Et puis euh - On n'a pas tout vu

Voici donc comment cela fonctionne. Vous êtes assis là à ne rien faire de particulier, sauf à réfléchir parce que ça tourne à temps plein dans cette belle tête. Vous songez que vous avez l'assurance tranquille d'avoir tout vu, tout, y compris dans le monde du sport qui, aussi merveilleuxª fût-il, ne colporte plus le moindre secret pour vous. Oui, vous avez tout vu.

Vous avez vu que le meilleur billet de saison au nouveau Yankee Stadium, de l'autre côté de la rue par rapport à l'ancien dans le Bronx, se détaille 26 325 $US. Vous avez aussi vu que si vous vous procurez cet abonnement sur le Web ou par téléphone, les Yankees, on y ajoutera des frais d'achat en ligne, des frais de port et des frais de manutention, parce que les Yankees auront vu que vous en avez les moyens.

Vous avez vu un Ghanéen en kilt qui a vu son premier flocon de neige à l'âge de 26 ans, en 2002, se qualifier en ski alpin pour les prochains Jeux olympiques d'hiver, à Vancouver (http://tinyurl.com/dhzpyw).

Vous avez vu des fans de cricket considérer un joueur comme un dieu, à tel point qu'ils lui érigeront un temple (http://tinyurl.com/7sjd67).

Vous avez vu que, parfois, changer d'entraîneur-chef ne change pas grand-chose, et vous avez vu qu'il est possible d'en parler 24 heures sur 24.

Vous avez vu que le soccer organisé peut être un exercice périlleux et tragique (http://tinyurl.com/c47qaf).

Oui, vous avez tout vu en fait de monde du sport.

Aussi, quand, au cours du week-end, vous avez entendu parler du Championnat du monde de wok, vous avez été au départ fondamentalement persuadé dans votre métaphore intérieure qu'il s'agissait d'une excellente idée. Un concours entre cuistots aguerris pour déterminer qui fait le meilleur petit poulet assaisonné sauté aux légumes frais du jardin, n'est-ce pas là une perspective tout à fait appétissante?

Et c'est à ce moment précis que vous avez perdu vos dernières illusions, qui étaient déjà minuscules étant donné votre scepticisme radical.

Parce que ce n'est pas ça. Pas pantoute même.

Non, messieurs dames, le Championnat du monde de wok est une épreuve sportive. Il s'agit tout simplement de descendre une piste de bobsleigh dans une casserole, dans un wok quoi, le nom le dit. Et puisque pour faire changement vous ne me croyez pas, voici une preuve parmi d'autres: http://tinyurl.com/b9q28a.

Il est à noter qu'on a affaire à de vrais woks, authentiquement importés de Chine. Les seules modifications permises sont un renforcement du fond avec de l'époxyde et l'aménagement de coussins en mousse de polyuréthane sur les côtés pour prévenir les blessures. Par ailleurs, même si personnellement j'éprouve une certaine difficulté à figurer pourquoi, sinon la parenté culinaire, les concurrents portent des louches sous les pieds. Louches, comme dans grosses cuillères à soupe-repas. Il paraît que cela aide à diriger le véhicule.

Deux épreuves sont présentées: wok individuel et wok à quatre. Évidemment, comme il est relativement ardu de trouver, même en Chine, un wok susceptible d'accueillir quatre adultes de taille moyenne, on procède plutôt avec quatre woks distincts reliés par un bidule.

Fallait y penser, non?

Samedi, à Winterberg en Allemagne, se déroulait la septième édition du Championnat du monde de wok. Parmi les participants, le cycliste Erik Zabel et Cora Schumacher, tendre épouse du pilote de Formule 1 Ralf du même nom.

Et pour la cinquième fois en six ans, c'est l'Allemand Georg Hackl qui a remporté le concours individuel. Il faut dire qu'il dispose d'un certain avantage en sa qualité de multiple champion mondial et olympique de luge.

Pour les amateurs de statistiques, soulignons que les records de vitesse établis en sont de 89,98 kilomètres/heure en wok monoplace et de 114,3 km/h en quatuor.

Reconnaissez qu'en vous tirant du plumard ce matin, vous ne pensiez pas croiser l'expression «wok monoplace» aujourd'hui, ni même du reste de votre vie. Mais c'est ainsi, ça existe, parce que l'humain s'ennuie en attendant la mort.

La prochaine fois, nous verrons, comme nous l'avons évoqué plus haut, que Canadien nouveau ressemble beaucoup à Canadien ancien, ce qui prouve que si, comme le veut l'adage, il est plus facile de congédier un coach que de licencier 20 joueurs — d'ailleurs, allez donc essayer de trouver 20 joueurs en plein mois de mars, quand ils sont tous occupés avec un autre club —, quand le nouveau coach est trouvé, ce sont toujours bien les mêmes 20 joueurs qu'avant, donc que ça ne va guère mieux chez Canadien, et qu'au lieu de se demander comment il sortira lors du prochain match, il y aurait peut-être loisir de se demander à quelle heure il rentrera.

jdion@ledevoir.com

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