Et puis euh - Tout est vrai

Selon des sources, l'humain serait tout à fait disposé à croire n'importe quoi. Faites le test, vous verrez bien: plus c'est n'importe quoi, plus il y a de chances que ce soit pris pour du comptant. Selon d'autres sources — quand on est un professionnel compétent, on possède une quantité folle de sources, qui ont en commun de requérir l'anonymat, car s'il s'agit de sources très bien informées en béton armé, elles ne sont pas pour autant plus braves qu'il ne le faut —, c'est parce que l'humain s'ennuie. Il trouve le temps long, aussi s'ouvre-t-il à toutes les invraisemblances, des fois que cela mettrait un peu de piquant dans son infinie platitude.

Remarquez, s'il s'ennuie, c'est souvent un peu de sa propre faute. Prenez John Calipari, par exemple. Calipari était, jusqu'à mardi alors qu'il est passé à Kentucky (l'université, pas la villa du poulet), entraîneur-chef de l'équipe de basketball de l'Université de Memphis. Jeudi dernier, Memphis a été éliminé du tournoi de la NCAA, et lundi, Calipari rencontrait les dirigeants sportifs de son établissement.

Or, en attendant qu'il sorte de la réunion, un reporter de la station locale du réseau Fox a eu une idée de génie: filmer la porte de l'immeuble où avait lieu le meeting et retransmettre le tout en direct sur le Web. Pendant des heures, donc, juste ça: une porte, fermée. Or la chose a connu un succès boeuf: des centaines et des centaines d'individus regardant la porte, avec un sommet à 3000 personnes simultanément. Une page Facebook de fans de la porte a été ouverte, enregistrant plus de 800 amis. Ils espéraient collectivement que Calipari apparaîtrait le plus tard possible, ou même quitterait l'immeuble par une autre issue, afin de s'offrir plus longtemps l'image de la porte.

C'est ça qui est ça. Formidable, non?

Oui, donc, l'humain se distingue par sa crédulité, aussi est-il franchement dommage que l'on en soit déjà au 2 avril, ce qui signifie qu'il est trop tard pour un petit poisson du même mois. J'en avais pourtant préparé une solide quantité, de «Canadien adopte en permanence son chandail de barbier» à «Plus aucun joueur de Canadien n'est sur la rumba» en passant par «La parade de la Stanley aura lieu à Brossard». Ce sera pour une autre fois.

Cela dit, il en est d'excellents, poissons, notamment mais non exclusivement dans le merveilleux monde du sportª, qui se prête bien à l'exercice en raison de tout ce qui s'y passe d'incroyable. Quand, en 1985, l'écrivain George Plimpton avait écrit dans Sports Illustrated que les Mets de New York venaient de mettre la main sur un prospect nommé Siddhartha Finch, qui avait appris son art dans une lamaserie tibétaine et pouvait lancer la balle avec précision à 168 milles à l'heure, la rédaction du magazine avait été ensevelie sous des milliers d'appels de partisans désireux d'en savoir plus à propos du prodige.

Les accroires peuvent aller très loin et même devenir des prétendues réalités. En 1981, le quotidien Daily Mail rapporte l'histoire d'un coureur japonais inscrit au tout premier marathon de Londres, qui a eu lieu le 29 mars. Le Britannique qui a invité Kimo Nakajimi à participer au marathon maîtrise cependant mal la langue japonaise, et il reconnaît qu'il a peut-être indiqué à l'athlète que la course durait non pas 26 milles, mais 26 jours (ce qui n'a pas surpris le coureur, dit le Britannique expatrié, parce que les courses à pied ont coutume d'être très longues au Japon). Il court donc toujours sur les routes d'Angleterre, et plusieurs personnes téléphonent au journal pour dire qu'elles l'ont vu passer devant leur maison.

Par ailleurs, on ne sait pas encore combien ont mordu, mais Google Australie en a pondu une bonne hier. Le bureau de Sydney du moteur de recherche, en collaboration avec la ligue de football australien, vient de mettre au point un ballon révolutionnaire, le gBall.

Le gBall contient un système de détection GPS et de senseurs de mouvement qui permet de retracer la trajectoire, la force et la distance de chaque coup de pied. Les données (qu'on peut récolter une fois qu'on a récupéré le ballon, celui-ci étant bien entendu doté d'une prise USB) sont interprétées par un «algorithme d'approximation parabolique curvilinéaire» baptisé DENNIS, pour «Dimensional, Elastic, Non-Linear, Network-Neutral, Inertial Sequencing». En fonction de la performance du botteur, le ballon est aussi en mesure de lui donner des conseils en matière de style et de technique.

Mieux encore, les dépisteurs de grandes équipes et les agents de joueurs peuvent consulter les données à distance. Le ballon se met à vibrer lorsque l'un d'eux veut communiquer avec l'utilisateur. Ce dernier peut répondre en se branchant à leur compte gBall.

Mais l'une des meilleures de tous les temps, non liée au sport mais on s'en fout un tantinet, reste l'annonce publiée dans le USA Today par Burger King en 1998. On y dévoilait rien de moins que l'avènement du Whopper pour gauchers.

On y retrouvait exactement les mêmes ingrédients que dans le bon vieux Whopper pour droitiers, mais le truc était qu'on faisait subir aux condiments une rotation de 180 degrés afin que celui qui tient le hamburger de la main gauche les ait au même endroit que celui qui utilise la patte droite. Des milliers de clients se sont rendus dans les succursales pour réclamer un burger pour gauchers, ou au contraire un traditionnel, à tel point que Burger King a dû publier un communiqué le lendemain pour dire qu'il s'agissait d'une blague.

Au risque de se répéter, tant de chemin parcouru depuis l'amibe pour en arriver là.

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