La promesse du Caire

Devant le discours remarquable de Barack Obama, jeudi dernier au Caire, la planète unanime — hormis le Hezbollah libanais et la droite israélienne — a dit son admiration. Le ton, les nuances, le choix des mots, la capacité de voir le monde à travers les yeux des autres: tout y était, dans ce texte où le président a évoqué de vraies discussions avec l'Iran, la souffrance palestinienne, l'Holocauste, la démocratie dans le monde arabe, le désarmement nucléaire et les droits des femmes...

Cependant, dans ce concert d'éloges, il y a le danger de s'en remettre au Sauveur, à un Deus ex machina... qui n'existe plus. Lorsque l'on dit — et ce fut sans doute la phrase la plus répétée après le discours — «Bien parlé, maintenant on attend les gestes», c'est justement dans ce travers que l'on risque de tomber. Les États-Unis ne peuvent pas tout. Ce président hyperactif, intelligent et sensible, le sait mieux que quiconque...

Bien sûr, il y a l'attente légitime de ces gestes qui donneront de la substance aux ouvertures verbales. On attend des États-Unis, par exemple, qu'ils négocient de bonne foi avec l'Iran et résistent aux sirènes israéliennes qui poussent à la confrontation. Ou que, sur la question palestinienne, Washington ne recule pas, le cas échéant, devant la confrontation avec son «allié éternel».

Ce slogan «Et maintenant, aux actes, Monsieur le Président!» peut être une façon pour les acteurs de la région de se défausser de leurs responsabilités. Il s'adresse à tous, et pas seulement à l'administration américaine...

«Aux actes!» L'impératif s'adresse aussi aux dictatures arabes, qui répriment les femmes et l'opposition politique, et qui instrumentalisent de façon hypocrite la cause palestinienne. À l'Égypte, qui a fermé ses frontières aux supposés «frères» de Gaza. À l'Iran, qui ferait bien d'envoyer au front un vrai négociateur plutôt qu'un illuminé intégriste. À l'Irak, qui doit éviter le retour de la guerre civile. À tous ces peuples, enfoncés dans le fatalisme victimaire...

En politique, les paroles peuvent aussi être une forme d'action. Et jusqu'à présent, Barack Obama a fait plus que sa part.

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Élections au Parlement européen. Malgré la crise économique, victoire de la droite dans les principaux pays du continent: courte en Espagne, mais écrasante en France, en Allemagne, en Italie... Participation sous les 50 % presque partout: c'est la fameuse «indifférence démocratique», encore plus accusée à l'Est, dans des pays comme la Pologne, qui il y a tout juste 20 ans sortaient d'un régime haï où le vote libre était impossible. Paradoxe de la liberté.

Deuxième phénomène: pour la majorité de ces 45 % de citoyens qui, tout de même, se sont déplacés pour voter, ces élections au Parlement de Strasbourg sont vécues le plus souvent dans une optique «nationale»... si ce n'est «paroissiale».

Ainsi, hier soir à Paris, la joie des partisans de l'UMP, le parti présidentiel, ne procédait pas de la satisfaction de voir l'Europe avancer sur le réchauffement climatique ou sur la réglementation financière. Non, on était au ras des pâquerettes, sur le registre local et politicailleur, du genre: «Qu'est-ce qu'on leur a mis aux socialos!» Il est vrai qu'avec 17 % du vote contre 28 % à l'UMP, le PS français reçoit l'une des pires claques de son histoire, et que Sarkozy doit bien rire.

Un autre qui doit ricaner, c'est Silvio Berlusconi, plébiscité par son peuple (35-40 % pour son parti, 10-15 % pour ses alliés) alors que le reste du monde — en tout cas, ceux qui s'intéressent à l'Italie de l'extérieur — est horrifié de ce qu'il voit: un caudillo et ses intrigues décadentes de Bas-Empire. Un capo supremo infaillible à qui le peuple — ou une bonne moitié du peuple — passe tout, absolument tout: la corruption manifeste, la fusion des intérêts privés et publics, les lois faites sur mesure, le dénigrement forcené de la justice, la mainmise sur les médias, sans oublier — c'est le dernier épisode du feuilleton italien — le harem et les orgies du Prince, révélés ces dernières semaines par La Repubblica et son cousin espagnol El Pais.

Non, ce n'est pas la même droite que celle de Mme Merkel, et il faudra bien un jour expliquer les ressorts secrets de cette déprimante «exception italienne».

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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

francobrousso@hotmail.com

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