Le Nouvo Saint-Roch à l'état Pur

Québec — Chaque fois que je mets les pieds dans le fief de Régis Labeaume, c'est toujours la même histoire: j'adore. Euh... la ville! Jusqu'à en oublier les péchés capitaux de la capitale, c'est dire. Mais il y a des fois où la Québec se montre plus adorable que d'autres. Lorsqu'on y fait de pures découvertes, par exemple.

C'est d'abord une capiteuse odeur qui titille les narines en pénétrant dans le nouvel hôtel Pur, cet établissement de la basse-ville où on a compris que bien des gens puisent leur dose de caféine dans autre chose que ces breuvages insipides encore allègrement servis même dans les institutions les plus étoilées d'Amérique du Nord.

Mais la bonne étoile de cet hôtel planté au beau milieu du Nouvo Saint-Roch, un quartier en voie de branchitude avancée, ne s'arrête pas à l'espresso ou au cappuccino offerts en tout temps dans le lobby et qui, d'ailleurs, finissent souvent par susciter les échanges «interpersonnels».

Les propriétaires du Pur, Ark Investment Partners, possèdent également trois hôtels dans la Grosse Pomme (Shoreham, Franklin et Mansfield). Si cette appartenance a entraîné pour le Pur de la vieille capitale une influence résolument new-yorkaise, l'ambiance, le personnel et le décor restent purement à l'enseigne Québec-ville, savez, là où les gens surfent encore sur leurs célébrations du 400e...

Dans cet ancien Holiday Inn, rue de la Couronne, seule la charpente de béton a été gardée pour recréer tout le reste, et même les couloirs sillonnant les 241 chambres incitent à la détente: sombres, ils le sont, dans des tons de noir, de gris et de blanc. Par contraste, des fenêtres pleine hauteur font presque office de luminothérapie tellement elles irradient l'espace, à l'intérieur des chambres autant que de certaines aires communes donnant sur l'urbanité grouillante autour de l'édifice de neuf étages.

Dans une atmosphère d'auberge familiale, le Pur (www.hotelpur.com) propose les services d'un grand hôtel: piscine intérieure largement fenestrée, sauna, pièce de conditionnement physique, salle de bal, centre d'affaires, Internet haute vitesse sans fil... À chaque unité, les designers ont eu la bonne idée d'installer le lit face aux ouvertures panoramiques jouxtées d'un fauteuil récamier, comme une invitation à épouser les paysages citadins qui s'y collent, du Vieux-Québec au fleuve Saint-Laurent ou à l'île d'Orléans.

Tout cela s'intègre dans un aménagement à ce point épuré que l'accueil pourrait facilement souffrir de froideur. Mais le directeur général, Vincent Dufresne, veille au grain: «J'ai voulu faire en sorte de créer une ambiance chaleureuse dans un décor très tendance», dit-il.

Le Nouvo Saint-Roch, autrefois moche et mal famé, est une sorte de Plateau Mont-Royal en puissance, version Québec-ville, bien entendu: surtout, ne jamais ressembler à Montréal! Et même s'il reste encore des traces de cette morosité qui enveloppait autrefois le quartier, on y trouve les signes irréversibles d'une revitalisation déjà bien campée, dans un îlot encore restreint, toutefois, autour de l'hôtel Pur et de la bibliothèque Gabrielle-Roy, avec ses boutiques, pâtisseries, cafés et restos d'une autre génération.

L'Utopie (www.restaurant-utopie.com) est du nombre, avec sa convivialité urbaine et son menu tout en surprises: on craque volontiers pour celui qui offre un accord vins-mets tout au long du repas, concocté par le chef sommelier Jean-Sébastien Delisle, l'histoire de chacun des cépages à l'avenant. Quant au Panache de la magnifique auberge «archéologique» Saint-Antoine (www.saint-antoine.com), un peu plus loin, il reste égal à lui-même: un endroit charmant installé à même un site historique, où la table fait toujours honneur au chef François Blais.

Puis il y a aussi le théâtre de la Bordée, le théâtre Impérial à l'étonnante devanture, et tous ces gens dont l'allure ne trompe pas sur la nouvelle vocation d'un arrondissement où l'on imagine volontiers, entre autres fréquentations, les jeunes loups de la culture, de la finance et de l'informatique.

Mais surtout, surtout, l'horrible mail Centre-Ville, une ex-croissance qu'on avait probablement voulue calquée à l'époque sur les centres commerciaux, est tombé sous les pics des démolisseurs: quelques centaines de mètres de la rue Saint-Joseph avaient littéralement été recouverts. Et nous étions loin des emballages à la Christo!

Cette atrocité enveloppait même une partie de l'église Saint-Roch, un bâtiment, après tout, seulement de style néogothique... Même s'il gagnerait beaucoup à être illuminé le soir venu, le monument religieux, aujourd'hui réhabilité, en impose. Et on imagine aisément les moments de pur plaisir qu'offrirait une terrasse de l'hôtel sur l'une des artères qui le bordent, la rue du Parvis, à l'ombre du lieu de culte. Des commérages de perron d'église peut-être pas toujours catholiques, mais ô combien sympathiques.

Le projet figure d'ailleurs dans les cartons de Vincent Dufresne, qui planche toutefois, ces temps-ci, sur l'ouverture du restaurant de l'hôtel, fin mai ou début juin. «Nous y proposerons une bonne table, mais accessible, promet-il, dont le menu fraîcheur sera mijoté par le chef François Privé. Il y aura aussi un bar où on pourra également casser la croûte.» À en juger par la «table» de l'actuel service aux chambres, ça promet.

Sur la piste des pentes

Et s'il nous prend l'envie, autour de cette envolée urbaine, de profiter des derniers jours skiables, la station Stoneham, entre autres, offre de tout pour tout le monde à moins d'une demi-heure du centre-ville de Québec (www.ski-stoneham.com). On vient d'y investir plus de 700 000 $ dans une structure permanente de demi-lune pour le parc à neige, en complément de ses 32 pistes réparties sur trois montagnes. Et le restaurant Feu Follet propose, au pied des pentes, un menu qui s'aventure bien au-delà des poutines et autres fast-food très courants dans ce genre d'endroit: carpaccio de cerf, foie de caille, jarret de porc, coq, boudin, pétoncles, thon, crevettes, basa... Et pas besoin de skier pour aller prendre un bon repas avec vue sur la montagne. Même l'été, où le centre dispose également de tout un programme d'activités.

Québec et sa proche région? Là où règne cette espèce d'attitude dont on sent qu'aucune concession ne sera faite sur la qualité de vie? Ça vous met le baume sur toutes les «citadineries» de mauvais aloi. J'adore.

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dprecourt@ledevoir.com

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