Afrique du Sud - Une industrie viticole au tournant (3)

Voici le troisième et dernier volet sur ce pays aussi fragile sur le plan social qu'il offre de perspectives de viticulture inouïes. Et un millésime 2009 qui s'annonce très prometteur. Ici, l'industrie sait faire et est particulièrement innovante, alors que des signatures originales sortent du lot chaque année pour mieux rejoindre une élite mondiale de crus qui ont trouvé à la fois un ancrage au terroir et une originalité forte.

Bref, l'Afrique du Sud a réussi après seulement 15 ans (depuis l'ouverture démocratique) un petit tour de force économique. Reste cependant à consolider un marché intérieur encore trop peu soucieux de sa production vinicole (la bière mousse fort ici!), tout en se préservant de succomber aux effets de mode dictés par un marché extérieur de consommateurs trop souvent volages. Il serait par exemple irréaliste de poursuivre l'arrachage de parcelles de chenin blanc qui réussit pourtant à merveille sur place. Voici d'autres maisons visitées lors de mon périple.

- KWV. Le nouvel oenologue Richard Rowe, tout juste arrivé d'Australie, dirige ici une équipe responsable de quelque 20 millions de bouteilles. C'est gros. La gamme reste à peaufiner mais Rowe saura faire. Allez-y pour le moment avec cette Shiraz Cathedral Cellar Stellenbosch Coastal Region 2006 (18,45 $ - 00902429).

- Glen Carlou. Superbe maison pleine de judicieuses initiatives appartenant à la famille Finlayson, dont les pinots noirs font déjà autorité. À surveiller: la Syrah 2006 bientôt disponible à petit prix.

- Distell. Regroupement d'une soixantaine de vignerons et 10e mondial à l'export avec des marques comme Le Bonheur, Fleur du Cap, Two Oceans et Obikwa de niveau standard. À rechercher: Plaisir de Merle, Laszlo (haut de gamme, avec six cépages) et Ingenuity (assemblage de sangiovese, barbera, nebbiolo)

- Boschendal. Gamme impressionnante (trois millions de cols) pour des vins très nets, souvent très boisés, toniques et passablement sapides. Très «Sud-Africain» de style.

- Boekenhoutskloof. Le malin et dynamique oenologue Marc Kent dirige ici une des plus avant-gardistes maisons sud-africaines, à l'image d'un Randall Grahm californien. Souci du détail, étonnante clarté et équilibre fruité pour une série de vins qui a déjà ses admirateurs compulsifs. Les syrahs feraient blêmir les Gauby, Gangloff et Gérin de ce monde!

- Robertson. 35 propriétés, 24 millions de litres et 2100 hectares de vignoble, dont 66 % appartiennent aux femmes noires. Bon niveau standard, dont ce Cabernet-Sauvignon Prospect Hill Robertson 2006 (19,65 $ - 10448001).

- Graham Beck. Maison très sérieuse élaborant parmi les meilleurs mousseux du pays. Le Brut, à moins de 20 $, ferait un malheur chez nous. À découvrir: Shiraz Coastal Region 2008 (19,45 $ - 10960582). Excellent sauvignon maison.

- Newton Jonhson. Ma petite révélation! Une splendide maison familiale qui exploite trois vignobles en altitude où les sauvignons (très Pouilly-Fumé), pinots noirs et chardonnays «bourguignonnent» allègrement. Vivement leur présence en tablettes!

- De Toren. Deux vins seulement, «Z» à dominante merlot et «Fusion V» où le cabernet sauvignon évoque un cru californien qui se serait perdu du côté de pauillac tout en étant sud-africain. Vins sophistiqués, de bonne densité, marqués par un élevage sérieux.

- Enfin, comment s'y retrouver du côté de Constantia, cette merveilleuse région tout juste au nord de Cape Point rendue célèbre par ses muscats de Frontignan moelleux et où tout commençait dès 1685? Par un logo incrusté dans le col de la bouteille qui garantit la provenance des vins. Groot Constantia est la plus ancienne, avec des rouges et des blancs élégants qui ne manquent pas de race. Le Grand Constance 2007 est lumineux. Avec Klein Constantia (affilié au Bordelais Bruno Prats), les vins ont du panache et beaucoup de sève. La cuvée «de garage» Anwilka (sélections parcellaires), où domine la syzrah, impressionne. Disponible: Sauvignon Blanc 2008 (19,70 $ - 504183). Le dernier arrivé (2005), soit Constantia Glen, n'a que deux vins, mais quels vins! Un partenariat avec le Bordelais Dominique Hébrard (ex-Cheval Blanc) axé sur la pureté, le style, l'élégance, la profondeur. Très bon Constantia Saddle. Une maison à surveiller.

