Les faux pas d'Obama et de Harper

Convaincu que l'approche qu'il poursuit aux États-Unis est la meilleure manière de contrecarrer la crise économique globale, Barack Obama s'est présenté au sommet du G20 en espérant obtenir un accord concernant des mesures de stimulation fiscale. M. Obama et son épouse Michelle ont été accueillis avec enthousiasme par tout le monde dès leur arrivée à Londres... mais le président américain savait déjà qu'il serait isolé lors de la réunion.

Certes, le premier ministre britannique, Gordon Brown — l'hôte de la réunion —, était d'accord avec M. Obama. Mais le gouverneur de la banque centrale d'Angleterre avait déjà averti son gouvernement travailliste qu'une visite du FMI suivrait de près toute augmentation du déficit. De quoi refroidir les ardeurs.

Le Canada, lui, était en mesure d'adopter de nouvelles mesures d'impulsion fiscale. L'OCDE l'avait indiqué avant la réunion. Stephen Harper a d'ailleurs tenté d'aider son homologue américain — en dehors de ses propres objectifs liés au règlement des institutions financières. Mais la réalité, c'est que le Canada a très peu d'influence lors de ce genre de réunions. En plus, le message d'appui relatif de M. Harper a été dilué par ses propres réticences à augmenter le déficit fédéral (comme la France et l'Allemagne).

En fin de compte, M. Obama a dû céder — la faute principalement à l'opposition du président Sarkozy et de la chancelière Merkel. Mais sa popularité personnelle n'a pas diminué. Comme le notait le chroniqueur Jackson Diehl dans le Washington Post: «Barack Obama a prouvé qu'il peut travailler efficacement avec un éventail de chefs étrangers — à condition qu'ils lui permettent d'établir l'ordre du jour.»

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En janvier, M. Obama était optimiste à l'idée que les Européens enverraient plus de troupes en Afghanistan. Plus tard, en février, le vice-président Joe Biden a prédit qu'un changement des politiques américaines concernant Guantánamo et la torture ferait toute la différence et favoriserait de meilleures relations entre Washington et le reste du monde — d'autant plus que George W. Bush n'est plus dans le portrait.

N'empêche, M. Obama est reparti du sommet du G20 les mains presque vides sur ce plan. Le conflit en Afghanistan a ainsi toutes les chances de devenir une guerre américaine.

Pour apprécier le défi auquel il faisait face, il faut penser à une réunion des premiers ministres au Canada.

M. Obama est le joueur dominant à la table, et il a des pouvoirs clairement définis — tout comme les alliés de l'OTAN. Mais ces derniers condamnent l'unilatéralisme américain et soulignent l'importance de dialoguer avec eux. Lors de leurs rencontres bilatérales, chaque membre a d'ailleurs dû faire des demandes spécifiques à M. Obama.

Chez nous, Pierre Trudeau avait compris qu'il pourrait être très populaire lors de ces réunions en observant un principe simple: donner à ses homologues tout ce qu'ils désirent, et ne rien demander en retour. Il a décrit l'approche de la négociation provinciale de cette manière: «ce qui est le mien est le mien, ce qui est à vous est négociable».

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Avant les deux réunions internationales, le premier ministre Harper a répété sa tactique consistant à donner des entrevues aux médias étrangers. La formule fut généralement bonne pour lui. Mais son entrevue avec Fox News a révélé les défauts de cette approche.

L'animateur Chris Wallace est arrivé bien préparé pour l'entrevue. C'est le fils du légendaire Mike Wallace, du réseau CBS, et il est très respecté à Washington. Il a invité M. Harper à son émission en espérant offrir à ses spectateurs de droite des messages conservateurs.

Sur l'Afghanistan, M. Harper s'est montré très évasif quand M. Wallace lui a demandé directement si le Canada était prêt à reconsidérer sa décision de retirer ses troupes vers la fin de 2011. Le sourire collé au visage de M. Harper n'a pas dû aider à persuader les téléspectateurs américains que le Canada est un allié sérieux dans ce dossier.

On peut comprendre que M. Harper n'a pas voulu critiquer les politiques intérieures de M. Obama. On peut également comprendre qu'il est lié par un vote parlementaire sur l'Afghanistan. Ce qui est moins compréhensible, toutefois, c'est que le premier ministre et ses conseillers aient accepté l'invitation de M. Wallace.

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nspector@globeandmail.ca

Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail

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