Le clan Gaja

La fille d’Angelo Gaja, Gaia, tient de son père la détermination et la clarté du discours.
Photo: La fille d’Angelo Gaja, Gaia, tient de son père la détermination et la clarté du discours.

J'avais rencontré le père il y a plus de 10 ans — moment rare d'intensité —, je rencontrais sa fille en début de semaine. Il était temps. Gaia Gaja a de qui tenir. Elle a déjà dans le regard la détermination d'Angelo, son père, mais aussi cette clarté du discours que distille le travail bien fait. Pas de flonflons, d'enjolivures ni de pirouettes techniques chez les Gaja. Que du concret basé sur l'observation depuis que l'ancêtre fondait la maison à Barbaresco en 1859. C'est au tour d'Angelo de rejoindre le clan dès 1961 en préparant déjà une petite révolution personnelle — dont la notion de cru, ou sori, fin des années 1960 — qui va inscrire définitivement, parmi les connaisseurs et sur tous les marchés, le nom de Gaja au panthéon des meilleurs vins de la planète.

Après avoir consolidé du côté de Barbaresco et de Barolo avec ces Sori Tilden, Costa Russi, Sori San Lorenzo et Darmagi (planté en cabernet sauvignon depuis 1978), la famille poursuit ses acquisitions plus au sud avec l'achat, en 1994, de Pieve Santa Restituta en appellation Brunello di Montalcino (Sugarille et Rennina) puis, deux ans plus tard, du vignoble de Ca'Marcanda du côté de Bolgheri, plus à l'est. C'est l'oenologue Guido Rivella qui assure l'aspect oenologie des domaines, bien évidemment sous l'oeil très, très perçant d'Angelo Gaja qui, au dire de sa fille, a un peu de difficulté avec le mot «déléguer» inscrit au dictionnaire. Cette détermination dans le regard de Gaia y trouve sans doute son origine!

Les vins? De haut niveau. Si vous consentez à en payer le prix, vous obtenez de ces valeurs sûres qui, non seulement ne se démodent pas, mais témoignent avec fidélité des terroirs locaux mais aussi, et surtout, de la personnalité forte de son auteur. On ne fait pas ici dans le spectacle, plutôt dans cette rigueur, cette classe que reconnaissent sans peine les aficionados de crus solidement établis. La «marque» Gaja en fait partie. Voici quelques vins disponibles, à s'offrir entre amis, ne serait-ce que pour partager les frais.

- Promis 2006, Ca'Marcanda (45,50 $ - 746941): une majorité de merlot complété par la syrah et une touche de sangiovese au profil ouvert et suggestif, pourvu de tanins fins, frais, sapides, d'un bel éclat. Long et classieux. ***1/2, 2 ©

- Magari 2006, Ca' Marcanda (68,75 $ - 10217721): le trio bordelais avec dominante de merlot, plus coloré, plus dense que le précédent, avec boisé à peine plus perceptible. Les sols calcaires assurent une netteté, une finesse de fruit, gainé d'une trame tannique ferme, fraîche, jamais conquérante. Tenue et classe. ****, 2 ©

- Sugarille 2001, Brunello di Montalcino (136,25 $ - 10681858: pur sangiovese sur argilo-calcaire qui arrive doucement à maturité. Profil ample, détaillé, cerné par la fraîcheur qui en accentue les facettes. Bouche tannique, construite, évoluant sur la prune, le tabac frais, la réglisse. Long et racé. ****, 2 ©

- Rennina 2001, Brunello di Montalcino (n.d.: assemblage de trois vignobles, d'un grand millésime, pour un vin superbe à tout point de vue. La robe pleine annonce déjà la couleur de ce qui suit, à savoir flaveurs soutenues, complexes, au fruité immense, séduisant. L'ensemble paraît peu acide avec ses tanins gommés, fondants et bien liés. Et quelle longueur avec ça! Grande bouteille de plaisir. ****1/2, 2 ©

- Sito Moresco 2006, Langhe DOC (60 $ - 10230926): nebbiolo, merlot et cabernet sauvignon pour parts égales, assemblés sous le couvert d'un boisé neuf intégré avec de beaux tanins mûrs et nourris, frais, fumés, soutenus. ***1/2, 1 ©