Quelques blancs

- Vouvray «Le Mon» 2006, Huet, Loire, France (33,75 $ - 10796479): robe pâle, net, discret, sur les champignons de Paris, le citron confit, les coings. Bouche presque tannique, dense, fraîche sans être nerveuse, pénétrante, longue. Quelle race! ***1/2, 2. ©

- Riesling « Brand» Grand Cru 2002, Cave de Turckeim (23,90 $ - 960344): les quantités ont fondu comme neige, avec raison, d'ailleurs, car ce superbe blanc sec, gracieux, aérien et détaillé est une véritable affaire! Surtout qu'il est à son apogée. ***1/2, 1.

- Riesling Trocken 2007, Müller-Catoir, Allemagne (23 $ - 10558462): petit bonheur de bouche, sans prétention mais d'une étonnante conviction fruitée. Équilibre cristallin entre sucres et acidité, longueur appréciable. ***, 1.

- Bürgergarten Riesling Spatlese 2007, Müller-Catoir, Allemagne (45,25 $ - 11006580): la maturation spatlese élève ici la remarquable présence fruitée au rang d'une gourmandise qui ne manque pourtant pas de sérieux. Densité mais aussi rigueur imposée doucement par l'approche minérale du terroir. ***1/2, 2.

- Bricco Quaglia 2007, Moscato d'Asti, La Spinetta (22 $ - 10543746): terminons sur une note de pur printemps pas piqué des hannetons avec ce muscat tout juste «frizzant», au fruité joyeusement délirant, d'un crémeux, d'une douceur à faire aimer la vie et son voisin. ***, 1.

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- Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l'émission de Christiane Charette à l'antenne de Radio-Canada.

www.vintempo.com

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Les vins de la semaine

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La belle affaire

Mirassou Pinot Noir 2007, California (14,80 $ - 10845681)

Il y a derrière le coulant fruité de ce pinot noir une joie simple de boire du vin, avec ce qu'il faut de mâche, cependant, pour maintenir l'émotion à fleur de lèvres. Ensemble frais, juteux, tendre, fondant, de belle longueur. Servir à 15 °C. 1.

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Le Châteauneuf

Les Cèdres 2006,

Châteauneuf-du-Pape,

Jaboulet (40 $ - 975789)

À un prix défiant toute récession, un grand rouge qui a du panache, de la tenue et la ferme conviction à vous livrer du sérieux, tout en s'amusant un peu. Robe riche et lumineuse, arômes détaillés et saveurs liées avec la densité, la sève et le «fond» voulus. 2.

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La primeur en blanc

Château Bonnet 2007, Entre-deux-Mers, Lurton (16,75 $ - 083709)

Bordeaux sait faire en matière de sauvignon, surtout Lurton qui l'encapsule avec brio, sans bavures ni boisé, presque sans efforts. L'éclat et la maturité fruités sont indéniables, l'ensemble léger, presque badin, donne le ton, la finale stimule et avive. 1.

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La primeur en rouge

La Petite Chardonne 2005, Côtes de Bourg, Vignobles Louis Marinier

(23,20 $ - 919068)

Du beau merlot, bien mûr, dans un millésime parfait (!), porté par ce caractère typique de l'appellation où le grain, l'étoffe, la «masse» silencieuse du fruit succombent sous l'ampleur tannique. Digeste et appétissant. 1.

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Le vin plaisir

Nero d'Avola 2006,

Morgante, Sicile

(17,70 $ - 10542946)

On ne badine pas ici avec le cépage il-est-beau-il-est-gentil. Plutôt une tonne de briques bien administrée sous forme de fruité fourni, compact et particulièrement palpable, dont la résonance se fait sentir longuement après l'avoir avalé. Bon, vrai, authentique. 1.

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