Comment devenir célèbre sans marier René Angélil

«La notoriété c'est lorsqu'on remarque votre présence, la célébrité c'est lorsqu'on note votre absence.» - Georges Wolinski

«Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu plus avant de renvoyer les images.» - Jean Cocteau

Je n'ai jamais voulu devenir célèbre. Je n'ai jamais accepté d'avances de René Angélil même si je suis née le 30 mars, comme Céliiiiiine. Et je suis quasi soulagée d'avoir passé une partie de mon adolescence (15 à 20 ans) avec un vieux curé défroqué qui m'enseignait l'anti-philo, le goût du péché et de l'anti-conformisme, et avec qui j'ai élevé un enfant à temps plein tandis que sa mère méditait dans un monastère zen en Californie. David, mon ange, je ne sais pas ce que tu es devenu. Pardonne-moi de n'avoir pas été à la hauteur. Tes parents l'étaient encore moins que moi. C'était l'époque où toute une génération découvrait son nombril. Et aujourd'hui, elle n'a pas encore terminé d'en faire le tour.

Je ne rêve pas de participer à Star Ac mais j'ai fini par aller m'asseoir à la grande messe dominicale de Guy A. dimanche soir dernier. Oh, bien modestement, comme une pure inconnue pour tous ceux qui n'achètent pas ce journal depuis 25 ans. Un quart de siècle pour parvenir au fameux 15 minutes de gloire wharolien tiré d'une entrevue qui dure près d'une heure.

Je tiens à féliciter Guy A. et ses monteurs; ils font de la courtepointe, voire de la dentelle, avec une idée précise en tête, celle de faire lever un show qui attire entre 1 et 1,5 million de téléspectateurs chaque semaine.

Un faux dur et le plus méchant des gentils, Guy A. apprécie la répartie et provoque ses invités avec énormément de tendresse. Faut dire que je n'ai jamais été en croisière sur le bateau de Tony Accurso, que je n'ai pas fait perdre 40 milliards de dollars aux contribuables québécois et que je n'ai pas un passé trouble de harcèlement sexuel ou de pédophilie virtuelle derrière moi.

En ce qui me concerne, ils ont allègrement mis de l'avant les grands mythes, Eros et Thanatos, une entrevue «Courrier du coeur» fort relevée (en grande partie coupée) et un segment crève-coeur sur le suicide de mon père. Avec ça, vous avez tous les ingrédients pour monter la mayo. Et la devise des invités de Guy A. devrait être: «Show, don't sell.» Les gens «achètent» ce que vous «êtes» d'abord, vos produits dérivés ensuite.

La télé, c'est une image et de l'émotion, des rires et des larmes. Et on y ajoute aussi du sexe, du sport, du pain et des jeux, un peu de drame, de la bouffe décadente servie par un chef tatoué, fétichiste des huîtres, un poète très gai, plutôt triste, des humoristes déchaînés pour faire oublier au peuple qu'il rira jaune après avoir mangé son pain blanc en premier.

En asseyant Joblo et Marcel Aubut côte à côte, on assiste à une rencontre improbable, pour l'un plus que pour l'autre. Cher Marcel... Dire que si j'avais eu l'envergure d'un petit Stastny, vous auriez pu être mon Angélil. Je n'ai pas été assez vite sur mes patins. Je me consolerai avec le sexe à piles de mon vibrateur.

La déferlante de la célébrité

J'avais «engagé» l'ancienne attachée politique de Lucien Bouchard et de Jean Doré, ma copine Marthe, pour me préparer au pire. Une professionnelle du calme avant la tempête. Mais elle n'avait pas prévu la suite de TLMP, la déferlante de courrier, de demandes d'amitié sur Facebook, de commentaires sur mon blogue. C'est ma faute. J'ai couru après. J'ai eu l'étourderie de répondre «Manifestez-vous!» à la question: «Je fantasme sur une blogueuse qui pose en sous-vêtements sur la couverture de son livre. Que faire?» Ils se sont manifestés.

La télé ne fait pas toujours dans le second, ni le troisième degré. Un astrophysicien («Je suis le ver de terre amoureux d'une étoile!») et des gars mariés m'invitent à aller prendre des cafés avec le consentement de leur épouse (raconte, raconte, elle est mieux en personne ou pas?). Désolé, les gars, j'ai une brassée qui m'attend, un souper à préparer, un marmot à moucher et une vraie vie à gagner. En deçà d'une offre sonnante et trébuchante d'un mécène sérieux, appelez mon agent. Avec un peu de chance, vous m'aurez oubliée pour une jeunesse de Star Ac dans quelques semaines. Une hirondelle ne fait pas le printemps et une ex-oie blanche, encore moins.

