Lire religieux - Des secrets du Vatican éventés

Le Vatican fascine. Qu'on l'observe avec respect ou qu'on déteste ce qu'il représente, il suscite, compte tenu du pouvoir d'influence qu'on lui attribue, les passions. Et comme il n'opère pas toujours dans la plus grande transparence, les légendes et rumeurs à son sujet sont légion. Ancien journaliste à La Croix et à L'Express et spécialiste des questions religieuses, Bernard Lecomte, dans Les Secrets du Vatican, revisite, pour les dégonfler, «les principaux mystères de l'histoire du Vatican depuis un siècle, de l'apparition du grand rival du christianisme, le communisme, jusqu'à l'élection du dernier pape».

Qu'en est-il, par exemple, des fameux «silences» de Pie XII, au sujet de l'extermination des Juifs, qui continuent de faire débat? Les conclusions de Lecomte sont claires: Pie XII a multiplié les gestes concrets, mais discrets, visant à sauver des milliers de Juifs; il a même frayé avec des officiers allemands qui complotaient pour renverser Hitler; mais il est vrai, cela étant, qu'il a refusé de condamner avec éclat le délire antisémite nazi. Non pas, insiste le journaliste, parce qu'il l'approuvait d'une quelconque façon, mais uniquement par «peur des représailles» contre les catholiques, dans les pays sous la botte allemande. Hitler, en effet, n'a jamais hésité à terroriser et à tuer des catholiques, chaque fois que le Vatican a contesté publiquement sa fureur meurtrière. Pie XII, donc, «fut davantage diplomate que prophète», mais il n'a pas été le pape d'Hitler. La question, cependant, reste: «Une protestation spectaculaire [...] aurait-elle sauvé la vie des malheureux en partance? Pie XII aurait-il pu faire reculer Hitler dans sa folle entreprise d'éliminations des juifs d'Europe?»

Son prédécesseur, le XI du même nom, parfois lui aussi accusé de connivence avec le diable, considérait pourtant Hitler comme «l'antéchrist» et a condamné les théories nazies dans de multiples sorties publiques. Il avait même mandaté un jésuite américain, John LaFarge, spécialiste des questions de discrimination raciale, pour écrire une encyclique contre le racisme et l'antisémitisme. Le général des jésuites de l'époque, un Polonais soucieux de ne pas briser l'alliance d'avant-guerre contre le communisme entre la Pologne et l'Allemagne, serait à l'origine du retard fatal dans la livraison de ce document au pape, mort avant d'avoir pu le rendre public. Cette enquête nous permet d'apprendre qu'«il est rare qu'un pape écrive directement une encyclique».

Dans un chapitre consacré au vigoureux débat qui s'est tenu au Vatican, dans les années 1960, au sujet de la contraception, on rencontre, dans le camp des «plus ouverts», le cardinal Léger et, dans le camp des conservateurs, un certain Wojtyla. Lecomte rapporte aussi la forte boutade de la «Canadienne» Colette Potvin, membre de la commission pontificale sur cette question: «Quand vous mourez, Dieu vous demande: "As-tu aimé?" et non: "As-tu pris ta température?"»

Étranger à tout sensationnalisme, en quête de faits, même s'ils sont moins savoureux que les bobards, Lecomte, dont le style journalistique est vivant et assuré, établit aussi, entre autres, que Jean-Paul 1er n'a pas été victime d'un complot, qu'Ali Agça, qui a tenté d'assassiner Jean-Paul II en 1981, était essentiellement «un cinglé fanatique», que le troisième secret de Fatima est un banal message anticommuniste et que le saint suaire de Turin, vraiment mystérieux, est, selon les mots de Jean-Paul II, une «provocation à l'intelligence» qui ne change toutefois rien à la foi.

S'il a parfois quelques complaisances douteuses — on aurait souhaité plus de sévérité à l'égard de l'Opus Dei et des traditionalistes de Mgr Lefebvre —, Lecomte reste d'abord un journaliste attaché à dissiper les fumées qui brouillent le réel.

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louisco@sympatico.ca

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Les secrets du Vatican, Bernard Lecomte, Perrin, Paris, 2009, 396 pages
14 commentaires
  • Jean-Paul Michon - Inscrit 25 mai 2009 07 h 46

    Vatican versus la religion catholique

    Merci pour votre article très lucide sur ce livre!

    Aujourd'hui, le problème n'est pas de découvrir les secrets du Vatican mais de faire la part des choses entre l'intérêt de laisser ces religions, sans foi ni loi, agir sur notre quotidien et celui de comprendre le vrai sens de ce que représente une spiritualité authentique. Les religions font la preuve chaque jour qu'elles sont plus dangereuses qu'utile à un monde moderne de libertés et d'égalités. La vrai spiritualité doit se passer de toutes formes d'endoctrinement. Elle existe de façon naturelle dans le coeur de chaque être humain. L'endoctrinement vient briser et dévoyer l'être humain de ses authentiques valeurs spirituelles. C'est la seul raison pour laquelle, les religions veulent endoctriner les jeunes le plus tôt possible.

