Perspectives - Sortie de crise

Le ton du discours change. Les autorités monétaires font encore engagement de prudence et de vigilance. Mais elles se préparent à se désengager rapidement et à récupérer ou retirer toutes ces liquidités injectées sur le marché du crédit ou mises à la disposition des institutions financières. L'inflation revient peu à peu reprendre sa place habituelle au sommet des préoccupations des banques centrales.

Du point de vue statistiques économiques, nous sommes passés d'une période du «moins pire que prévu» à celle d'une décroissance moindre faisant espérer que le pire serait derrière nous, que le creux de la récession a été atteint au premier trimestre. Certaines données plus récentes font même miroiter un timide retour à la santé dans l'immobilier américain et un réveil graduel du consommateur. Côté institutions financières, si la stabilisation du système financier a longtemps été présentée comme étant la prémisse à cette sortie de récession, des agences gouvernementales américaines ont laissé entendre hier que les résultats au test de résistance, dévoilés en fin d'après-midi aujourd'hui, sauront alimenter la confiance. Dit autrement, le paysage financier américain ne serait pas surpeuplé de banques «zombies». Finalement, il serait permis de rêver d'une fin de récession et d'un retour à la croissance économique dans moins de quatre mois.

Finalement, donc, l'année 2009 pourrait ne pas être si noire. Ce serait du moins le cas de ce côté-ci de l'Atlantique. Car sur l'autre rive, dans une Europe dont le modèle communautaire a surtout montré ses rigidités et ses inefficacités durant cette crise, on en est encore à craindre les chocs sociaux devant la montée attendue du chômage. La Réserve fédérale américaine a causé la surprise, mardi, en esquissant un scénario de reprise pour la fin de 2009. Au Canada, la banque centrale avait tout décalé d'un trimestre, soit au début de 2010, pour répéter tout de même que «la croissance reprendra à l'automne et s'accélérera pour atteindre 2,5 % en 2010 et 4,7 % en 2011».

Hier, la Financière Banque Nationale a haussé l'audace d'un cran en avançant, du bout des lèvres, que l'économie canadienne pourrait connaître un trimestre positif au deuxième. Les analystes de l'institution prennent soin de préciser qu'il ne faut pas prêcher par enthousiasme prématuré, que cette sortie en territoire positif n'est pour l'instant l'affaire que d'un seul indicateur et que d'une donnée mensuelle. Que d'une lecture, donnant un indice des intentions des directeurs d'achats des entreprises revenu au-dessus de la barre des 50 points en avril. Historiquement, cet indice au-dessus des 50 points n'a jamais coïncidé avec un PIB négatif.

Les autorités monétaires refusent également de crier victoire et de proclamer le succès de ces mesures inédites, tant fiscales que monétaires, employées pour endiguer la pire contraction économique depuis la Grande Dépression. Devant le Congrès, le président de la Fed, Ben Bernanke, a soutenu que cette pluie de milliards visant la stabilisation du système financier et la relance de l'économie commençait à produire ses effets. Mais, a-t-il ajouté, «notre pronostic s'accompagne d'une mise en garde importante dans la mesure où il part du principe que le système financier va continuer de se rétablir progressivement».

Mark Carney

Au Canada, le gouverneur de la banque centrale, Mark Carney, se veut aussi méticuleux dans le choix de ses mots, mais l'orientation de son discours change peu à peu pour se concentrer davantage sur l'inflation, l'ennemi traditionnel des autorités monétaires. Hier, devant un comité sénatorial, il s'est référé aux risques exogènes de cette crise pour le Canada. Mais il a réitéré, avec plus de vigueur que lors de sa présentation précédente, que les stimulants monétaires appliqués pourraient être suffisants pour relancer la machine. Qu'il n'aura finalement pas besoin de recourir directement à la planche à billets.

Une grosse partie de son discours a servi à multiplier les assurances que, si la Banque du Canada devait se rabattre sur les assouplissements dits quantitatifs, elle le ferait avec extrême prudence et transparence compte tenu des risques de dérapage inflationniste pouvant en découler. Ce discours a cependant été élargi pour consacrer plus de chapitres au nécessaire désengagement, au dénouement rapide des positions prises par la banque. Avec l'accent mis sur l'inflation et la traditionnelle cible du 2 % de la banque. M. Carney a notamment rappelé au comité sénatorial que l'engagement pris le 21 avril dernier de maintenir son taux directeur à 0,25 % jusqu'à la fin de juin 2010 était conditionnel. Qu'il n'était pas une garantie et qu'il dépendait des perspectives d'inflation.

Le ton des discours des banques centrales nord-américaines change. Pendant ce temps, dans la zone euro...

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