Il sent la soupe chaude

Oui! II sent la soupe chaude, très chaude. «Il», c'est Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, la banque centrale américaine.

Celui-là même qui a orchestré la plus récente et, surtout, la plus grande orgie de liquidités de toute l'histoire de l'Amérique. Pour sauver le système bancaire, il n'a pas hésité à pomper des billions (un billion = 1000 milliards), en fait plus de dix billions de dollars américains dans l'économie. Pour ce faire, il a charcuté son taux directeur à presque 0 %. Et, comme cela ne suffisait pas, il a accouché d'une nouvelle approche nommée assouplissement quantitatif. Une expression à connotation mathématique laissant croire à une pratique hautement sophistiquée alors que, dans les faits, elle signifie tout simplement le recours tous azimuts à la planche à billets. C'est ainsi que sa banque centrale a créé des centaines de milliards de dollars américains pour racheter les titres du Trésor américain, les produits dérivés à problème des banques américaines, les hypothèques, les titres de dettes des entreprises, etc. Cela s'appelle en économie monétiser la dette.

Ben Bernanke a pu s'adonner en toute liberté à ce jeu alors que, crise financière oblige, les investisseurs se sont littéralement rués sur le dollar américain comme ultime placement refuge. C'était jusqu'à il y a un mois environ.

Depuis, l'approche Bernanke est de toute évidence tombée un os: les taux d'intérêt. Depuis un mois, le rendement des obligations du Trésor américain de dix ans est passé de près de 2,4 % à 3,83 % à la clôture des marchés, le vendredi 5 juin. Cette poussée de fièvre du rendement des obligations du Trésor s'est répercutée de plein fouet sur les taux hypothécaires. Le taux des hypothèques de 30 ans est passé en deux semaines de près de 4,78 % à 5,45 %. Cela survient en dépit du fait que la banque centrale intervient régulièrement dans les marchés pour justement empêcher les taux de grimper. Surprenant!

Et décevant. Car jamais n'ai-je vu l'activité économique américaine ralentir autant et aussi rapidement. La machine de production au sud de notre frontière tourne à peine à 69 % de sa pleine capacité, du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale. Les mises en chantier ne se chiffrent plus qu'à 458 000 unités sur une base annuelle (en avril), également du jamais vu. Le PIB du pays a dévissé de 5,7 % au premier trimestre et de 6,1 % au quatrième trimestre. Le taux de chômage atteint maintenant 9,4 %, lui qui se chiffrait à 5 % il y a de cela à peine un an. L'onde de choc s'est propagée aux autres grands pays. L'Allemagne, l'Espagne, l'Angleterre, la Russie, le Mexique, le Japon accusent tous un fort recul de leur PIB.

Dans un tel contexte, vous comprendrez, point n'est besoin d'assister à une montée en flèche des taux d'intérêt. Surtout aux États-Unis. Une telle montée risque de tuer dans l'oeuf tout semblant de reprise. C'est pourquoi Ben Bernanke a appelé la semaine dernière son gouvernement à accoucher rapidement d'un plan pour revenir à un plus sain équilibre budgétaire. Car Ben Bernanke sait pertinemment bien que la mèche de tolérance des investisseurs étrangers est maintenant très courte. Va pour un déficit budgétaire de probablement deux billions de dollars américains pour l'exercice en cours. Mais les mois s'égrainent et, à la fin septembre, débutera le nouvel exercice comptable du Trésor. Or, et c'est là l'énigme, comment réagiront les investisseurs étrangers si le Trésor américain doit une fois de plus prédire un déficit à la hauteur de deux billions de dollars américains pour 2009-10?

À voir l'appel fait la semaine dernière par Ben Bernanke, ce dernier craint que ceux-ci réagissent très mal en envoyant le dollar de l'oncle Sam dans les bas-fonds et les taux d'intérêt vers de nouveaux sommets cycliques. Cela pendant que l'économie américaine demeure très chancelante.

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