La mondialisation des calamités

Boston — La psychose de la grippe porcine-mexicaine-H1N1-A — dont il semble de plus en plus que l'on ait exagéré le danger réel en ce printemps 2009 — est une nouvelle manifestation de la mondialisation des fléaux. C'est aussi un test de l'attitude, des capacités des individus, des gouvernements et des organisations internationales devant les grandes calamités ou inquiétudes auxquelles nous faisons face aujourd'hui.

Ces inquiétudes du XXIe siècle nous regardent tous: la crise économique et financière, le changement climatique, le terrorisme, la prolifération nucléaire... La grande peur d'une épidémie mondiale qui nous emporterait tous participe de cette idée — en partie vraie, souvent galvaudée — selon laquelle «nous sommes tous dans le même bateau»... et selon laquelle, aussi, ce bateau court à la catastrophe si un radical changement de cap n'est pas opéré.

Ne risque-t-on pas de dévaluer le mot «pandémie» en l'utilisant à tous les vents, pour une maladie qui, à ce jour, n'a pas fait 20 morts, en tout et pour tout? J'entends «pandémie», je ferme les yeux et je vois la peste bubonique du XIVe siècle, qui tua presque la moitié de la population européenne... Et encore, cette épidémie n'était pas une pandémie, puisqu'elle se limita à un seul continent!

De façon similaire, des phénomènes comme le terrorisme, le naufrage des banques ou le changement climatique font crier les uns à la «fin du monde», tandis que d'autres préfèrent relativiser, rappeler les effets pervers de l'alarmisme, les intérêts particuliers derrière telle ou telle position, ou encore le fait — invariablement avéré à travers l'Histoire — qu'à la fin, les choses ne se déroulent jamais comme on l'avait prédit.

Petite parenthèse sur le changement climatique. J'ai assisté ce week-end, à l'Université Harvard, à la conférence d'un grand paléontologue, Peter D. Ward (coauteur en 2000 d'un livre important malheureusement non traduit en français: Rare Earth, Why Complex Life is Uncommon in the Universe). Ward mentionnait le paradoxe selon lequel «nous sommes menacés à court terme par un surcroît de CO2 dans l'atmosphère... mais à plus long terme par une diminution catastrophique de ce même dioxyde de carbone, diminution qui causera une glaciation plus grave que tous les réchauffements climatiques!».

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Devant ces dangers appréhendés, le journaliste David Brooks, du New York Times, posait la semaine dernière la question suivante: faut-il répondre par une approche «mondialisée» et parfaitement coordonnée «d'en haut»? Ou au contraire, les individus, les gouvernements locaux et nationaux ont-ils toujours leur mot à dire?

Après tout, n'a-t-on pas vu, au cours des dernières semaines, une Organisation mondiale de la santé sur la brèche, hyperactive, faisant apparemment montre de compétence et de contrôle devant la crise? L'OMS, rappelons-le, est une émanation des Nations unies, de cette ONU souvent vilipendée, accusée d'impuissance ou d'incompétence bureaucratique... Ce n'est pas l'image qu'elle projetait cette fois-ci, et les partisans d'une autorité supranationale réelle et efficace (bien que délimitée) ne peuvent que s'en réjouir.

Pourtant, l'avis de Brooks est différent. Il faisait valoir — et des reportages du New York Times parus ce week-end vont dans le même sens — que l'OMS a cafouillé dans les tout premiers jours de l'épidémie, et que ce sont des décisions unilatérales — locales et nationales — du gouvernement de Mexico (le pays et la ville) qui ont donné le ton et permis de limiter les dégâts à un minimum, comme on peut le constater aujourd'hui. Et il plaidait pour le «principe de subsidiarité» qui postule qu'en l'absence de définition claire d'une autorité supranationale sur une question donnée, c'est le pouvoir national, régional ou local qui doit agir.

Devant la crise économique et financière, on a vu des pays — comme l'Allemagne, hostile aux programmes de relance par les déficits publics — tenter de faire cavalier seul, malgré l'Europe, malgré le G20. Avec des résultats mitigés: la «pandémie» bancaire et financière semble sérieuse... et vraiment transnationale. Le virus conçu lors des orgies de Wall Street dans les années 2000 a indéniablement voyagé et fait des ravages à travers les continents. Pourtant, certains y échappent en partie, comme les banques canadiennes.

La conclusion? Un appel à la prudence et au pragmatisme. Il n'y a pas de pattern simple, toujours valable. Et l'adage «Penser globalement, agir localement» semble plus sage que jamais.

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

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