Le jovialiste de la mairie

Au bout du compte, quand on aura examiné chaque contrat et qu'on aura soulevé tous les coins du tapis, le seul véritable reproche qu'on pourra faire au maire, Gérald Tremblay, c'est d'être le plus jovialiste des maires que Montréal aura connus.

Toujours poli, toujours avenant, convaincu qu'il a bien toutes les ficelles de son administration en mains, il finira par nous dire qu'il ne comprend pas ce qu'on peut lui reprocher. Il aura traversé deux mandats sans comprendre que ceux qui lui jouent dans le dos savent très bien ce qu'ils font et qu'il aura servi, lui, l'homme de principes, à camoufler les comportements douteux de ceux à qui il faisait confiance.

Honnêtement, j'ai un peu pitié de lui. Je ne crois pas que Gérald Tremblay puisse un seul instant jouer sa réputation, qui est son bien le plus précieux, pour quelques poignées de dollars. Qu'il ait tendance à penser que tous les humains sont comme lui, remplis de bonnes intentions, ça oui, je pense qu'il le croit profondément. C'est sa plus grave erreur.

Il agace les journalistes par sa candeur. Ceux-ci, visiblement, refusent de croire qu'il a traversé huit ans de pouvoir le nez en l'air, sans jamais se poser de questions sur les comportements de son entourage. Il est maire de Montréal comme on est le supérieur d'une communauté religieuse dont les membres sont fondamentalement bons et loyaux. La trahison ou l'avidité de ses disciples lui auraient paru impossibles. Il a cru que son exemple, sa façon de se comporter, suffiraient à imposer de hauts standards de qualité pour chacun. Il a oublié que les hommes sont fréquemment petits et mesquins et que, souvent, le désir de s'enrichir est la plus forte motivation vers le pouvoir. Tout le monde n'aspire pas à la sainteté, hélas.

Mardi dernier, à la télévision de Radio-Canada, Gérald Tremblay se défendait comme un diable dans l'eau bénite. Il parlait d'un code d'éthique qu'il allait imposer comme s'il venait d'en faire la découverte. Il disait souhaiter la nomination d'un responsable de l'éthique au niveau municipal. Il n'avait pas l'air de réaliser que c'était trop peu, trop tard. Il a pourtant annoncé — avec enthousiasme! — qu'il serait candidat à la mairie en novembre prochain.

J'en ai conclu qu'il ne voyait pas non plus l'ampleur de la tempête qui se lève sur l'hôtel de ville. À moins qu'il soit aveugle, ou pire, qu'il se dise que de toute façon, les Montréalais votent si peu (ce qui serait cynique de sa part) que l'indifférence de ses commettants pourrait bien le favoriser... Et on nous reproche, à nous, d'être cyniques!

Pendant ce temps-là, à Québec...

Jean Charest n'a pas l'excuse d'être candide, et il sait parfaitement ce qu'il fait. Son imagination est sans limites et il a, autour de lui, des gens qui ne s'embarrassent pas trop des problèmes d'éthique. Il vient d'en inventer toute une!

Depuis 2003, Jean Charest travaille à des «accommodements raisonnables» pour permettre à ses ministres et à ses «petits amis» de ne pas trop souffrir du fait que leur parti est au pouvoir. Sa dernière trouvaille est géniale! Il va permettre à ses ministres qui ont une entreprise de transiger non seulement avec le gouvernement, mais avec leur propre ministère si l'occasion se présente. Pourquoi se priver? Il n'a même pas gardé une «petite gêne» quant à une telle proposition.

Toutes les conditions seront réunies pour faire du gouvernement du Québec un gros hôtel de ville de Montréal. Au plus fort la poche, comme sous Duplessis.

Moi, j'ai connu un homme qui avait une telle horreur de la sainte magouille qu'il était d'une exigence remarquable. René Lévesque n'hésiterait pas. Il dirait qu'il est temps de ressortir le balai, de faire le ménage, d'exiger que tous ceux qui accèdent au pouvoir déclarent leurs intérêts à la face du monde et acceptent que le service public ne soit pas fait pour s'enrichir.

Par contre, il faut s'assurer de payer correctement ceux et celles qui acceptent de servir, car ne pas le faire c'est les exposer à succomber aux chants des sirènes qui jalonnent le parcours des élus et qui sont un réel danger pour nos démocraties ou... ce qu'il en reste.

Ce qui nous manque le plus, ce sont des citoyens capables de se scandaliser. Nous en avons tellement vu, du scandale des commandites à celui de la Caisse de dépôt jusqu'au Fonds de solidarité, que nous sommes en train de nous immuniser. Sans compter ceux qu'on a déjà oubliés et ceux qu'on ne connaît pas... Devenir immunisés? Ça, c'est grave. Et même dangereux..

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