Long-courrier

Du chinois: «Nous faisons actuellement des démarches afin d'effectuer un voyage en Chine à l'automne 2009. Nous avons examiné et comparé à peu près tout ce que le marché montréalais offre pour un voyage en français dans cette région. Nous avions presque fait notre choix avec l'agence Traditours, qui propose un parcours complet qui semble des plus intéressants et parmi les meilleurs prix.

«Or, ce week-end, nous avons découvert les voyages de l'agence Sinorama. Pour des voyages comparables quant à la durée et aux visites proposées, Sinorama offre des prix bien en-deçà du marché (près de 2000 $ en moins pour 17 jours): compagnie aérienne américaine, comme la plupart des autres agences ou grossistes, des hôtels 5 étoiles, tous les repas compris...

«L'offre semble trop belle pour être vraie. Par ailleurs, nous avons entendu dire que le gouvernement chinois subventionnerait cette agence, ce qui pourrait expliquer l'écart de prix. Que savez-vous de cette agence et que pensez-vous de ses offres?»

Marcel Larouche, Montréal

Il est vrai que les tarifs de Sinorama décoiffent si on les compare avec le nombre de jours passés en Chine d'autres voyagistes. À part la rumeur voulant que le gouvernement chinois pousse cette agence comme un antiquaire pousserait son vase Ming, il faut peut-être y regarder de plus près, avec une loupe à repérer les grains de riz. Les hôtels dits 5 étoiles sont, pour certains des établissements, seulement étoilés à la gloire de ceux qui les vendent.

En ce qui concerne les repas, si personne ne met en doute qu'ils figureront au programme, on ne dit pas combien de temps il faut attendre pour avoir son canard un peu laqué ni son riz qui n'en finit pas d'être gluant. Même combat du côté de certaines visites où il est plus facile de trouver un pousse-pousse pour retourner dans le palace étoilé que de trouver son guide initial.

Tout cela pour une raison simple: Sinorama joue la carte du nombre. Et il n'est pas rare de faire la file devant des boutiques de souvenirs qui font également, comme par hasard, cantines pour touristes affamés, ce qu'on surnomme également restaurants.

Cela fait parfois un peu désordre pour la visite d'un village dit typique. Les villageois sont d'ailleurs ravis de mettre seulement deux fois dans la journée leurs chapeaux pointus et leurs salopettes usées pour une bordée de 100 curieux, plutôt que de changer dix fois leur attirail de mascarade pour des salves mois payantes de 10 personnes étonnées.

Ce n'est pas moi qui l'invente, je suis tombé par hasard (et le hasard, dans la mythologie chinoise, est synonyme de courage) sur des lettres de participants à des voyages de Sinorama qui étaient aussi déçus qu'en colère et qui juraient qu'on ne les y reprendrait plus jamais.

Faisons une histoire courte et facile à mélanger dans le thé (comme le dit Confucius ou un de ses adeptes au fameux temps des automnes et des printemps): si on part pour ses yens, on en a pour son yen. Et je n'ai même pas abordé les droits de la personne quelque peu obscurs qui sont inclus dans tous les forfaits. On me dira aussi que pour régler la vie de plus d'un milliard de personnes, il faut une certaine fermeté. C'est le mot «certaine» que je maîtrise mal en mandarin...

La Provence facile

«Je prévois deux semaines de vacances en France, en juin, avec mes deux soeurs qui n'y sont jamais allées et qui désireraient voir la Provence. Que suggérez-vous: un voyage en voiture ou en groupe? Est-ce qu'on peut trouver des voyages de groupe de quatre ou cinq jours? À partir du Québec ou seulement en France? Je lis avec enthousiasme, toutes les semaines, vos suggestions de voyage.»

Edmonde Brondex, Gatineau

Si vous pouvez rester enthousiaste en partageant avec un groupe organisé de la cousinerie franco-française pendant quatre jours, c'est bien sûr un indice à surveiller. Comme j'ai été guide, dans une autre vie, pour des groupes de toutes les nations en Europe, je peux affirmer sans grand risque que les groupes franco-français ont la particularité de vouloir connaître les pages principales de la plupart des guides édités en français et d'essayer par la même occasion de «planter» le guide sur une question du type: quelle fut, en Provence, l'importance du marquis de Sade au niveau des semailles?

