Les leçons d'une élection

Les yeux de la classe politique au Canada étaient rivés sur la Colombie-Britannique mardi, alors que les électeurs se dirigeaient aux urnes pour voter dans une élection chargée d'enjeux. Peut-on tirer des leçons de la victoire du premier ministre Gordon Campbell, le premier à connaître le verdict populaire en plein milieu de la grande récession?

Ceux qui ont regretté la défaite cuisante de Stéphane Dion à la dernière élection fédérale s'inquiétaient aussi du fait que les Britanno-Colombiens avaient en main le destin du pionnier de la taxe sur le carbone. Leur campagne de promotion a débuté avant même que toutes les voix eussent été comptées. En vérité, M. Campbell avait perdu cette guerre avant le déclenchement de la bataille électorale.

Pendant que les prix du pétrole montaient en flèche, au-dessus de 1,50 $ le litre, l'année dernière, la chef du NPD, Carole James, lançait une campagne pour «mettre la hache dans le taxe». Quand les libéraux ont commencé à dégringoler dans les sondages, M. Campbell a abandonné son secrétariat qui s'occupait des changements climatiques et il a cessé de parler d'une mesure présentée davantage pour stimuler les manchettes.

Les prix ont chuté et la taxe a perdu sa puissance d'attraction au NPD. Cependant, dès la première semaine de la campagne, quand les écologistes ont attaqué son parti, il était devenu évident que Mme James en paierait le prix politique. Les médias étaient ravis de ce conflit jusqu'à ce que les sondages montrent une course très serrée, ce qui les a forcés à fignoler leurs analyses. En fin de compte, la voix populaire du Parti vert a rétréci, et celle du NPD a augmenté. Malgré le fait que les écolos avaient une raison supplémentaire de voter avec un référendum sur la réforme du système électoral.

En 2005, les partisans du système proportionnel, le single transferable vote (STV), sont venus remarquablement près de la victoire. Ils ont lamentablement échoué cette fois. Ce rejet retentissant est-il un signe de plus que les Canadiens commencent à souhaiter l'élection d'un gouvernement majoritaire? Les partis fédéraux vont sans doute soupeser cette hypothèse.

Cependant, pour eux, la question plus importante concerne les conséquences politiques des mauvaises périodes économiques. Il s'agit d'un fort handicap pour des gouvernements sortants. Je pense par contre que les analystes et les conseillers des grands partis d'Ottawa ne pourront tirer que peu de leçons de l'élection de cette semaine.

La performance du gouvernement Chrétien-Martin a légué aux libéraux un puissant branding économique. Leur successeur, Michael Ignatieff, tente de consolider cet acquis en se débarrassant des positions de M. Dion et en taillant au centre. M. Campbell, pour sa part, a eu la bonne fortune de faire face au NPD, une formation peu célébrée pour sa gestion économique.

Quand bien même il aurait été incapable d'assimiler les bonnes périodes économiques au Parti libéral et les mauvaises au NPD, M. Campbell pouvait compter sur un autre avantage: son concurrent pour le poste de premier ministre était une concurrente.

Dès le début de la campagne, M. Campbell a donné le ton du message à ses troupes:

«Mme James n'a pas beaucoup d'expérience en affaires, a-t-il dit. À l'évidence, elle ne comprend pas beaucoup des défis.» Puis, sous les feux de la rampe, pendant le débat des chefs, il a laissé glisser: «Madame James, vous devriez comprendre, c'est un grand job et il est difficile de comprendre ce job.» Bien des gens dans les médias ont jugé son commentaire «condescendant». Dans les circonstances d'une campagne électorale en 2009, le qualificatif «sexiste» aurait été plus approprié.

On ne sait pas trop depuis quand l'expérience en affaires est devenue une condition nécessaire pour occuper le poste de premier ministre. Lester Pearson n'avait aucune expérience de cette sorte. Ni Tommy Douglas ou Ralph Klein. Stephen Harper n'en a pas non plus. Dans la pléthore récente de publicité positive (ou négative) entourant Michael Ignatieff, je ne me rappelle même pas d'une fois où on a fait mention de son expérience (ou de son manque d'expérience) en affaires.