- Barbaresco 2004 (266,50 $ - 724385): profil à la fois bourguignon et bordelais en raison de cette aisance naturelle à rendre la forte structure avec une fraîcheur déconcertante, sans lourdeur ni rugosité. Véritable étalon de mesure, discret et consistant, dense, profond, remarquablement homogène. On termine le verre, et la bouteille. ****, 3 ©

Festival des vins de Californie

Vous souhaitez contribuer à amasser des fonds pour le compte de la Fondation des maladies du coeur du Québec tout en vous préservant vous-même d'éventuelles complications cardio-vasculaires en buvant un bon verre de vin rouge? Deux options hautement complémentaires vous sont proposées dans le cadre du Festival des vins de Californie. La première, une soirée de dégustation, le 2 avril prochain à 19h, à l'hôtel Le Reine Élizabeth (Grand Salon), où plus de 275 vins seront proposés par des vignerons de passage ainsi qu'une soirée gastronomique, le 7 mai à 18h — Parquet du Centre CDP Capital (1000, place Jean-Paul Riopelle), soirée préparée par le dynamique chef invité Normand Laprise du Toqué! Le tout sera suivi par un encan de vins prestigieux. Plusieurs bouteilles de grand format, un cellier bien garni ainsi qu'un voyage viticole VIP dans la vallée de Napa seront aux enchères, et de nombreux prix de présence seront tirés. Elle n'est pas belle, la vie?

Prix demandé: 100 $ pour la dégustation du 2 avril et 500 $ par billet (ou 5000 $ par table de 10 personnes) pour la soirée gastronomique du 7 mai. Réservations: % 514 871-8038, poste 254.

La semaine prochaine, retour d'Afrique du Sud. On en cause ici et, bien sûr, chez Christiane Charette, à l'antenne de Radio-Canada.

Potentiel de vieillissement du vin: 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: le vin gagne avec le séjour en carafe.

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Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 «Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $».

www.vintempo.com

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Les vins de la semaine

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La belle affaire

Les Tuileries 2007, Bordeaux blanc, De Luze (12,25 $ - 199661)

À ce prix, je me demande pourquoi la restauration ne propose pas cet éclatant blanc sec au coût de 4 $ le verre, histoire de réjouir une clientèle qui mord dans la vie comme dans le fruité de cette cuvée nette, aromatique, légère et particulièrement convaincante! 1.

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L'Italien

Dolcetto d'Alba 2007, Enzo Boglietti, La Morra (22,50 $ - 10856726)

Mijotez longuement le ragu pour vous mettre en condition, passez en carafe une heure ce paysan qui parle à voix basse, chaudement, qui respire la campagne environnante avec ses notes de cerises noires, de truffe, de bois. Substance, corps, sobriété. 1.

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La primeur en blanc

Pouilly-Fuissé «Terre de Fuissé» 2006, Bret Brothers (42,75 $ - 1078882)

Ces «enfants terribles» de l'appellation rencontrés à plusieurs reprises en Bourgogne sont aussi passionnants que leurs cuvées sont passionnées. Des merveilles d'énergie brute et cristalline, intensifiant le terroir par l'entremise d'un fruité pur, très réaliste. 2.

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La primeur en rouge

Simboli 2007, Cabernet,

La Vis, Trentino (18,25 $ - 10253634)

J'adore cette fraîcheur naturelle des pinots, des teroldegos, des lagreins et des cabernets du nord de l'Italie, car ils ne sont jamais lourds, toujours digestes. Ce cabernet issu de l'importante coopérative laVis donne le ton, avec netteté, légèreté et fluidité. 1.

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Le vin plaisir

Château Laffitte-Teston «Rêve d'automne» 2006, Pacherenc du Vic-Bilh (20 $ les 500 ml - 10779855)

Cette petite merveille a été savourée sur un nougat glacé habilement truffé de... cèpes! Mariage conclu, par la texture, l'idée de mousseron derrière, surtout, la acidité qui n'avait pas de mal à faire lever la douceur de l'ensemble. 2.

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