligues la saison dernière, les Nationals détiennent le premier choix.

Or il se trouve un énorme prospect, comme on n'en a peut-être jamais vu. Il s'appelle Stephen Strasburg, il joue pour l'Université San Diego State. Sa balle rapide atteint 103 milles à l'heure. Il démantibule l'opposition. Les Nationals ne peuvent pas ne pas le sélectionner.

Sauf qu'ils sont prêts à lui verser environ 10 millions $US comme prime à la signature. En cela, ils ont l'appui des autorités des ligues majeures, qui plaident la dureté du climat économique et veulent éviter une surenchère. Mais Strasburg et son agent Scott Boras, l'un des plus intenses de la discipline, disent vouloir 50 millions $US. Voilà ce que l'on pourrait qualifier d'axiomes opposés.

Si Strasburg est bel et bien réclamé par Washington et si les deux parties n'arrivent pas à s'entendre, le gars pourrait devoir aller jouer au Japon, ou se joindre à une équipe indépendante quelque part dans les rangs mineurs. Car il est un brin coincé: à défaut de signer avec les Nationals avant le 15 août, son nom serait remis dans la banque des candidats l'an prochain. Or les Nationals sont en fait assurés de finir au dernier rang des majeures cette saison, et donc d'avoir le premier choix en 2010...

Si cela vous rappelle un dénommé Eric Lindros, vous n'avez pas la berlue.

Être un très grand joueur universitaire ne garantit pas le succès au plus haut niveau chez les professionnels, surtout au baseball où le développement athlétique est très long. Depuis l'avènement du repêchage amateur en 1965, 77 lanceurs ont été choisis dans les cinq premiers rangs; 12 seulement ont remporté plus de 100 matchs dans les majeures, et aucun n'est entré au Temple de la renommée.

Mais quand même, si on avait eu la chance de voir Strasburg à Montréal... Sacré gâchis.

À voir en vidéo