    Jean-Paul Michon,
    michonjeanpaul@yahoo.fr

  • Yvon Roy - Inscrite 25 mai 2009 07 h 57

    Pie XII

    Les archives de Pie XII sont maintenant ouvertes aux analystes, mais elles ne devraient pas révéler de grandes nouveautés sur ce qui est déjà connu de la plupart des observateurs au sujet de son rôle présumé avec les nazis.

    Notamment son appui tacite à Mussolini et Franco, qui ont fort probablement influencé aussi en partie son silence initial à l'égard des nazis contre les communistes, un peu à l'image de l'Opus Dei en Espagne, par exemple.

    Mais comme presque toute la diplomatie des Alliés se déroulait à l'ambassade américaine de Suisse pendant la Seconde guerre mondiale, grâce aux bons soins d'un certain Allan Dulles à son bureau de l'OSS, entre autres, il serait intéressant d'y suivre aussi quelques pistes, dont celle de ce mystérieux agent X10, mieux connu de Churchill sous le nom de Pie XII, si on veut éviter de retomber dans le syndrome du Code de Da Vinci encore une fois avec sa si précieuse Mona LISA pseudo ésotérique; qui n'était bien sûr qu'une autre gracieuse fabulation journalistique de plus sur les vaticanistes et leurs suppôts, toujours à la recherche des 10 tribus perdues d'Israël aux dernières nouvelles...

    Voir M. Baigent et Cie dans LE MESSAGE aux Éditions J'AI LU # 7674 pour plus de détails amusants sur ces bien mystérieux Alpha Galates entre autres s.v.p, qui n'hésitaient pas à se déguiser en bons frères franciscains pour mieux pouvoir infiltrer les arcanes du Vatican; mais un membre très sérieux de la Curie romaine ayant malheureusement remarqué leur propension certaine à l'égard du bon vin, leur affaire tourna court après une bonne bouteille de trop si on peut dire, et l'OSS, ancêtre de la CIA, se vit obligée d'ouvrir une autre filière sur le sujet à nouveau. Voilà!

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 25 mai 2009 09 h 18

    Pie 12 a sauvé des Juifs

    Voilà, la question est réglée. Faisait 60 ans qu'on nous mentait, qu'on le salissait.

  • Yvon Thivierge - Inscrit 25 mai 2009 15 h 01

    Un journaliste embrouilleur

    Comment peut-on se fier à un journaliste à la fois papiste et zarkoziste qui triture les faits, nous lance des bobards et nous raconte des sornettes ?

    Bernard Lecomte n'apporte aucune preuve que Jean-Paul I n'a pas été victime d'un complot, qu'Ali Agça a agi seul en sa qualité de "cinglé fanatique" et que les deux papes Pie, XII et surtout XI, n'ont pas été des antisémites endurcis.

    La preuve qu'il nourrit un parti pris pour les dirigeants de droite, voire même fascisants, ne réside-t-elle pas dans "ses complaisances douteuses", voire néfastes et nauséabondes à l'égard de l'Opus Dei et des intégristes schismatiques de Marcel Lefebvre ?

    Force n'est-il pas de conclure que ce journaliste s'attache à brouiller le réel avec toutes sortes de fumées ?

  • Richard Gauthier - Inscrit 25 mai 2009 16 h 43

    @Jean Paul Michon

    Bonjour M. Michon.
    Tout a fait en accord avec vous. Vos écrits sont d'une justesse et d'une sagesse qui mettent un beaume sur l'intelligence humaine. Je suis en train de terminer le merveilleux livre de Richard Dawkins «Pour en finir avec Dieu» et je m'en délecte. Il y a un chapitre ou il se pose beaucoup de questions sur la bonté des hommes ou il fait plusieurs analogies avec la religion car beaucoup de croyants ont du mal à imaginer comment, sans religion, on peut-être bon ou même on voudrait l'être. Souvent, des croyants posent cette question à M. Dawkins «Si Dieu n'existe pas, pourquoi être bon? Alors, M. Dawkins, de rétorquer «Est-ce que vous voulez vraiment me dire que la seule raison pour laquelle vous essayez d'être bon, c'est pour que Dieu vous approuve et vous récompense, ou pour éviter qu'il vous réprouve et vous punisse? Alors là, nous sommes loin de bonté inconditionnelle.

    Bonne journée,

    Richard Gauthier