La réponse est que le marquis de Sade s'est surtout illustré en voulant extirper la donzelle du côté des docks de Marseille ou en suivant les captives de l'amour dans les replis du Comtat venaissin.

Quant aux semailles, c'est le vent qui en était le maître. Vous pouvez trouver, au départ du Québec, des séjours qui seront plus longs que les séjours voulus avec des voyagistes comme Chanteclerc ou Exotic.

C'est un peu pour cela que je vous suggère de rouler carrosse une fois arrivées dans ces terres. Vous aurez le loisir de vous arrêter ou de passer votre chemin comme bon vous semble. Quant au marquis de Sade, laissez-le tomber pour Cézanne et Picasso, qui sont cette année au menu d'Aix-en-Provence et de ses déliés sur la Sainte-Victoire. Vous pourrez également pousser vers les Calanques ou espionner Nostradamus du côté de Saint-Rémy.

Voir Oupia et ne pas mourir

«Nous (quatre personnes) avons loué pour trois semaines, du 18 juillet au 10 août, une maison à Oupia, dans le sud de la France. Nous sommes à organiser notre séjour mais nous manquons d'informations. Nous louerons une voiture pour les trois semaines et aimerions visiter la région le plus possible. Que nous conseillez-vous?»

Marie-Pierre Lavoie, Montréal

C'est dans le département de l'Hérault que vous allez séjourner. Le village d'Oupia est surtout connu pour son château, où l'on produit des vins qui ont été pour certains primés. C'est bien sûr tout le Languedoc-Roussillon qui est à découvrir, avec ses vallons et ses vignobles, avec des points de repère comme Carcassonne, Montpellier et Mirepoix.

Les villages au pied des Pyrénées comme Prades ou Olette sont l'occasion de toiser les hauteurs, tandis que la mer est encore très attirante du côté de Collioure. N'oublions pas non plus que Barcelone est à moins de trois heures...

Voici un site qui peut vous aider pour des visites de villages dans la région: www.lourecan

tou.com/region.htm.

Convaincre des Italiens

«Je lis votre chronique avec intérêt chaque samedi. J'aimerais savoir si vous auriez un ou des guides de voyage à recommander à mes amis italiens pour leur expliquer un peu le Canada, le Québec. Malgré mes nombreux essais et explications au fil des ans, ils s'attendent toujours à voir des Indiens à plumes et des tipis, des orignaux à chaque coin de rue, et des castors. Ils me demandent quels sont nos mets nationaux et s'étonnent qu'il y ait ici pollution et pauvreté.

«J'ai vainement expliqué les vagues d'immigration et l'évolution des nations établies ici, la différence entre notre jeune pays et le leur, mais ça n'a pas fait effet. Je me dis que s'ils le lisaient dans un guide de voyage, en première partie comme cela se fait souvent pour les contextes historique, culturel et social des pays à visiter, ça aurait plus de poids!»

Mireille Francoeur

Je comprends votre désarroi quant à l'idée que se font les Européens du Québec, et plus généralement du Canada. Vous ne pourrez jamais effacer le port de la baleine aux alentours de Montréal ni celui de l'Indien spolié aux portes de nos banlieues. Le mieux est de surenchérir quant à la consommation de truites et la façon très fréquente d'apprêter le caribou en dehors du réfectoire quotidien.

Le poète disait qu'exagérer, c'est tout de même exciter un fond de vérité. Comme références, il y a les Guides Ulysse qui sont écrits pour les deux pans de l'Atlantique et qui répondent assez bien aux questions des dénicheurs de bélugas et des curieux de plumes insatisfaits. Sinon, versez-les dans les recueils un peu plus cérébraux qui traitent des émois de Marguerite Bourgeoys les soirs de grands vents ou des croquis de Samuel de Champlain quand il avait le vague à l'âme. Pour Internet: http://pages.infinit.net/histoire, http://grandquebec.com/histoire. Et si un castor et une baleine sont encore dans leurs songes d'une nuit d'été, c'est qu'ils sont de très mauvaise foi.

