Le pilote automatique

Au printemps 2003, Jean Charest avait inauguré son premier mandat en lion et cela avait bien failli être son dernier. En 2007, il a jugé préférable de ne pas trop en faire et il a retrouvé une majorité à l'Assemblée nationale. Il ne fallait donc pas s'attendre à ce qu'il entreprenne son troisième mandat sous le signe de l'hyperactivité.

De là à se mettre d'entrée de jeu sur le pilote automatique, il y a cependant une marge. Surtout de la part d'un homme qui réclamait l'exclusivité du volant. Des discours inauguraux qu'il a prononcés jusqu'à présent, celui d'hier était certainement le moins concret. L'entendre évoquer le 50e anniversaire de l'élection de «l'équipe du tonnerre» dirigée par Jean Lesage avait l'air d'une mauvaise blague.

Entre le recyclage de mesures annoncées pour la énième fois et l'évocation d'une lointaine prospérité d'après-crise, le jour où le quasi mythique «plan Nord» portera ses fruits, il est bien difficile d'y trouver ce qui pourrait nourrir l'espoir de ceux qui sont touchés de plein fouet par la tempête que les libéraux promettaient de nous faire traverser sans trop de mal.

Comme c'est le cas depuis le tout premier jour de la campagne électorale de l'automne dernier, le discours inaugural donnait la désagréable impression qu'on se payait notre tête. Parmi ceux qui ont perdu leur emploi depuis deux mois, combien en retrouveront un grâce à l'éventuelle entente sur la reconnaissance des compétences professionnelles avec la France?

Il est vrai qu'à force de manquer à ses engagements, M. Charest a peut-être décidé qu'il valait mieux ne plus en prendre. La relecture des discours antérieurs a en effet de quoi faire rougir même les plus cyniques.

***

Comme son ministre de la Santé, M. Charest s'est bien gardé de fixer des objectifs précis en matière de santé. Promettre de «nouveaux groupes de médecine familiale» n'est pas très contraignant. En cinq ans, on devrait bien pouvoir en créer quelques-uns.

De la même façon, on ne le reprendra plus à promettre une baisse du taux de décrochage. De toute manière, le premier ministre estime qu'il appartient maintenant aux parents d'agir. Et qu'avec l'addition d'une heure de classe par semaine et le programme d'aide aux devoirs, son gouvernement a fait sa large part.

Il semble en être venu à croire que le meilleur moyen de régler les problèmes est encore de les ignorer. Il n'a pas dit un mot sur le CHUM, l'engorgement des urgences ou les listes d'attente. Un peu de lyrisme fait bon effet dans un discours, mais «respirer tous les parfums, du lys à la rose», va-t-il améliorer la situation du français à Montréal?

Tout le monde reconnaît que l'économie sera le principal théâtre d'opérations de tous les gouvernements au cours des prochaines années, mais il n'est pas interdit de mâcher de la gomme en marchant. Tant mieux si une «nouvelle alliance économique» avec l'Ontario peut élargir un «espace de prospérité» qui profitera à tous, mais il ne faudrait pas oublier le contentieux Québec-Ottawa pour autant, même le départ de Benoît Pelletier semble avoir permis au gouvernement de tourner la page sur ces sujets agaçants.

Hier, M. Charest n'a parlé ni de la péréquation ni de la hausse de la participation fédérale au financement de l'enseignement postsecondaire. Pourtant, il n'a pas caché que des «décisions difficiles» seront annoncées dans le budget que Monique Jérôme-Forget présentera la semaine prochaine. Autrement dit, bon nombre de ministères devront comprimer leurs dépenses.

***

L'automne dernier, l'élection d'un «gouvernement de stabilité» devait permettre au Québec de traverser la crise sans trop de dommages. Maintenant qu'il n'est plus possible de nier la dure réalité, M. Charest ressort le bon vieux proverbe: «Quand je me regarde, je me désole; quand je me compare, je me console.» Non seulement le Canada s'en tire mieux que d'autres pays, mais «dans l'exception canadienne, le Québec figure bien».

À l'entendre, cette crise est presque une bénédiction, dans la mesure où elle «nous ramène aux vraies valeurs qui nous distinguent comme Québécois». C'est sans doute une bonne chose de redécouvrir ses valeurs, mais peut-être serait-il possible de le faire autrement.

À peine trois mois après les élections, le plus récent sondage de Léger Marketing estime le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement à seulement 37 %. Après les élections de 2003, il lui avait fallu neuf mois pour tomber aussi bas.

Il est probable que la controverse provoquée par les résultats désastreux de la Caisse de dépôt explique en bonne partie cette désaffection et il reste encore quatre ans avant les prochaines élections. Le discours inaugural d'hier ne risque cependant pas d'améliorer les choses.

mdavid@ledevoir.com

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

50 commentaires
  • Yvon Roy - Inscrite 11 mars 2009 00 h 21

    Minoune

    Les deux mains sur le volant. Soit! Mais la minoune est-elle encore bonne pour longtemps?

