Théâtre - Étonnant FTA!

Un peu délicat de dresser le bilan d'un festival dont je n'aurai finalement vu que la petite moitié des spectacles puisqu'il faut bien choisir quand les semaines n'ont toujours que sept jours et que la vraie vie continue quand même d'exister. Délicat donc, mais c'est comme ça. De cette troisième édition du festival TransAmériques qui aura accueilli plus de 36 000 spectateurs, comme on l'apprenait hier, j'aurai vu une dizaine de spectacles, exclusivement de théâtre, sur le menu de 25 propositions — plus quelques shows de l'off pour mieux saisir le lien entre les deux événements, mais ça ne compte pas. Avec pas de danse, comme dans «avec pas» de casque, pour les raisons énumérées plus haut...

Qu'une dizaine de spectacles et pourtant la nette certitude que l'on vient d'assister à une impressionnante édition de TransAmériques. Des propositions toujours surprenantes, souvent dérangeantes aussi. Des chocs violents, comme ces rencontres avec le travail déroutant de Jan Fabre (L'Orgie de la tolérance) et de Pippo Delbono (Questo buio feroce). Des démarches chaque fois chargées inscrites dans des formes neuves comme l'a souligné à maintes reprises notre équipe. Aux frontières de la danse et du théâtre comme dans Éonnagata de Robert Lepage et ses deux comparses; ou du théâtre et de l'image synthétique comme dans le remarquable Thomas Bernhard de Denis Marleau (Une fête pour Boris) qui, une fois de plus, donne à Christiane Pasquier l'occasion de faire sentir toute la mesure de son talent.

La petite équipe du FTA a le grand mérite d'avoir su proposer des spectacles exigeant l'implication du spectateur et qui débouchent sur la remise en question des certitudes à partir desquelles on s'explique la vie ou ce qu'est une représentation théâtrale. Parce que le théâtre sert à cela aussi, à vous jeter par terre pour mieux continuer ensuite, et qu'il est toujours bon de le sentir dans un festival branché sur ce qui se fait, tout autant un peu partout qu'ici, sur le theatrum mundi dont parlait déjà William S...

C'est un peu ce qu'a fait Brigitte Haentjens en demandant à Anne-Marie Cadieux de faire une Sophie Calle d'elle-même (Douleur exquise), jusqu'à plus soif. Ou même le très new-yorkais Zachary Oberzan dans son Rambo Solo qui multiplie le récit pour mieux le faire éclater. On peut penser que c'est probablement ce qu'a aussi voulu faire Francis Monty dans son très attendu Gestes impies qui manque toutefois de substance et qui ne réussit encore qu'à agacer. Par contre, les Lettons du New Riga Theatre y sont parvenus sans problème avec ce Sound of Silence qui, à partir de son esthétique lourdement sixties, rejoint une sensibilité que l'on croyait exclusivement nord-américaine. Tout au long du festival, une même constante: toujours jamais rien d'anodin ou d'ordinaire. Bien au contraire!

C'est comme ça qu'est arrivée cette autre surprise totale des Chiliens (dont je n'aurai pu voir que l'une des deux productions, Diciembre), à la toute fin du festival, vendredi soir dernier au Prospero. Un choc là aussi, mais dans un tout autre sens, plus formel, mais tout aussi senti. Les trois jeunes comédiens du Teatro en el blanco racontent une histoire compliquée et particulièrement noire où il est question de guerre, d'affrontements divers et de mensonges, une histoire que l'on parvient à saisir en lisant les surtitres qui arrivent à peine à suivre le rythme endiablé des répliques. Le choc provient du fait que l'intensité et la «vérité» de leur cri traverse la barrière des langues et du surtitrage pour venir nous prendre à la gorge en nous faisant même, parfois, éclater de rire aussi. Étonnant.

C'est d'ailleurs le mot qui résume le mieux le versant Théâtre... et la programmation globale de cette troisième édition de TransAmériques s'il faut en croire les collègues: étonnant!

Même si le festival ne jouit pas du budget rutilant de certains qui investissent plutôt dans la «distraction massive» (le mot est de Wajdi Mouawad), la programmation élaborée par Marie-Hélène Falcon place maintenant son FTA sur un plan tel qu'il ne faut pas s'étonner d'avoir vu ici les gens du festival d'Avignon de même que des journalistes, des diffuseurs et des programmateurs de plus d'une vingtaine de pays. Il faut se féliciter que le FTA s'impose comme l'un des plus importants festivals de théâtre francophones — 450 artistes de 12 pays différents donnant 25 spectacles en 18 jours devant des salles presque combles chaque fois — et souhaiter que sa collaboration avec des événements d'envergure s'accentue encore plus au bénéfice du plus grand nombre. D'autant plus que les rencontres et tables rondes auxquelles participaient artistes et spécialistes ont attiré plus de 1000 personnes. Bravo, Madame Falcon! Et vivement le prochain FTA du 26 mai au 12 juin 2010!

Festival de théâtre yiddish à Montréal!

C'est à compter de la semaine prochaine que se tiendra le premier festival international de théâtre yiddish de Montréal; l'événement aura lieu du

17 au 25 juin au Centre Segal anciennement connu sous le nom de Centre Saidye Bronfman.

Durant neuf jours, on aura droit à une programmation serrée autour de 36 événements différents mettant en relief le travail de compagnies de théâtre venues d'Israël, de France, de Roumanie, de Pologne, des États-Unis et du Canada et proposant aussi, en collaboration avec l'Université McGill, un symposium sur le théâtre yiddish, des expositions, des concerts et même un festival de cinéma.

Rajoutons à tout cela un week-end complet, du 19 au 21 juin, soulignant le 50e anniversaire du Théâtre yiddish Dora Wasserman qui présente The Pirates of Penzance de Gilbert&Sullivan jusqu'au 16 juin et qui est, on s'en doute bien, derrière toutes ces activités. On se renseigne et l'on réserve ses billets au Centre Segal 514 739-2301 ou encore sur le site Internet www.yiddishtheatre.org/fr

En vrac

- Le metteur en scène Gervais Gaudreault dirigera deux comédiennes taïwanaises, Jade Pi-Yu Shih et Szu-Ni Wen, dans la version en mandarin de Petit Pierre de Suzanne Lebeau présenté en ouverture du Taipei Children'a Arts festival en juillet. Gaudreault a déjà monté des versions en anglais, en espagnol et en italien de productions du Carrousel, mais cette coproduction avec le festival taïwanais est évidemment une première. C'est Camille Yih-June Chia qui se charge de la traduction, et soulignons que Ludger Côté tient toujours le rôle de Petit Pierre.

- C'est le 22 juin, à la Maison des écrivains, avenue Laval, que Jeu lancera son numéro 131 consacré aux contes et aux conteurs. Michel Vaïs a dirigé le dossier qui fait la couverture du magazine et qui pose une question centrale: le conte s'enrichit-il au contact du théâtre ou, au contraire, perd-il son âme en s'y frottant. On pourra entre autres lire là des textes de Christian St-Pierre et de notre collaboratrice Guylaine Massoutre qui tisse des liens entre le conte et la danse de même qu'un conte original d'Hélène Lasnier. En plus des chroniques et des critiques habituelles, Gilles Marsolais se penche aussi sur l'abandon de l'idée de créer une troupe permanente pourtant proposée par les récents États généraux. Le numéro sera en vente à compter du 26 juin.

mbelair@ledevoir.com°

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