Théâtre - Mettre sa vie en jeu

On ne dirait pas vraiment, avec le gris des derniers jours, mais c'est dans quelques semaines à peine que s'amorcera la saison des festivals. Avec Petits bonheurs, dès le 1er mai, puis le mythique Living Theatre qui sera au festival de théâtre anarchiste à l'Université Concordia, puis le FTA avec sa double programmation danse-théâtre, puis le Jamais Lu et ses nouvelles voix, puis... puis ce sera comme ça jusqu'à l'automne, vous le savez aussi bien que moi. Montréal ville de festivals: une grande respiration par le nez, tous ensemble...

Pourtant, même sollicité aussi par la dernière grande vague de spectacles de l'année dans les salles «régulières», c'est quand on revient d'un grand festival à l'étranger que l'on peut vraiment sentir l'impact de ce type d'événements sur la vie profonde de toute la planète Théâtre. Les grands festivals forment une sorte de chaînon d'îles volcaniques. Ce sont de véritables lieux d'ébullition branchés sur un même courant tellurique à haute tension; on y carbure surtout à la création et à la mise à nu.

Ils forment un réseau de ressourcement permanent où tout circule à haute vitesse; les spectacles, les rencontres, les longues discussions... Ce sont des lieux d'échanges immenses où l'on met tout en jeu. Des lieux d'impacts majeurs. Riches de séductions totales tout autant que de dures remises en question. Les propositions les plus audacieuses s'y fréquentent intimement, s'y mêlent et s'y multiplient alors que certaines y perdent parfois leurs illusions.

Vie et mort. Intensément toujours...

Bon. Je me suis laissé emporter, je sais. Et certains accorderont probablement encore moins d'importance au phénomène sous prétexte que cela se passe dans le secteur jeunes publics — ce que j'arrive difficilement à saisir, menfin —, mais je tenais à souligner que c'est précisément ce que j'ai vécu à Méli'môme au cours de la semaine dernière. Des moments de théâtre étonnants de densité. Redéfinissants. Ressourçants.

J'ai vu là des audaces qui n'en finissent pas de se renouveler. Du sang frais aussi et de nouvelles avenues proposées aux tout-petits; rien de «guili-guili» ou d'ordinaire, jamais. Plutôt des formes nouvelles où souvent musique, danse et performance offrent de séduisantes propositions artistiques aux enfants... ce qui les change un peu de la télévision de tous les jours, cheapo, shootée à la cote d'écoute et aux reprises.

Mais il y a eu aussi des moments moins faciles, des tentatives de séduction tombées à plat, qui n'emportent pas, trop froides, trop esthétisantes, alors que d'autres s'imposent malgré les formes «difficiles» dans lesquelles elles s'incarnent ou la dureté des sujets qu'elles abordent. On ne sait jamais tout à fait pourquoi. Mais ce que l'on sait, c'est que l'on ne fréquente jamais impunément les grands festivals que l'on parle de Cannes ou Berlin pour le cinéma, du FTA, d'Avignon ou de Méli'môme pour le spectacle vivant. Ils sont comme les rares points d'eau du Serengeti; on ne peut s'y abreuver qu'en acceptant de mettre sa vie en jeu.

C'est ce qu'ont su faire les trois compagnies québécoises invitées cette année à Reims en provoquant beaucoup de discussions sur les thèmes que l'on ose aborder ici avec les enfants. Bien au-delà de ces seules réactions, ces compagnies sont aussi les premières à souligner l'importance des liens tissés avec les artisans des autres spectacles du festival. Et l'impact aussi que tout cela aura — a déjà! — sur les enfants d'ici.

On est bien loin des Rolex et des galas de pingouins de Stephen Harper ou des grands mépris de James Moore pour ce qui s'affirme dans tout cela. Sursum corda! dirait Toe Blake...

Théâtre à Vue

Vue sur la relève prend chaque année de plus en plus d'importance en se diversifiant; pour sa 14e édition, le festival propose maintenant des rencontres, des ateliers et des spectacles en danse, en musique et en théâtre. Cette année, par exemple, la programmation du volet théâtre comprend une dizaine de pièces toutes neuves issues, évidemment, de la relève.

On verra là pour la première fois des compagnies au nom exotique comme La Tortue noire, Blitz d'axes ou Barthélémy Glumineau et qui sont souvent formées des finissants des diverses écoles de théâtre. Des textes aussi qui n'ont encore pour la plupart jamais été montés, dont on ne peut donc vous parler qu'en citant les communiqués de presse, mais dont le seul titre met souvent l'eau à la bouche: La République des rêves, L'Ironie du tort ou Les Immondes. Si vous vous pressez un peu, vous pourrez voir trois productions ce soir à la Maison de la culture Frontenac à compter de 20h: Valises, de Blitz d'axes, La République des rêves de la compagnie Barthélémy Glumineau et Par la fenêtre, la forêt du groupe L'eau du bain.

Tout cela jusqu'au 18 avril et surtout dans deux salles: la Maison de la culture Frontenac (métro du même nom) et La Tulipe, rue Papineau en face de La Licorne. Les billets pour tous les spectacles sont offerts à 10 $ et l'on peut même réserver au % 514 529-5000 ou sur le site www.vuesurlareleve.com.

En vrac

- Réception d'un communiqué intéressant à mon retour hier; cela concerne la compagnie de marionnettes KoBol. Ses deux marionnettistes-interprètes, Louis Ayotte et Pier Dufour, ont été invités à «produire de courtes interventions en théâtre de marionnettes et d'objets qui serviront de liens» entre les divers opéras présentés dans le cadre du festival Best of Opera, le 19 avril au SAP Arena à Mannheim en Allemagne. Le festival propose «une rencontre entre l'univers de l'opéra (orchestre et chanteurs lyriques), les vidéosprojections-3D en direct et le théâtre de marionnettes et d'objets». La participation de KoBol s'insère dans une production de 150 minutes inspirée de plusieurs airs d'opéra.

- Il y a relâche Aux Écuries cette semaine. Les activités reprendront le 14 avril avec Je voudrais crever de Marc-Antoine Cyr, une production de la compagnie DuBunker offerte à 20h jusqu'au 2 mai. On en apprendra plus en consultant le site Internet www.auxecuries.com

mbelair@ledevoir.com

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