Perspectives - La 3e vague

Ils n'ont rien à voir avec la crise économique mondiale en cours, mais ils en seront quand même les principales victimes. Même si, dans certains cas, il est question pour eux de vie ou de mort, ils n'auront vraisemblablement droit qu'à une infime proportion de l'aide offerte aux banques et risquent même de voir réduire l'aide qui leur avait été promise.

Les pays les plus pauvres croyaient bien, cette fois, qu'ils arriveraient à échapper au malheur. Après tout, l'un des rares avantages d'avoir un secteur financier sous-développé est qu'il n'a pas recours à d'obscurs véhicules de placement, comme les PCAA, et qu'il entretient très peu de liens avec de grandes institutions bancaires, comme la défunte Lehman Brothers.

C'était trop beau pour être vrai. Née dans les pays riches, la crise s'est d'abord étendue aux économies émergentes, et déferle maintenant, dans une «troisième vague», sur les pays les plus pauvres de la planète. Ces derniers sont notamment victimes de l'augmentation de la dette des pays riches qui accaparent l'épargne mondiale, du recul du commerce, de la chute du prix des ressources naturelles, de la fuite des investisseurs privés et de la baisse marquée des transferts d'argent en provenance des ressortissants à l'étranger.

Les secteurs économiques les plus touchés sont ceux qui étaient les plus dynamiques et qui avaient le plus amélioré les conditions de vie des gens ces dernières années, a rapporté la semaine dernière une étude de la Banque mondiale. L'Inde a perdu ainsi un demi-million d'emplois seulement au dernier trimestre. On prévoit que les 391 millions d'Africains qui doivent vivre avec moins de 1,25 $ par jour verront leur pouvoir d'achat reculer de 20 % cette année.

«Il ne s'agit pas seulement de croissance économique et de revenu des ménages, il s'agit aussi de menace de troubles civils, voire de conflits, a plaidé la semaine dernière le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, lors d'une conférence en Tanzanie. Ce qui est en jeu, ici, ce sont les populations et leur avenir.» On ne saurait si bien dire lorsque la Banque mondiale prévient qu'à moins d'un renversement de situation, entre 200 000 et 400 000 enfants de plus mourront chaque année, jusqu'en 2015, dans les pays en voie de développement à cause de la crise. Dans d'autres cas, il s'agit simplement de projets de routes ou d'hôpitaux qui sont remis aux calendes grecques et de millions d'enfants qui sont forcés d'abandonner l'école pour aider leurs familles à subvenir à leurs besoins et qui n'y retourneront jamais.

«C'est évidemment une tragédie de voir dans les pays riches des gens perdre leurs emplois et leurs maisons, déclarait la semaine dernière un responsable des Nations unies cité par le Financial Times. Mais dans les pays pauvres, il s'agit d'enfants qui perdront la vie.»

Alors que les pays riches multiplient les programmes de relance économique, on estime que moins du quart des 130 pays pauvres les plus menacés par la crise disposent des moyens financiers de mettre en place une forme ou une autre de mesures d'atténuation, comme des programmes de création d'emploi ou de protection sociale.

Des voix ont commencé à s'élever pour réclamer l'aide des pays riches. La Banque mondiale évalue ces besoins cette année entre 270 et 700 milliards. En fait, on se bat surtout, pour le moment, pour que ne soit pas supprimée l'aide qui avait déjà été promise.

On se plaignait déjà, avant la crise, du retard pris par plusieurs pays dans le versement de l'aide au développement pour laquelle ils s'étaient engagés au G8 ou à l'ONU. Des pays, comme l'Irlande et l'Italie, ont aussi fait savoir qu'à cause des temps difficiles on donnerait moins aux pauvres cette année. Un autre problème est que l'aide promise est parfois calculée en proportion de la taille de l'économie des pays donateurs et que la récession est en train de faire fondre cette base de calcul. Au total, on estime que les pays pauvres pourraient devoir se passer d'un cinquième, ou 20 milliards, de l'aide qui leur avait été promise à l'époque où tout allait bien.

Et puis, disons-le franchement, on n'a pas vraiment la tête à s'occuper de leur sort. La réunion du G20 à Londres, le mois prochain, serait une occasion rêvée de discuter de ce problème, mais l'on risque surtout de parler du moyen de redonner de l'assurance aux institutions financières, d'éviter qu'elles refassent des bêtises à l'avenir et d'insuffler un peu de pep aux grandes économies. Il est tout de même question d'augmenter les budgets à la disposition du FMI pour venir en aide aux économies en difficulté.

L'inquiétude est toutefois grande dans les pays pauvres. Après tout, notait le mois dernier un politicien éthiopien, les derniers mois ont vu certaines banques recevoir plus d'aide gouvernementale que l'ensemble du continent africain.

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Nouvelle économique, nouvelle économique

Les plus récentes statistiques sur le chômage au Canada viennent confirmer une nouvelle fois ce que tout le monde savait déjà depuis longtemps sur la performance lamentable de l'économie québécoise en comparaison de celles des 59 autres provinces et États d'Amérique du Nord. On a appris vendredi que le Québec affiche un désolant taux de chômage de 8,7 %, soit encore une fois loin derrière l'Ontario (8,1 %), et plus loin encore des États-Unis (7,9 %). Cette autre preuve du pitoyable échec du modèl... Comment?... Vraiment?!... Ah bon!... Il semble qu'une petite erreur se soit glissée dans nos statistiques. En fait, c'est l'Ontario qui a un taux de chômage de 8,7 %, les États-Unis qui affichent un taux de 8,1 % et le Québec qui a 7,9 %. Nos excuses.

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