Barcelone et Séville

«La lecture de vos chroniques est un plaisir hebdomadaire et je ne suis certainement pas la seule à y découper adresses et itinéraires, au cas où... Mais je n'y ai pas trouvé le nom de ce petit village andalou où je rêve de m'échouer. Un court séjour en Espagne nous fera découvrir Barcelone (la première semaine), puis Séville que nous comptons rejoindre par train la deuxième semaine. Y a-t-il moyen de s'arrêter en route, pour quelques jours, dans un joli village, hors du circuit touristique (mais tout de même desservi par ce train!), question de faire une pause bucolique entre ces deux villes animées?»

Louise Malette, Montréal

Entre Barcelone et Séville, je vous suggère le petit village médiéval de Montblanc qui est sur la route des monastères cisterciens: des remparts, des ombres qui font la part belle aux légendes, des habitants qui connaissent tout du soleil et des croyances du monastère royal. Même si nous sommes éloignés de la Mancha et de l'Estramadure, il y a un peu de Don Quichotte et de Sancho Pança dans les physiques rencontrés.

Bonnes adresses

«Mon mari et moi avons effectué un voyage de trois semaines en Égypte en novembre dernier. Il n'était pas question de partir en voyage organisé mais comme nous avions entendu dire que les déplacements pouvaient être compliqués à l'intérieur du pays, nous avons fait appel à une agence québécoise spécialisée dans le sur-mesure.

«En gros, nous lui avons demandé d'organiser un séjour dans le désert occidental, une croisière sur le Nil, le voyage entre Assouan et Abu Simbel, le train entre Assouan et Le Caire, ainsi qu'une excursion dans le désert du Sinaï. Nous nous chargions des hôtels (sauf dans le Sinaï) et nous avions prévu quelques journées sans guide, particulièrement au Caire et sur la mer Rouge.

«Au bout du compte, cette formule de voyage semi-organisé nous a coûté autant qu'un voyage de groupe traditionnel, soit environ 5000 $ par personne incluant l'avion, et ne nous a pas laissé la liberté espérée.

«En effet, nous n'avions pas réalisé qu'un représentant de l'agence nous accueillerait à chaque étape pour nous conduire à l'hôtel, s'enquérir de nos besoins, nous proposer des excursions, etc. Le coût de ces services dont nous n'avions pas réellement besoin s'est avéré très élevé: par exemple, 50 $ pour l'accueil à l'aéroport du Caire et le transport au centre-ville, alors que ce trajet coûte environ 15 $ en taxi ou 18 $ en limousine.

«De plus, il fallait prévoir un pourboire pour cet employé, un autre pour celui qui prenait le relais à la sortie de l'aérogare et un troisième pour le chauffeur... Même chose à chaque étape. Nous avions l'impression d'être une PME ambulante!

«Mais comment faire autrement? On peut s'adresser directement à une agence égyptienne, mais les services et les coûts semblent à peu près les mêmes qu'avec une agence québécoise, sauf peut-être pour une agence égyptienne spécialisée dans les voyages à la carte sans flaflas (voir www.merveilleuseegypte.com ou contacter l'équipe de Voyage particulier à particulier Égypte, sur le site www.server2002.net/simonf).

«On peut aussi demander à son agent de voyage de faire les réservations de train et/ou d'avion et planifier tout le reste soi-même, en partie à l'avance et en partie sur place. Si c'était à refaire, c'est l'option que nous choisirions. Et pour aider les lecteurs, nous leur recommandons deux hôtels et deux guides. Au Caire, le Longchamps est parfait (www.hotellongchamps.com; demandez une chambre donnant sur l'arrière); à Louxor, le Hilton Luxor Resort and Spa est flambant neuf et tout simplement magnifique!

«Quant aux guides, qui parlent un français impeccable et qui peuvent aider à effectuer les déplacements et visites à des coûts raisonnables: Afaf Hanafi (afaf.el.ara

bie@hotmail.com), qui nous a accompagnés dans le désert du Sinaï, et Armia Hassaballa (jere

mie_francais@yahoo.com).»

Anne Michaud, Montréal

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Envoyez vos suggestions et bonnes adresses à lkiefer@ledevoir.com.

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