Les nouvelles, partout, tout le temps

Les Québécois adorent la télévision, c'est connu. Le rapport NETendances 2008, paru la semaine dernière, montre qu'elle demeure de très loin leur principale source d'information en matière d'actualité, pour 63 % des répondants, et qu'Internet arrive encore au 3e rang, à 13 %, derrière la presse écrite, à 15 %.

Mais 24 % des Québécois de 18 à 34 ans ont déjà adopté le Web pour s'informer en priorité sur l'actualité. Pas besoin d'être un grand devin pour prédire qu'Internet finira par dépasser la presse écrite.

Le rapport NETendances, c'est une vaste enquête commencée en 1999 par le Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO), qui prend la forme d'un sondage réalisé par Léger Marketing. Le sondage a permis à ce jour de scruter les habitudes en ligne de plus de 150 000 Québécois. Le rapport annuel aborde plusieurs sujets, dont les transactions en ligne ou l'écoute de vidéos, mais ce qui nous intéresse ici, c'est la fréquentation des sites d'information.

Le rapport laisse perplexe quand on compare ses résultats avec la fréquentation des sites d'information aux États-Unis, puisque la fréquentation de ceux-ci y est en croissance exponentielle.

Ce qui nous donne l'occasion de revenir sur The State of The News Media 2009, ce mégarapport préparé par le Pew Research Center, qui trace un bilan de santé des médias américains et du journalisme, et dont Le Devoir faisait état le 17 mars.

Un jalon

Les auteurs du rapport affirment que l'année 2008 passera probablement à l'histoire comme un «jalon» dans l'histoire des informations sur Internet. Toutes les données recueillies par le Pew Research Center montrent en effet qu'Internet est en passe de devenir le deuxième média pour s'informer, après la télévision. À l'automne dernier, plus du tiers des Américains affirmaient avoir pris leurs informations sur la campagne électorale d'abord sur Internet, ce qui a fait du Web la deuxième source d'information, devant les journaux, derrière la télévision.

Le nombre d'Américains qui affirment prendre leurs nouvelles nationales et internationales d'abord sur Internet serait maintenant d'environ 40 %. On remarquera toutefois que lorsqu'on parle de l'ensemble des nouvelles, dont les nouvelles locales, le chiffre n'est pas aussi élevé.

Par ailleurs, en janvier dernier, 79 % des utilisateurs adultes d'Internet affirmaient maintenant y prendre essentiellement leurs nouvelles, selon une étude californienne. Cette proportion reléguait la télévision en deuxième place, mais on parle bien ici d'utilisateurs d'Internet, et non de l'ensemble de la population.

Il reste quem même en utilisant les chiffres avec prudence et en mettant les bémols qu'il faut, on ne peut nier une tendance lourde. Est-ce que les prochains sondages de NETendances montreront que les Québécois suivent le même mouvement? Je l'ignore. Il faut quand même préciser que, en comparaison des sites de nouvelles québécois, les sites américains sont d'une ampleur inouïe. Il s'agit de consulter les sites du New York Times ou de CNN pour s'en rendre compte.

Le mobile en croissance

Autant le sondage québécois que l'étude américaine remarquent la même chose: le taux de branchement d'Internet n'augmente pas tellement. Dans l'étude américaine, on ajoute que si l'année dernière il n'y a pas eu nécessairement beaucoup de nouveaux internautes, ceux-ci naviguaient plus longtemps. Et le nombre moyen de visiteurs uniques par mois sur les 50 sites de nouvelles les plus importants avait augmenté de 27 % en un an (avec des chiffres carrément spectaculaires pour certains titres individuels).

L'autre tendance, c'est le développement du mobile. Au Québec, selon NETendances, cela demeure relativement marginal: moins de 7 % des Québécois se branchent sur Internet au moyen d'un cellulaire, d'un assistant numérique genre BlackBerry ou d'un téléphone de type iPhone.

Mais tout le monde prévoit une explosion de ce secteur. The State of the News Media explique d'ailleurs que les entreprises qui produisent de l'information se sont lancées dans une frénésie d'expériences pour livrer les nouvelles sur toutes les plateformes possibles, dont les alertes d'information personnalisée sur cellulaires.

En mai dernier, l'agence Associated Press a d'ailleurs ouvert le Mobile News Network, d'abord conçu pour l'iPhone, mais offert maintenant pour d'autres mobiles, qui fournit des informations en format texte, audio et vidéo, avec un grand succès paraît-il.

L'enquête NETendances, elle, affirme que les Québécois sont maintenant prêts pour le sans-fil, en tenant compte aussi du nombre de Québécois qui naviguent maintenant sur Internet avec un ordinateur portable sans fil. Reste à voir si les médias québécois sauront leur livrer adéquatement leurs informations sur ces nouveaux supports.

****

pcauchon@ledevoir.com

À voir en vidéo