Petit boat movie printanier autour d'un lac du Nord

«Soudain, derrière moi, un cri strident, une sorte de kyyyaaak sifflant. C’est l’aigle pêcheur qui nous revient chaque année.»
Photo: Agence France-Presse (photo) «Soudain, derrière moi, un cri strident, une sorte de kyyyaaak sifflant. C’est l’aigle pêcheur qui nous revient chaque année.»

Pour plusieurs, le printemps est au mieux une sorte d'antichambre des sports d'été quand on a rangé les skis et l'attirail des sports d'hiver. Si on le voit ainsi, c'est qu'on ne fait pas les sucres quand l'hiver s'en va et qu'on ne connaît pas les délices de la canne à pêche quand l'eau réapparaît.

C'est avec une excitation irrépressible que j'attendais en fin de semaine dernière l'ouverture de la saison de pêche dans les lacs des Laurentides. Mais la glace qui couvrait le lac ne voulait pas «caler» comme on le dit de façon colorée, mais fort inexacte au Québec. Le miracle annuel si attendu s'est produit en fin d'avant-midi, samedi, avec le soleil et le coup de chaleur exceptionnel.

Il y avait certes du bois à corder, des plantes à déplacer dans les plates-bandes, des trous de taupes à boucher dans le parterre qu'il fallait en plus nettoyer. Sans compter les multiples «etc.» de saison! Mais rien n'y fit, j'ai vérifié les soies de ma canne à mouche pour donner un premier coup de fil aux truites. Mais après deux heures de pêche, une seule a été assez téméraire pour s'attaquer à une mouche dans des eaux aussi froides.

La tentation, c'est évidemment de passer au ver de terre, qui est plus de saison. Mais un moucheur sait résister à la facilité et c'est ainsi que, dimanche dans l'après-midi, j'entreprends de «moucher» la rive du côté opposé au soleil pour exploiter la seule zone un peu plus chaude du lac. La chaloupe, propulsée par le petit moteur électrique, devient dès lors l'équivalent d'un mirador de chasse qui permet de tout voir sans être vu, mais avec l'avantage de la mobilité.

Tout à coup, sur la rive, j'aperçois une petite tache noire vive comme l'éclair qui grimpe sur un tronc penché au-dessus du lac. C'est un vison ou une belette qui fonce à la poursuite d'un petit mulot, coincé dans ce cul-de-sac suspendu au-dessus de l'eau. La poursuite est infernale: ça saute d'une branche sèche à l'autre. Pour s'en tirer, le mulot plonge dans l'eau, immédiatement suivi par le petit prédateur qui finit par récolter son repas au prix d'un bain glacé. Quel spectacle!

Un peu plus loin, j'entends des pas tout près de la rive, derrière un bosquet de cèdres. Je me déplace pour apercevoir un magnifique chevreuil qui longe le flanc de la montagne et qui me regarde sans crainte, convaincu par atavisme qu'aucun danger ne peut venir de l'eau...

Soudain, derrière moi, un cri strident, une sorte de kyyyaaak! sifflant. C'est l'aigle pêcheur qui nous revient chaque année et qui trône une fois de plus au bout de ce peuplier étêté, son perchoir favori qui lui permet de scruter un haut fond particulièrement productif. Il y a trois ans, j'ai vu amerrir juste devant lui un huard qui connaissait sans doute les vertus de ce haut fond. J'avais alors assisté à un spectacle à couper le souffle. Le balbuzard avait foncé sur ce concurrent toutes griffes sorties, l'avait soulevé d'une dizaine de mètres et l'avait laissé tomber lourdement dans l'eau, ce qui nous avait privés de la présence de ce pilleur de lac pour un bon deux mois.

Quand j'ai vu «notre» balbuzard, si prompt à sévir contre les crimes de lèse-majesté dans son territoire, faire un plongeon casse-cou et ressortir avec une belle truite, il a eu droit à mes félicitations et l'appréciation chaleureuse d'un collègue à deux pattes. Il venait à peine de franchir le dessus de la montagne pour aller déguster son repas qu'un autre, probablement sa compagne, se pointait au même endroit. Avec envie, mais toujours impassible, elle m'a regardé sortir de l'eau pendant une heure mes cinq truites, dont une «palette» récoltée alors que je terminais ce boat movie autour d'un petit lac où, de la rive, on serait porté à penser qu'il ne s'y passe jamais rien.

En bref

- Québec remet ça avec un nouveau plan contre la rage du raton laveur avec une première intervention dans la zone limitrophe de l'Estrie et de la Montérégie, près de la frontière avec les États-Unis. On vaccinera à nouveau moufettes et ratons, mais le plan demeure muet sur le problème des chats domestiques retournés à l'état sauvage, souvent plus nombreux que les mouffettes et potentiellement plus dangereux pour les humains parce qu'ils côtoient nos animaux domestiques. Mais Québec n'en parle pas et minimiserait l'ampleur du problème, selon certains biologistes, de crainte de déclencher des débordements d'émotivité pour ces «pauvres minous»!

- La population de cerfs de Virginie de la Gaspésie a augmenté de 80 % par rapport à l'inventaire de 2003, ce qui l'a fait passer en cinq ans de 3871 à 6984 têtes. Ce résultat est d'autant plus étonnant que l'hiver très difficile de 2007-08 aurait fauché 25 % de l'effectif régional.

- Il est interdit depuis le 1er avril de pêcher et de conserver les chevaliers cuivrés et les meuniers pour protéger la reproduction de l'espèce menacée. L'interdit englobe toutes les eaux de la région métropolitaine.

- Les services fauniques québécois demandent aux habitants de la région de Lebel-sur-Quévillon et de Matagami d'éviter tout contact avec les renards et les chauves-souris, qui peuvent être porteurs de la rage, même si aucun cas n'a encore été signalé cette année.

- Un rapport de la FAO publié dans les dernières semaines prévoit un déclin prononcé de la plupart des espèces marines supérieures en raison de l'épuisement des stocks de poissons-fourrage, comme les sardines et les anchois, que les pêcheurs commerciaux ramassent à la tonne pour nourrir les poissons d'élevage commercial, comme le saumon et les truites de mer. Cette dévastation est en train de ruiner les pêcheries sur les côtes du Pérou notamment et la transformation de ces poissons-fourrage en boulettes, une activité qui contamine gravement les communautés voisines faute de normes et d'inspecteurs.

- Lecture: Zéro mauvaises herbes, c'est possible, par Serge Fortier, Éditions de la Montagne, 158 pages. Regardez-vous d'un oeil suspect ces gazons sans pissenlits qu'on apercevra bientôt même s'il est désormais interdit d'utiliser des pesticides à des fins esthétiques? Il faudra être moins suspicieux, car selon Serge Fortier, il est possible d'obtenir ce résultat sans produits chimiques, en respectant les lois qui gouvernement le manteau naturel de la Terre.

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