Alors, d'où vient la différence? Aucun de ces messieurs n'était ou n'est une femme.

Il faut aussi noter que M. Campbell n'a pas mené ce genre de campagne sexiste contre

Mme James en 2005. Il faut rajouter que sa propre expérience en affaires est plutôt mince et à vrai dire peu impressionnante, quand il s'en trouve.

Bref, pour l'essentiel, il faut bien admettre qu'en l'absence d'une meilleure stratégie, M. Campbell a fait subir à Mme James ce que Stephen Harper a fait endurer à M. Dion en octobre dernier: il l'a enfermée dans un stéréotype. Toutefois, s'il semble difficile de verser des larmes pour les hommes sans charisme, la campagne électorale en Colombie-Britannique devrait être vue pour ce qu'elle est: un autre frein à l'avancement des femmes dans la politique canadienne.

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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
2 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 14 mai 2009 06 h 07

    Norman Spector, le rétécisseur de têtes.

    Réduire une campagne électorale à une phrase et en faire une attaque contre ls femmes, il n'y a que Norman Spector pour être capable de faire cela. Et la prospérité en Colombie-Britannique, et la fierté d'avoir obtenue les Jeux Olympiques, et la détestation des conservateurs de Stephen Harper et de ses amis...? M. Spector est trop partisan des conservateurs-réformistes pour en faire une analyse utile.

  • Pierre Rousseau - Abonné 14 mai 2009 11 h 56

    Aveuglement volontaire!

    M. Spector montre encore son parti-pris pro-conservateur qu'il porte à un niveau inégalé. Personne en CB, sauf lui dans cet article, n'a parlé du fait que Mme James aurait été défavorisée parce qu'elle était une femme, bien au contraire. L'incident lors du débat des chefs dont M. Spector parle, a montré l'arrogance et la condescendance de M. Campbell en général, ce qui avait déjà très bien ressorti dans les sondages. Mme James a été reconnue comme gagnante du débat par la majorité des commentateurs. Elle a livré une campagne brillante et malgré le handicap de son opposition à la taxe sur le carbone et la désaffection des écologistes traditionnellement proches du NPD, elle a obtenu un très bon score. Le paradoxe en CB c'est que la taxe sur le carbone a jouée en faveur des Libéraux quoiqu'en dise M. Spector qui est un adversaire de cette taxe depuis des lustres. Ça veut aussi dire que le Plan Dion a peut-être (probablement) été rejeté au Canada anglais pas à cause de la taxe mais à cause de Dion lui-même et de sa personnalité byzantine pour les Anglo-Canadiens.

    Le vote unique transférable (VUT en français, M. Spector) a perdu pas parce que les gens veulent des gouvernements majoritaires mais bien parce que les politiciens n'ont fait AUCUNE campagne pour le soutenir et parce que la campagne du non s'est limitée à dire que le système est trop compliqué et donc, pourquoi changer? Les électeurs avaient oublié tout le travail fait entre 2002 et 2004 par l'Assemblée des citoyens et personne ne leur a rappelé... De plus seulement environ 50% des électeurs se sont présentés aux urnes... Donc la question ne préoccupait pas la majorité des électeurs. M. Spector aime véhiculer des mythes mais il est faux de prétendre que le VUT entraîne des gouvernements minoritaires - l'Irlande a ce système depuis 80 ans et n'a pas connu plus ou moins de gouvernements minoritaires que les autres pays qui ont des modes de scrutins différents. De toutes façons la question est maintenant épuisée en CB et le changements ne viendront pas de là.

    Il faut donc prendre ce que M. Spector dit à propos de sa province avec un grain de sel... et la même chose pourrait s'appliquer à ce qu'il dit à propos de politique fédérale!