Concilier achat d'une propriété et création d'un portefeuille boursier

J'aimerais profiter de vos lumières quant aux priorités vers lesquelles je devrais orienter ma planification financière, notamment au sujet de la composition d'un éventuel portefeuille en Bourse et de la bonne gestion de mon CELI et de mes REER, en regard de l'achat d'une propriété.

J'aimerais, à court terme, disposer d'un portefeuille de titres d'environ 20 000 $ à 25 000 $, avec un objectif de croissance à long terme. Donc, de préférence avec des titres de compagnies bien établies et qui offrent de bons dividendes (par exemple, POW). À cause de la commission, je préférerais investir graduellement par tranche d'achat d'environ 5000 $.

Je souhaite moins contribuer au REER, puisque je compte déjà sur une solide caisse de retraite. Je contribuais davantage au REER pour économiser. Je prévois acheter une propriété à court terme; j'aimerais pour ce faire «rapper» un peu, mais surtout utiliser davantage mon CELI et l'épargne que j'aurai alors accumulée.

J'avais récemment commencé à me constituer un portefeuille non enregistré composé d'actions ordinaires, mais je les ai toutes glissées dans un CELI. Cette façon de faire m'évitait de payer des frais de gestion annuels chez RBC Placements directs (car le montant était inférieur à 10 000 $). Y a-t-il des titres dans mon CELI que vous me suggérez de vendre pour mieux consolider ma mise de fonds (voir le tableau ci-dessous)? Ou serait-il préférable de «rapper» au complet et d'attendre de voir comment les marchés vont réagir d'ici un an?

Bref, étant donné que j'en suis à mes premières armes en Bourse et que j'envisage l'achat prochain d'une propriété, que me conseillez-vous de faire en matière de placements financiers?

Voici un coup d'oeil à ma situation financière:

- salaire brut annuel: 85 000 $;

- épargnes (autres que dans le CELI): 5000 $;

- dettes: 0 $;

- REER: 24 000 $ (valeur marchande);

- CELI: 4000 $ (valeur marchande).

J'ai 37 ans, en passant. Merci!

J. D.

D'emblée, je dois dire qu'il n'est jamais facile de concilier l'achat d'une propriété avec la construction d'un portefeuille de titres boursiers. Pour deux raisons: votre capital est limité lorsque vous êtes relativement jeune; les deux options portent sur des placements à long terme.

Vous ne pouvez tout simplement pas vous lancer dans la construction d'un portefeuille boursier dans la seule expectative d'acquérir d'ici deux ou trois ans une propriété. Pour bien comprendre la situation, reportons-nous à il y a trois ans. Supposons qu'à ce moment-là vous ayez décidé d'investir à la Bourse dans le but avoué d'acheter votre première propriété en 2009. Vous auriez alors acheté graduellement des actions de Petro-Canada entre 43 $ et 55 $, celles de la Banque Montréal entre 60 $ et 71 $, celles de Chemins de fer Canadien Pacifique entre 55 $ et 72 $ et ainsi de suite. Des actions de belles grandes entreprises versant de bons dividendes et capables de majorer ceux-ci plus fortement que l'inflation.

Vous voilà aujourd'hui en 2009, l'année cible durant laquelle vous voulez acheter votre propriété. Le hic: les actions de toutes ces entreprises se transigent aujourd'hui bien en deçà des prix que vous auriez payés en 2006, 2007 et une partie de 2008. Gracieuseté de la crise financière et de l'actuelle récession, votre pécule aurait ainsi fondu de 20 % à 40 %. Évidemment, plus question dans ces conditions d'acheter votre première maison en 2009.

Pourtant, les placements énumérés ci-dessus portent sur les actions de grandes entreprises solides financièrement. Mais, même là, les cours de ces placements peuvent varier beaucoup sur de relatives courtes périodes, selon l'humeur des investisseurs et les cycles économiques.

L'investisseur ayant une approche à très long terme, que fera-t-il dans une telle situation où les cours ont reculé sensiblement? Il maintiendra le cap en consacrant le gros de son épargne à accumuler toujours les titres de ces mêmes entreprises maintenant fortement dépréciés. S'il le peut, il verra même à les accumuler rapidement, question de revenir au poids initial désiré pour chacun de ses titres dans son portefeuille. Les investisseurs qui ont ainsi maintenu le cap ont déjà rattrapé depuis le début de l'année une bonne partie du terrain perdu en 2007 et en 2008. Et peut-être que dans deux ou trois ans, toujours en maintenant la marche, ces investisseurs se retrouveront-ils avec un pécule passablement plus élevé que celui dont ils disposaient en 2006.

Voyez-vous, le placement à la Bourse est une affaire de très long terme.

Même chose pour l'investissement immobilier, que ce soit un petit immeuble à revenus ou encore une maison unifamiliale (condominium y compris). Lorsque vous achetez une propriété, vous devez le faire dans une perspective de très long terme.

Donc, vous devez ici faire un choix: épargner dans le but d'acheter votre première maison ou épargner pour construire votre portefeuille d'actions à long terme. Vous ne disposez pas du capital requis pour envisager de faire les deux concurremment (ce qui est le cas de la plupart des gens de votre âge). Les deux avenues m'apparaissent valables pour la construction de votre avoir dans la mesure où vous parvenez à acquérir les connaissances de base pour bien investir à la Bourse (il vous faudra un an et demi environ pour ce faire en lisant quelques livres, en vous inscrivant à un cours et en adhérant à une bonne lettre financière). Si vous vous sentez incapable de fournir un tel effort, alors optez pour l'achat éventuel d'une propriété.

Un dernier point ici: vous avez certainement noté que, peu importe l'avenue choisie, le même mot revient: épargne. Or je dois dire ici qu'à 37 ans, votre effort à l'épargne laisse à désirer. Heureusement, vous participez à une riche caisse de retraite, ce qui est très bien. Il reste que votre avoir (excluant la valeur actuelle de votre régime de retraite) devrait certainement être plus élevé qu'il ne l'est actuellement. Celui-ci s'élève à seulement 29 000 $. Il faut donc vous y mettre dès maintenant en épargnant bon an, mal an au moins 15 % de votre revenu annuel. Vous devriez être en mesure de soutenir un tel niveau d'épargne, du moins jusqu'à ce que vous ayez acheté votre propriété.

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