Médias - À la recherche du juste prix

Le 28 mai, une réunion convoquée par l'Association américaine des journaux réunissait, dans un hôtel de la banlieue de Chicago, de hauts dirigeants des principaux groupes de presse américains. Objectif: discuter des meilleures façons de faire payer le contenu journalistique sur Internet.

La réunion a fait sensation, à cause du sujet à l'ordre du jour bien sûr, mais aussi parce que certains observateurs, dans la presse américaine, se sont demandé si les patrons de presse n'étaient pas en train de faire collusion, et ainsi violer les lois antitrusts.

Sur la défensive, un patron du New York Times a expliqué que l'on n'avait pas discuté d'échelles de prix, mais plutôt évoqué différents modèles économiques.

Depuis plusieurs mois, plusieurs grands journaux songent à introduire un mode de paiement pour le contenu diffusé sur leurs sites Web.

Cette réflexion est suivie avec attention chez nous. Il est d'ailleurs intéressant de constater que, pour le moment, les trois quotidiens francophones montréalais suivent tous une stratégie différente sur le Web.

Avec le populaire site Cyberpresse, La Presse offre beaucoup de contenu gratuit (presque tous les articles, de nombreux blogues, de nombreuses mises à jour quotidiennes). Mais les revenus seraient en deçà des attentes et des investissements consentis, nous dit-on.

Le Devoir, lui, n'offre à peu près pas de contenu supplémentaire sur son site (il travaille actuellement à refaire son site Web pour l'améliorer). Pour avoir accès à la totalité du contenu du journal, il faut être abonné payant. On notera que ces abonnements sont en constante progression, et qu'ils contribuent de façon importante au bilan financier positif de l'entreprise.

Pour sa part, Quebecor a choisi la voie de la méga-convergence, en amalgamant une partie du contenu de ses entreprises, dont Le Journal de Montréal, à son grand portail Internet Canoë. Plusieurs artisans des journaux en question préféreraient avoir une identité propre sur le Web. Mais Quebecor veut multiplier ses revenus en offrant le contenu produit par ses médias sur son futur service de téléphonie sans fil.

Maintenir la valeur

L'American Press Institute (API) publiait récemment un rapport fort intéressant, Newspaper Economic Action Plan, qui examine différents scénarios pour faire payer le contenu en ligne.

Cet organisme avait tenu en novembre dernier une rencontre avec 50 grands patrons de presse américains pour étudier l'actuelle crise économique des journaux, et il avait eu le mandat de poursuivre sa recherche.

Le rapport de l'API propose aux éditeurs une stratégie autour de cinq axes. Le premier: établir la valeur exacte du contenu d'information mis en ligne.

On conseille également de «maintenir la valeur du produit professionnel» en menant une bataille «agressive» pour défendre le droit d'auteur. L'API presse les éditeurs de négocier à la hausse les ententes avec les entreprises comme Google News et les agrégateurs de nouvelles, et ne pas hésiter à faire des pressions juridiques et politiques pour ce faire. Il faut que les éditeurs et les rédacteurs soient mieux payés si leurs textes de nouvelles sont transformés, redistribués, reconstruits et ainsi de suite.

Autre idée forte: plutôt que de courir après les revenus publicitaires sur les sites Internet, l'API préconise de recentrer l'approche auprès des consommateurs. Donc de développer le commerce électronique, en offrant une foule de produits en tous genres.

L'API examine quelques scénarios de paiements, dont la possibilité de faire payer des articles à la pièce, comme le fait iTunes avec les chansons.

L'abonnement mensuel ou annuel est une autre possibilité, mais l'API préconise aussi un modèle hybride. Par exemple, une entreprise qui offre un abonnement à différents taux en élargissant la gamme de produits offerts: éditions électroniques, applications pour iPhone, accès approfondi aux archives du journal, et même magazine imprimé hebdomadaire exclusif envoyé aux abonnés Internet. Ce modèle s'inspire de la câblodistribution, qui offre différents services à des prix variables (plus ou moins de chaînes de télévision, la vidéo sur demande, les forfaits télé, Internet, le téléphone et ainsi de suite).

Mais le rapport répète également un principe de base incontournable: les consommateurs payeront uniquement pour un contenu qui a une importante valeur ajoutée, et que l'on ne trouve pas ailleurs gratuitement.

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pcauchon@ledevoir.com

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