J'ai également eu l'outrecuidance de confirmer que j'étais un fantasme masculin sur le plateau de TLMP. Mais je me trompe. Je suis aussi un fantasme féminin. Et c'est à prendre avec ou sans grain de sel, tout dépend de votre tension artérielle. Le jour de mon anniversaire, j'ai reçu par la poste une imposante copie reliée d'une correspondance que j'entretiens depuis cinq ans et demi avec une fille qui m'aime d'un amour saphique et impossible. En voilà une, au moins, qui se souvient de mon anniversaire à temps. Une fidèle, une passionnée, plus persévérante qu'un gars qui n'a pas baisé depuis une semaine, cette soupirante ajoute des sous dans mon parcomètre lorsqu'il expire. Si j'avais plus de courage, je changerais de religion. Mais je suis judéo-chrétienne, j'aime souffrir, je demeure hétéro.

Gestion d'image

J'ai beau être une fille accessible mais indépendante, comment gérer la manne d'offres qui s'abat sur moi comme la giboulée sur avril? J'ai consulté How to Become Famous in Two Weeks or Less et j'ai trouvé là plusieurs trucs qui feront de moi la saveur de la semaine et me permettront de rester celle du mois, si je suis assez créative.

D'abord, les auteurs conseillent de conserver ses distances: faites-vous désirer et ayez un agenda digne d'un nouveau ministre des Finances en temps de récession. Les gens veulent toujours ce qu'ils ne peuvent obtenir. Et tout est dans la manière. Ne dites pas que vous allez au cinéma, dites que vous assistez à une première; ne dites pas que vous allez dans un souper, dites que vous vous rendez à une soirée privée; et si vous prévoyez organiser un party pour un ami, dites que vous préparez une soirée-bénéfice.

Ayez toujours un avocat sous la main, une assistante personnelle pour répondre à vos courriels et tenir les groopies à distance, cultivez le mystère et les potins vous concernant. Surtout, ne vous fiez pas aux miroirs — prenez plutôt une photo avant de sortir —, ils sont encore plus trompeurs que l'image qu'on se fait de vous.

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cherejoblo@ledevoir.com

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Profité: des conseils de Philippe Turchet dans Le Langage universel du corps (éd. de l'Homme). À travers notre gestuelle, nous livrons 80 % de nos messages, souvent inconscients. Nos émotions se voient, tant dans la séduction qu'en représentation. Un langage universel, celui du corps, parle davantage que tous les autres. Pour le décoder visuellement plutôt qu'intuitivement...

Tiqué: en apprenant que le gouvernement Harper coupe les vivres à l'Observatoire du Mont-Mégantic, en Estrie, le plus important au Canada. Le jour où l'on commence à penser que l'Homme est le centre de l'univers, c'est le début du déclin. Le jour où l'on ne regarde plus les étoiles, on se perd dans la contemplation de son nombril. Et l'être humain a une fâcheuse tendance à oublier l'immensité qui l'entoure, surtout quand il se croit tout-puissant.

Feuilleté: Passion Nutella (Milan), les recettes des plus grands chefs, pâtissiers et maîtres glaciers italiens. J'ai grandi au Nutella, cette institution de l'enfance. Mon père a déjà craché dans le pot pour m'empêcher d'en manger! Enfin un ouvrage qui célèbre cette crème de chocolat aux noisettes à sa juste valeur et dont il faut fuir les imitations. Madeleines, macarons, linzertorte, médaillons de cerf au Nutella et foie gras, risotto à la citrouille et Nutella, de quoi se vautrer dans la décadence. Ma recette perso? Crème fouettée montée au Nutella; vous étendez en couches généreuses sur une génoise aux amandes. Punché au rhum si vous en avez du bon. Joyeuses Pâques!

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Second regard

Je lui ai déclaré mon amour inconditionnel à la télé et juré fidélité jusqu'à la fin de mes jours et des siens. 93 ans (et demi!) et toujours aussi rayonnant. Je suis allée lui porter des hosties mexicaines aux couleurs pastel et pascales cette semaine et nous avons eu une petite conversation sympathique, comme toujours. «L'opinion publique m'indiffère complètement», m'a-t-il dit au sujet de nos fréquentations «louches». L'âge libère des conformismes ambiants, heureusement.

Si vous ne connaissez pas ce bon père dominicain, découvrez-le ce dimanche de Pâques à Second regard, 13h30, à Radio-Canada. Toute l'émission lui est consacrée. En reprise à RDI, à 22h30.

Ressusciter les morts

Le gâteau d'anniversaire devant moi, je m'apprête à souffler les bougies.

— Je vais faire un voeu!

— (Mon B me souffle dans le creux de l'oreille): Maman, fais le voeu que mamie Julie revienne!

— C'est pas possible, ça, mon chéri. Ta mamie est morte. Elle ne ressuscitera pas.

— (Boudeur). C'est pas juste. C'est pas de la vraie magie, les voeux, d'abord. Ça marche pas!

Le pire, c'est qu'il a raison...

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