Théâtre - Quosse ça donne?

La culture, quosse ça donne?

Et surtout, combien ça rapporte par rapport à ce que ça coûte?

Cela tient probablement au fait que l'on ne s'entend même pas sur ce qu'est la culture. On est porté à croire — et les derniers investissements fédéraux auprès des grands festivals le laissent croire aussi — que cela sert d'abord à divertir le monde en général. Le plus de monde possible, faudrait-il rajouter. En fait, tout laisse penser que plus il y en a, mieux c'est. Comme dans «occupez-les pendant qu'on brasse nos vraies affaires». Ou comme dans «du pain et des jeux»... ce que les conservateurs ont compris rapidement en transformant d'entrée de jeu, on s'en souvient, quelques programmes culturels en subventions pour transport «coast to coast» de flamme olympique.

Ce qui ne ressemble pas beaucoup, avouons-le zôssi, au discours du Conseil québécois du théâtre (CQT) qui a pris position à plusieurs reprises dans le dossier au nom de tout ce qui grouille ou presque autour des scènes québécoises. La position du CQT a le mérite d'être claire: la culture est un service essentiel... Comme l'éducation ou la santé. Comme cet héritage collectif qui nous a fait sortir des cavernes de la préhistoire pour vivre ensemble dans les cavernes câblées des mégalopoles modernes...

Mais ciel, calmons-nous!

... Tout cela parce que l'autre matin à Petits Bonheurs j'ai vu un tout petit se lever et se mettre à danser sur une fugue de Bach jouée par une comédienne violoncelliste. Tout comme j'ai vu à Méli'môme un autre bout de chou faire la même chose sur du John Cage. Ou encore des poupons souriants sur les genoux de leur mère qui scandaient du Hindemith du bout des bras.

Parce que la culture c'est aussi cette possibilité permanente du plaisir. Du plaisir à goûter le beau même quand on ne possède pas les mots pour le décrire. C'est cette étincelle presque imperceptible qui va jaillir dans le cerveau d'un tout petit et même d'un beaucoup plus grand pour lui faire sentir qu'il y a des choses dans la vie qui donnent autant de plaisir, sinon plus, qu'un biberon, qu'une caisse de 24 bières de Serge (ou de Jean-Paul) ou même qu'un but d'Alex Kovalev...

Bon. Admettons que c'est une montée de lait printanière... Mais elle s'explique par le fait que des merveilles aussi simples sont pratiquement impossibles quand on ne considère pas la culture comme une chose à laquelle on a droit, comme un service essentiel, oui. Et qu'avec les gens qui administrent les budgets de la culture dans notre beau grand pays d'un océan à l'autre avec des Rocheuses en prime, il y a lieu de s'interroger et même de protester chaque fois que l'on y pense. Voilà.

Sans compter aussi tout ce qu'elle représente de mise en danger, la culture, ça la prochaine édition du Festival TransAmériques (FTA) devrait bientôt nous le rappeler aussi. Et des citoyens acceptant de se mettre en danger et de remettre les choses en question... Menfin.

Si vous voulez vous frotter à ces inqualifiables petits moments de joie, on vous signale que Petits Bonheurs roule encore toute la semaine jusqu'au 10 mai avec plein de créations d'ici pour les tout-petits et un spectacle admirable en fin de parcours (Zig Zag) que je ne saurais trop vous recommander... Avec tout cela, il ne faudrait quand même pas que vous oubliiez de vous «pratiquer» à tout remettre en question puisque le FTA sera là dans à peine deux semaines.

On commence en respirant par le nez...

Toujours Jamais Lu

Vous avez sans doute remarqué vous aussi que le soleil semble être enfin sorti pour de bon et que, par les temps qui courent, les festivals se déplient les uns après les autres et même les uns en même temps que les autres.

Ainsi, pendant que Petits Bonheurs prenait son envol le week-end dernier dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, le festival du Jamais Lu faisait de même de son côté dans le centre-ville. Il s'est déjà passé là des choses fort intéressantes s'il faut en croire nos espions; certains nous ont rapporté que la discussion au O'Patro Vys dimanche dernier, par exemple, n'était pas piquée des vers. Mais c'est loin d'être terminé!

Ce soir à 20h, sur la scène de l'O'Patro Vys toujours, on lira Le Saccage de mes illusions d'Anne-Marie Guilmaine et Trois rois, j'ai un cheval dedans toi de Guillaume Girard et Alexandre Leroux. Demain, la lecture du Brasier de David Paquet sera précédée, à 17h, d'un événement spécial animé par David Leblanc: on y connaîtra le gagnant du concours de l'Égrégore organisé par le Riasq.

Jeudi, aux Écuries à 14h, il y aura lecture d'un texte destiné aux jeunes publics (Quand tu seras un homme, de Marc-Antoine Cyr). Puis, en soirée de même que vendredi et samedi, à l'O'Patro Vys encore et toujours, on aura droit à des «lectures scéniques» de textes fort attendus de Mustapha Benfodil, Marie-Christine Lê-Huu et Fanny Britt.

On se renseigne davantage sur le site Internet du festival (www.jamaislu.com) ou encore au 514 844-1811.

Molière et la petite enfance

Les cousins français ont l'habitude de faire les choses en grand, on le sait. Quand ils se mettent à féliciter les théâtreux hexagonaux, ils n'y vont pas avec le dos de la main morte, comme dirait vous savez qui; ainsi, il y a une dizaine de jours, le 26 avril plus précisément, ils remettaient pas moins de 17 Molières lors d'une grande soirée de gala à l'antenne de France 2.

La surprise, puisqu'il y en a une, différente bien sûr chaque année, on la trouve dans le Molière remis à la production jeunes publics. En fait, le Molière est remis ex aequo à deux productions destinées à la toute petite enfance: 86 cm d'Alice Laloy et In1-In2 de la compagnie Skappa!.

Pourquoi faire tant de bruit autour de cela? Simplement pour vous rappeler que Skappa! était à Petits Bonheurs tout le week-end avec un des grands classiques du théâtre pour bébés, Uccellini, et que 86 cm dont nous vous avons parlé à quelques reprises après l'avoir vu à Reims et à Festi'môme, sera de la prochaine édition de Petits Bonheurs. C'est tout.

Au temple

Pierre Curzi, le comédien devenu homme politique sera ce soir intronisé au temple de la renommée de la LNI, ce soir même au Medley, lors d'un match hommage arbitré par Yvan Ponton devenu, lui, animateur d'émissions sportives. Notons aussi que Germain Houde et Sylvie Potvin subiront le même sort même s'ils ne font pas carrière en politique ou en animation d'émission sportive.

Un hommage spécial sera également rendu au cofondateur de la LNI, Yvon Leduc, et de vieux improvisateurs comme Gaston Lepage, Claude Laroche, Jacques L'Heureux, Didier Lucien et Raymond Legault participeront à l'événement. Le match aura lieu à 19h.

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