  • André Loiseau - Inscrit 11 mars 2009 02 h 04

    La dépression de M. Charest

    M. Charest a-t-il perdu ses nouveaux conseillés? Son cas était-il désespéré? Il me semble absolument mal à l'aise, ces jours-ci. Ses inventeurs de mensonges ont-ils disparus?

    La dépression économique lui est entrée dedans. Je le regarde à la télé et il semble avoir les deux pieds dans la même bottine. Il bafouille et grenouille, comme dirait De Gaulle. Et il rougit comme un adolescent qu'on aurait surpris à se faire la main. Non mais, un peu de retenue! Il ne faut pas seulement soigner le cheveu qui dépasse, il faut paraître honnête. C'est la vérité de tout excellent carriériste.
    Mais, courage, le printemps s'en vient M. Charest. Le bronzage viendra tout camoufler.
    En passant, vous avez sûrement félicité l'ex-président qui a quitté le pont de la Caisse avant l'inondation des liquidités perdues. Il a fait son gros possible car il semblait croire, lui, en ses affirmations...

    Il y a quelque chose est pourri dans notre belle "province".
    Ça sent mauvais mais le confort persiste et s'incruste. C'était l'hibernation permanente chez les voteurs, comme chez les ours. Les hypocrites sont faciles à reconnaître, ils disent toujours la vérité...

  • Serge Manzhos - Inscrit 11 mars 2009 02 h 08

    les dirigeants et le dirigés

    Quand PLQ et Jean Charest ont gagné les élections de 2003, et c'est avec une majorité, n'ont-ils pas essayé de reformer ? De la loi sur la sous-traitance à la reforme de l'éducation, pourtant par de très petits pas, (tels le début de la libéralisation des frais ou la conversion d'une partie des bourses en prêts), la population quel accueil a-t-elle leurs réservé? Je me souviens des reportages faisant état de locaux cassées...
    Jean Charest a bien écouté, a bien appris et compris. Ne l'accusez de rien, M. David, regardez mieux du coté de ceux qui l'ont élu et l'ont opposé, pendant 6 and déjà.

  • Gertrude Deslauriers - Inscrit 11 mars 2009 06 h 25

    que ferait donc votre Pauline?

    On le sait que vous aimez Pauline, que vous jurez que par Pauline, cette reine des échecs répétés à titre de ministre du piquiou. Tous vos articles sentent la partisanerie, cela est même nauséabond. Rien qui émanne de J. Charest n'a de la valeur à vos yeux, ni quoi que ce soit venant d'Ottawa. Ce que j'appelle moi le dogme péquisse, hors de l'Église, point de salut. La secte vous dicte une ligne de pensée et cela doit être soumis à la population par le biais de vos écrits. Cela ressemble à la Pravda, organe officiel du parti communiste à Moscou il n'y a pas si longtemps. Vous êtes probablement de ceux qui croient qu'un Québec indépendant saurait mieux comment gérer cette crise mondiale et ne serait plus dépendant du pétrole. Vous êtes probablement de ceux qui croient que toutes nos misères sont causées par le fédéral, par les États Unis, par les Juifs etc. Qu'un Québec indépendant saurait tenir tête à Washington. Non mais sur quelle planète vivez-vous donc? On fait partie du Canada et on est même pas capable de gérer le dossier du CHUM. On a totale liberté politique en matière d'éducation et on a jamais eu autant d'illétrés, de non cultivés et de décrocheurs scolaires. Le taux de suicide au Québec est le plus élevé d'Amérique et je gage que vous allez me dire que c'est à cause du fédéral ou de Jean Charest le fédéraliste ! Non mais sérieux, tant qu'à écrire pour le PQ, allez donc leur solliciter une job au sein d'un bureau de député. De même que votre consoeur Lise Ouimet faussemenet appelée Payette.

  • Gilles Delisle - Abonné 11 mars 2009 07 h 24

    L'équipe la plus nulle à avoir diriger le Québec depuis fort longtemps!

    Votre article a le mérite de bien cerner la valeur de l'équipe en place et de celui qui nous tient lieu de premier ministre. Jamais dans notre courte histoire, un gouvernement a failli autant à la tâche: désorganisation complète du système de santé, les 2 mégahôpitaux dont un seul suffirait, la crise scolaire avec un taux de décrochage inégalé, crise dans les universités, crise dans les municipalités avec les défusions qui causeront problème pour longtemps,une langue française qui s'éteint de plus en plus à Montréal, une tarification des services publics en constante augmentation, et qui a commencé sous le règne de Charest et je ne parle pas des secteurs manufacturés ou industriels etc. Ce gouvernement n'a jamais pris ses responsabilités et continue de s'en remettre continuellement aux autres. Je retiens cette phrase de votre texte et qui dit tout: à force de ne pas respecter ses engagements, Charest a peut-être jugé qu'il valait mieux ne plus en prendre!