Et puis euh - Étrange

On voudrait nous mettre l'eau à la bouche qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Le milliardaire Alexander Medvedev, l'un des patrons de Gasprom, la firme qui alimente l'Europe en gaz naturel, et président de la Ligue continentale de hockey (KHL) en Russie, est de passage en Suisse à l'occasion du Championnat du monde. Mardi, il a déclaré qu'il entretenait des pourparlers avec trois équipes de la Ligue nationale dans le but d'acquérir l'une d'entre elles.

Et il a dit ceci: «Nous trouvons étrange que des villes de hockey comme Québec n'aient pas d'équipe dans la LNH.»

Oh.

Il n'a pas dit Kansas City. Il n'a pas dit Las Vegas. Il n'a pas dit Hamilton. Il n'a même pas dit Winnipeg. Il a dit: Quebec City.

Nous pouvons dire que, nous aussi, nous trouvons cela étrange. Comme nous trouvons étrange que le commissionnaire Gary Bettman s'évertue à proclamer que les Coyotes de Phoenix se portent comme le charme qu'ils n'ont jamais cessé d'être et qu'ils ne s'en vont nulle part et que si vous le voulez bien, j'aimerais que vos questions portent plutôt sur les excellentes séries éliminatoires pour l'obtention de la Stanley auxquelles nous sommes en train d'assister avec fébrilité même si Canadien n'y figure plus.

Certes, Medvedev, qui siège aussi au conseil de la Fédération internationale de hockey sur glace, n'est pas le candidat numéro un aux yeux des propriétaires de la LNH. Il a démarré une ligue concurrente, et il est l'homme qu'ils blâment pour l'absence d'entente concernant les transferts de joueurs entre la LNH et les fédérations nationales européennes.

Mais bon, peut-on dire non à un milliardaire bien longtemps?

Vous verrez, dans quelques années, on se disputera pour savoir si le but de Vincent Lecavalier était bon.

***

Finalement, on apprend que la dureté du mental, ce n'est pas qu'une blague. On a même une étude pour le prouver. Une étude de l'Université de Zurich, en Suisse.

Des chercheurs ont en effet découvert que les golfeurs experts possèdent plus de matière grise dans la cervelle que les autres. Il appert qu'un bon élan au golf représente l'un des gestes sportifs les plus difficiles à maîtriser. Certes, personnellement, nous aurions tendance à penser que frapper une rapide à 100 milles à l'heure en lieu sûr, ou même juste y toucher, ou arrêter une garnotte d'Alexander Ovechkin, ou retourner un service de Rafael Nadal, ou négocier l'épingle du Casino dans un furieux bolide qui ne compte pas son millage au gallon, c'est pas mal quelque chose, mais bon. On ne contredit pas les études comme ça.

Et pour maîtriser l'élan, il faut beaucoup de matière grise, ces cellules qui sont cruciales notamment dans le contrôle des muscles. Est-ce à dire que les bons golfeurs sont plus intelligents que les autres? Nenni. Ce qui nous rassure tous un peu, n'est-ce pas, nous qui réclamons des mulligans à tout bout de champ lorsqu'il nous arrive d'avoir l'étourderie d'aller jouer un 9. (Précisons à l'intention des non-connaisseurs des allées qu'un mulligan équivaut à la reprise sans punition d'un coup de départ manqué. Il s'agit d'une pratique rigoureusement interdite en compétition, mais commune dans un contexte social où il est plus important de se divertir que de devenir frustré en raison d'un jeu déficient et de développer des ulcères, de la haute pression et de la rancoeur envers son prochain qui sort la balle de la fosse de sable les doigts dans le nez. Selon des recherches approfondies, l'origine exacte du terme est hautement controversée, mais mettons que c'est l'histoire d'un gars qui s'appelait Mulligan qui a un jour obtenu la permission de reprendre son coup de départ.)

L'étude montre plutôt que c'est la pratique qui contribue à créer de la matière grise. Le cerveau enregistre la répétition et «apprend» au corps à devenir bon. Un professeur de l'Université Florida State, K. Anders Ericsson, qui consacre sa carrière à étudier comment on devient expert dans tous les domaines, a établi que l'acquisition valable de matière grise survenait au bout de 800 à 3000 heures d'exercice. Après 10 000 heures, presque tout le monde a le potentiel d'être un expert. Certes, tout le monde a des talents innés, mais, selon le prof Ericsson, ceux-ci jouent un rôle négligeable. Si Tiger Woods est si bon, c'est d'abord parce qu'il a beaucoup, beaucoup pratiqué.

Vous pensez bien que tout ceci m'a donné une idée. Je me mets illico à la poterie abstraite, une vieille obsession. Dans 10 000 heures, je devrais être en mesure de vous produire une apparence de vase étrusque. Ce ne sera pas vraiment un vase, mais il sera possible de se persuader que c'en est un à l'aide d'une démarche intérieure.

***

Selon ESPN, Brett Favre, qui en est à sa 75e retraite, serait en discussions avec les Vikings du Minnesota. C'est juste pour vous tenir au courant.

***

jdion@ledevoir.com

À voir en vidéo