Et puis euh - Un lourd passé

Joe Girardi ne comprend juste pas. Le gérant des Yankees de New York, qui doit trouver qu'en fait de zoo médiatique l'entourage du Canadien de Montréal est plutôt calme, ne comprend pas pourquoi quelqu'un écrit un livre sur quelqu'un d'autre essentiellement pour le traîner dans la bouette. Joe Girardi dit que nous commettons tous des erreurs, et que nos enfants n'ont pas à y être exposés en public.

La publication du bouquin en question a été devancée à hier après que certains de ses extraits eurent fait l'objet d'une fuite au Daily News de New York jeudi dernier. Il s'intitule A-Rod: The Many Lives of Alex Rodriguez et a été rédigé par la journaliste Selena Roberts de Sports Illustrated. Aux États, le livre fait un tintamarre de tous les diables. Tout le monde a son opinion sur le meilleur joueur de balle de sa génération dont on apprend maintenant qu'il se trimballerait un très lourd passé.

Pièce numéro un: la drogue. En février dernier, Roberts révélait que Rodriguez avait échoué à un test antidopage en 2003, comme 103 autres joueurs des ligues majeures dont l'identité demeure à ce jour inconnue. Prétextant sa jeunesse et une étourderie, A-Rod a reconnu les faits, tout en précisant qu'il n'avait pris des stéroïdes que lors de son passage chez les Rangers du Texas, de 2001 à 2003, et qu'il avait cessé de le faire avant d'arriver chez les Yankees.

Or le livre allègue que Rodriguez aurait usé de stéroïdes dès l'école secondaire, et qu'il aurait pris des hormones de croissance humaine (HGH) aussi tard qu'en 2005, lorsqu'un coéquipier a remarqué ses rapides changements physiques.

On pourra néanmoins arguer qu'il ne s'agissait pas de tricherie puisqu'aucun règlement du baseball majeur n'interdisait la gonflette à l'époque.

Et si elle s'avère, la pièce numéro deux pourrait être infiniment plus grave. Le bouquin affirme que pendant ses années au Texas, A-Rod aurait refilé des tuyaux aux équipes adverses.

Le tout porte le nom de pitch-tipping et si vous le voulez bien, et même si vous ne le voulez pas, nous allons maintenant voir à quel point la démarche est astucieuse.

Précisons d'abord qu'avec les Rangers, Rodriguez jouait à l'arrêt-court. (Il a été muté au troisième coussin par les Yankees, qui n'ont pas voulu déplacer Derek Jeter.) Or en défensive, l'arrêt-court est le joueur de position le mieux placé pour voir les signaux que donne le receveur au lanceur à chaque tir.

Il n'est donc pas inhabituel que l'arrêt-court, le général de son équipe à l'avant-champ, ait sa propre série de signaux annonçant le lancer qui s'en vient. Mais évidemment, s'il fait du pitch-tipping, c'est à l'intention de ses coéquipiers, les joueurs de coin à l'avant-champ et les voltigeurs. Contre un frappeur droitier, le voltigeur de droite peut s'attendre à avoir plus de chances que la balle se dirige dans son secteur s'il s'agit d'une balle rapide, et il n'est pas inutile qu'il connaisse la nature du tir.

Mais A-Rod, lui, l'aurait fait régulièrement pour l'adversaire. Cela fonctionne ainsi: lorsqu'un joueur de milieu d'avant-champ de l'autre équipe est au bâton, l'arrêt-court en défensive est de connivence et a une série de signes qui indiquent au frappeur à quelle sorte de lancer il aura affaire. Mettons par exemple que plier son gant indique une rapide, et bouger son pied sur la terre annonce une courbe. Il se penche légèrement d'un côté ou de l'autre pour indiquer un tir à l'intérieur ou à l'extérieur.

Pourquoi utiliser un tel stratagème, nuisible — on peut même parler de trahison — au premier chef au lanceur de sa propre équipe qui voit gonfler sa moyenne de points mérités? Parce qu'à son tour au bâton, A-Rod se faisait renvoyer l'ascenseur par son homologue. Une affaire de statistiques personnelles, quoi.

Il faut dire qu'il n'était pas question de perdre délibérément des matchs ou d'en modifier l'issue. On ne se livrait à cette petite pratique que tard dans des rencontres à sens unique, genre 11 à 1 en huitième manche.

Mais comment différencier un arrêt-court qui refile de l'information à ses coéquipiers d'un autre qui pistonne l'adversaire? Simple. Dans le premier cas, il agit au moment où le lanceur amorce sa motion et où toute l'attention du frappeur est concentrée sur ce dernier. Dans le second, il le fait avant le début de la motion, quand le frappeur peut encore le regarder. C'est une question de fractions de seconde, qui rend la chose extrêmement difficile à déceler (et qui permet au coupable de prétendre qu'il est parfois peut-être un peu trop rapide, mais que ce n'est pas volontaire).

Selon Selena Roberts, ce sont d'autres membres des Rangers qui auraient noté un pattern, soit que Rodriguez n'était en avant que pour des joueurs rivaux de milieu d'avant-champ, et seulement vers la fin d'un match qui n'était pas serré. Ils n'auraient pas voulu ébruiter la chose de crainte que l'équipe n'implose.

Alors, voilà, en attendant de voir si tout cela est vrai, et en attendant la pièce numéro trois. Peut-être que Joe Girardi finira par comprendre.

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Un gardien de but qui sort d'à peu près nulle part et s'en va conquérir la Stanley? Ken Dryden. Patrick Roy. Cam Ward. Et bientôt Simeon Varlamov?

L'arrêt qu'il a effectué samedi après-midi contre Sidney Crosby, je vous le dis, était la preuve de la participation de forces surnaturelles au jeu du hockey sur glace professionnel (http://tinyurl.com/dfut6q). Avec Ovechkin en plus, les autres n'ont pas d'armes suffisantes pour se battre contre ça.

Washington contre Chicago en finale, n'oubliez pas que vous l'aurez lu ici en premier.

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