Pâques chez les Tremblay

Pour Augustine Tremblay, la tradition du repas dominical pour Pâques est importante.
Photo: Pour Augustine Tremblay, la tradition du repas dominical pour Pâques est importante.

Chaque année, Augustine Tremblay, en bonne rassembleuse, essaie de réunir sa famille élargie pour fêter Pâques. Ce n'est pas chose facile depuis qu'elle a découvert, à la veille de ses 89 printemps et toujours en bonne forme, que la tradition du repas dominical pouvait avoir des airs de nouvelle cuisine.

Abonnée à presque tous les magazines et revues culinaires par ses enfants ou petits-enfants, elle bouscule la tradition du jambon de Pâques en cuisinant plutôt un gigot d'agneau, qu'elle garnit de petites pommes de terre nouvelles et de roquette. Une révolution dans la famille Tremblay, habituée depuis toujours à la même recette, aux mêmes habitudes, et qui doit subitement s'adapter au bon vouloir de «Mère».

Voilà ce qui arrive à force de regarder la télé, témoigne la fille aînée, Marie, qui, elle, frôle les 68 ans et qui est mère de cinq enfants issus du baby-boom. Une femme éduquée par Augustine à l'école des soeurs, et qui a appris la cuisine avec Jehane Benoît et le professeur Bernard. Marie se dit en admiration devant la «sainte et dévouée soeur Angèle» et rêve de faire à manger comme elle.

Chez les Tremblay de la nouvelle génération, on serait plus porté vers la pizza, le poulet de St-Hubert ou le brunch au resto sans rassemblement obligatoire. Que faire, alors, lorsque la matriarche décide que l'agneau pascal relèguera le jambon aux oubliettes? C'est une petite révolution alimentaire au sein des Tremblay et surtout pour Marie, beaucoup plus habitués qu'ils sont à la couronne de crevettes déjà préparée qu'aux sushis ou aux tatakis de thon version montréalaise.

Le grand chambardement

Moins de 40 ans ont suffi pour faire évoluer le paysage alimentaire du Québec. Pour la première labellisation IGP (indication géographique protégée) du Québec remise à Lucie Cadieux et Vital Gagnon par le ministère québécois de l'Agriculture dans la région de Charlevoix, c'est le résultat d'efforts concertés et un vrai changement dans les habitudes des Québécois. Pourtant, chez certains, comme dans la famille Tremblay, les a priori alimentaires sont encore présents à bien des égards.

Si, au fil du temps, le mouton est devenu de l'agneau, le crabe des neiges un luxe de la table, le foie gras de canard un produit presque courant, il est nécessaire d'effectuer un retour en arrière pour mieux apprécier le présent. Les temps changent et, Tremblay ou pas, les consommateurs sont devenus exigeants et de plus en plus connaisseurs. Le mauvais cidre a été remplacé par du bon, l'Orpailleur remporte des médailles pour son vin de glace et La Face cachée de la pomme fait découvrir le cidre de glace sur la planète. En même temps, les fromagers d'ici en arrachent, permettant un sursis au cheddar orange et au P'tit Québec.

Pendant que la dernière génération des Tremblay installée à Montréal prône la nouvelle cabane à sucre de Martin Picard, sa tourtière full porc ou ses beans revisitées façon Pied de cochon, les chocolats de Christophe Morel ou de Geneviève Grandbois, Augustine fait le chemin inverse en expliquant à sa descendance ce qu'étaient les chocolats André et Laura Secord et les oeufs farcis que le défunt grand-papa lui offrait la veille de Pâques, en précisant bien que le samedi était encore carême.

Autre époque, autres moeurs. Si la fête de Pâques est toujours populaire, surtout chez les enfants, s'il se consomme de plus en plus de chocolat, de plus en plus d'agneau et encore du jambon, pour beaucoup de gens Pâques n'est plus la célébration de la résurrection du Christ mais plutôt l'annonce du printemps.

La part des anges

Les vignerons savent ce qu'est l'évaporation naturelle dans les chais, que l'on nomme «la part des anges». Cette année, après bien des appels téléphoniques et des compromis, le grand rassemblement familial prévu le dimanche de Pâques chez les Tremblay de Lanaudière aura lieu. Réunir 28 personnes de trois générations n'est pas facile. C'est décidé, Augustine, la doyenne, la respectée, aura son agneau pascal, Marie, son jambon à l'érable, et les autres auront le choix entre les deux ou le restant, soit la part des anges. La course aux oeufs aura ses adeptes et le nouveau conjoint de Marie offrira au dessert la tire sur la neige. Quand tout sera terminé, chacun rentrera chez soi en promettant de se revoir, peut-être à Noël ou, qui sait, pour un barbecue chez Augustine durant l'été.

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Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l'entendre tous les samedis matin à l'émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d'autre, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

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La recette de la semaine

Rôti d'agneau braisé avec os à la crème d'ail et aux flageolets

Pour quatre à six personnes

- Prendre une épaule ou un baron d'agneau de 1,5 à 1,8 kilo

- 12 gousses d'ail

- 250 ml de vin rouge

- 125 ml de jus d'agneau ou de volaille

- 1 figue fraîche

- 6 grains de poivre

- Deux fois 45 ml de beurre

- 1 carotte coupée en dés

- 1 oignon coupé en dés

- 1 branche de céleri coupée en dés

- 125 ml de crème à 15 %

- 500 ml de flageolets déjà cuits

- Sel et poivre au goût

Faire revenir dans le beurre (45 ml) l'agneau assaisonné au préalable. Laisser prendre une belle coloration et déposer dans un chaudron avec l'oignon, la carotte et le céleri. Ajouter les grains de poivre et mettre au four à 350 degrés pendant 15 minutes. Retourner le rôti et verser le vin et le jus de volaille ou d'agneau. Faire cuire de nouveau à couvert à 275 degrés durant une heure quinze minutes.

Verser le jus restant dans une casserole et ajouter les gousses d'ail, la figue coupée en morceaux et la crème. Laisser cuire cinq minutes et passer au robot. Détacher la viande à la fourchette et servir avec la sauce fine à l'ail montée avec le reste du beurre et assaisonnée.

Réchauffer les flageolets et servir avec l'agneau.

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500 barbecue

Paul Kirk

Éditions Publistar, 288 pages, 2008

Une collection de poche qui fonctionne bien et qui permet de rassembler pas moins de 500 recettes, cette fois sur le barbecue. Il s'agit de recettes simples et faciles, très bien adaptées aux produits du Québec et qui annoncent déjà l'été sur le gril.

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