La petite chronique - Autour de Gide

Les nombreuses publications qui célèbrent cette année le centenaire de la Nouvelle Revue française remettent en lumière l'oeuvre de l'un de ses initiateurs, André Gide. À vrai dire, l'auteur des Caves du Vatican n'a jamais cessé de susciter de l'intérêt. Soit par son oeuvre, soit par la place qu'il a occupée dans les lettres françaises pendant un demi-siècle, soit par ses moeurs dont certaines particularités seraient moins tolérées à notre époque.

Les Cahiers de la NRF publient des entretiens auxquels s'est livrée la fille de Gide, Catherine, en 2002 et en 2003. On y apprend peu de choses inédites. Les lecteurs des Cahiers de la Petite Dame encore moins. Mais enfin, le ton est franc, sans apprêts inutiles, du genre de celui que l'on trouve dans des propos échangés dans un magazine. On se rend jusqu'au bout de sa lecture en se disant toutefois qu'on aurait pu tout aussi bien s'en dispenser.

Il en va autrement de la correspondance Gide-Valéry rééditée dans les mêmes Cahiers de la NRF. Reprenant l'édition établie en 1955 par Robert Mallet et publiée dans la «Collection blanche», l'universitaire anglais Peter Fawcett y ajoute des lettres inédites et surtout annote de façon experte un échange qui s'échelonne sur une période de 52 ans et qui ne s'achève qu'à la mort de Valéry.

C'est autour de leur trentaine toutefois que les deux écrivains s'écrivent le plus volontiers. Les deux sont peu connus du public. De 1890 à 1900, ils se feront part de leurs engouements respectifs, tous deux à la recherche l'un de l'autre, riches d'une vie intellectuelle nourrie.

Curieusement, Valéry n'apprend l'homosexualité de son ami qu'en 1923, si bien sûr on se fie aux lettres échangées dont on possède la trace. Lui ne se prive pas de mettre Gide au courant de ses déconvenues amoureuses.

Si Gide se livre souvent sans détour, sans les afféteries qui abondent dans son journal, l'auteur de La Jeune Parque est plus secret. Ce qui ne l'empêche pas d'évoquer des pensées suicidaires. Comme en témoigne sa lettre du 31 mars 1922: «Je suis une maladie affreuse. Seul maintenant car B. est partie hier. Jamais je n'ai été si abandonné des dieux, si réduit à une douleur fixe, avec des accès furieux et des calmes atroces. Ma vie tient dans une toute petite idée que je manie, que je pétris, que je broie... et toujours sur le point de jeter cette boulette par la fenêtre.»

C'est qu'à ce moment de sa vie, Valéry connaît par rapport à ses relations avec Catherine Pozzi des moments cruciaux.

Valéry l'avoue lui-même, il n'est pas un correspondant généreux. Ses lettres sont au fond des pages de journal. «Admets que je ne t'écris pas. Je m'écris et je tue le temps», écrit-il le 25 décembre 1895.

L'intérêt de cette correspondance ne fait aucun doute. On peut être surpris que le Sétois ait été antidreyfusard et qu'il ait eu des positions antisémites, mais on est retenu par bien autre chose. Comme, par exemple, la chaleur d'une correspondance entretenue par une amitié jamais trahie et nourrie par une rare ferveur intellectuelle.

J'avais lu, il y a bien 40 ans, cette correspondance. À la relecture, il m'a tout de même semblé qu'elle avait une profondeur que je n'avais pas su saisir alors. La littérature, comme la vie, nous échappe parfois. Même celle qui a agité des êtres de qualité qui ont fait de la création littéraire leur passion.

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Entretiens 2002-2003

Catherine Gide

Gallimard, «Les Cahiers de la NRF»

Paris, 2009, 154 pages

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Correspondance 1890-1942

André Gide / Paul Valéry

Gallimard, «Les Cahiers de la NRF»

Paris, 2009, 992 pages

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