Déboulonner les statues

Nous vivons en ce moment une période absolument fascinante. Pas facile, mais fascinante. Est-ce dû à l'effondrement financier que vit la planète, avec la récession qu'elle entraîne, ou au positionnement des astres autour de nous qui brasse la cage? C'est encore difficile de comprendre ce qui arrive, mais de véritables monuments de rectitude qui paraissaient intouchables sont en train de tomber de leur piédestal. Comme si un grand ménage était commencé. Il va s'écrire des centaines de livres sur l'époque que nous vivons en ce moment même, des livres dans lesquels il y aura une multitude d'explications sur ce qui a déclenché la remise en question des valeurs profondes de l'humanité, et en particulier de ce que nous avions convenu d'appeler «la réussite». Le American Dream est en train de subir une mise à jour impressionnante et le «rêve québécois» reprend du poil de la bête. Nous avons déjà commencé à déboulonner quelques statues.

C'est Barack Obama qui le premier a parlé de déboulonner les statues. Ce n'est pas l'expression qu'il a utilisée mais ça voulait dire la même chose. Il disait qu'il fallait remettre un peu d'ordre dans la maison, qu'on remette le rêve américain dans des limites raisonnables. Il a été élu pour ça parce que les années Bush avaient atteint un tel degré de corruption que l'avenir était complètement bouché et qu'Obama, avec trois petits mots, a réussi à remettre la population debout. «Yes we can» leur a donné l'impulsion dont ils avaient besoin.

Puis l'écho a pris de l'ampleur. «Yes we can» a fait du chemin. La crise économique étant mondiale, l'écho a été entendu partout. Dans les pays dits industrialisés, les statues ont commencé à tomber.

Partout, elles tombent les unes après les autres, les fameuses statues. Elles apparaissaient intouchables et soudainement, elles se retrouvent en miettes. De l'automne 2008 au printemps 2009, des nations entières auront entrepris le ménage qui s'imposait depuis si longtemps. Les statues, quand elles se mettent à tomber, produisent un phénomène d'entraînement qui n'a pas fini de fasciner ceux et celles qui les regardent s'écrouler. Les spectateurs ne peuvent s'empêcher de penser, en les regardant, que la récréation est enfin terminée et que d'autres masques vont tomber avant que justice soit faite.

Le drame de la Caisse de dépôt aura été un déclencheur important de la prise de conscience que vit le Québec en ce moment. Il ne fait aucun doute que la perte de 40 milliards de dollars par la Caisse de cet argent si durement gagné par la population n'est pas étrangère au besoin de justice que nous ressentons.

La mauvaise administration de la Caisse reste en travers de la gorge. La prétention affichée de ses dirigeants, le manque de jugement de son ex-p.-d.g., l'insouciance de certains membres de son conseil, l'arrogance de la ministre responsable, le mépris affiché par celui qui a les deux mains sur le volant au cours de cette crise et son entêtement à nommer un p.-d.g. choisi par lui et dont la majorité ne veut pas, sont autant de raisons valables de déboulonner des statues. Le bris de confiance qui a eu lieu est peut-être irréparable. Ce qui est grave dans le cas de la Caisse de dépôt.

Il faut comprendre cependant que ce n'est pas seulement là qu'un grand ménage s'impose. Nous en aurons pour des années si nous décidons vraiment de nettoyer le fond du baril.

À défaut d'avoir des atomes crochus avec la politique, peut-être serait-il temps que les personnes syndiquées s'intéressent à leurs syndicats, histoire de s'assurer que le désir de pouvoir de leurs dirigeants n'a corrompu personne.

Ou pour les croyants, peut-être faudrait-il faire un grand ménage dans la pharmacie du pape pour qu'il cesse de raconter n'importe quoi à des Africains ou des Sud-Américains du haut de son ignorance. Un cours de rattrapage 101 sur la contraception serait très indiqué. Si nous ne faisons rien, nous serons neuf milliards sur terre en 2050. Ça fait du monde à nourrir.

Pour ceux que rien de tout ça n'intéresse, vous êtes en train de manquer le train. Dans dix ans, vous vous demanderez ce qui s'est passé dans votre village parce que vous ne reconnaîtrez plus rien ni personne. Vous aurez l'impression d'être né avant le déluge et d'être déphasé par rapport à ce qui vous entoure. Le monde entier est en voie de transformation. Si la ministre des Finances pouvait l'avoir compris. Sinon, c'est la prochaine statue qu'il faudra déboulonner.

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