Les nouveaux contours du luxe et de la nécessité

Parmi les 10 produits incontournables de la consommation de masse, la voiture, avec 91 % d’appuis, arrive en tête de liste, selon le Pew Research Center des États-Unis.
Photo: Agence Reuters Parmi les 10 produits incontournables de la consommation de masse, la voiture, avec 91 % d’appuis, arrive en tête de liste, selon le Pew Research Center des États-Unis.

La question fait souvent le bonheur des soirées ennuyantes, des longs voyages de groupe en voiture avec une autoradio hors d'usage, ou encore de quelques blogues qui cultivent la vacuité en l'arrosant de l'air du temps: si vous étiez envoyé sur une île déserte, quels objets apporteriez-vous, parce que vous ne pouvez plus vous en passer?

Devant cette question, les Américains ont désormais une réponse simple: une voiture, une lessiveuse, un sèche-linge et un système d'air climatisé, répondraient-ils avant d'expliquer que, dans leur société de consommation en crise, ces objets sont de moins en moins considérés comme un luxe et de plus en plus comme une nécessité.

C'est comme ça: les temps changent et le rapport des consommateurs aux biens qu'ils achètent se modifie lui aussi, indique une analyse fort instructive dont le Pew Research Center des États-Unis vient de dévoiler les résultats. Ainsi, en 2006, constatent ces spécialistes en comportements sociaux, neuf Américains sur dix ont reconnu ne plus pouvoir se passer de leur machine à laver. C'est 8 % de plus qu'en 1976. Le sèche-linge, pour sa part, est aujourd'hui une nécessité pour 83 % des répondants, alors qu'à l'époque où David Bowie chantait Station to Station ils n'étaient que les deux tiers à le croire.

Ces deux objets entrent sans surprise dans le groupe des 10 incontournables de la consommation de masse, une liste dans laquelle la voiture, avec 91 % d'appuis, arrive en tête, devant les deux monstres à courroie qu'on n'aime pas vraiment déménager.

Ensuite? Les Américains estiment ne plus pouvoir vivre sans air climatisé dans la maison (70 %), sans four à micro-ondes (68 %), sans télévision (64 %), sans air climatisé dans la voiture (59 %), sans ordinateur personnel (51 %) et sans téléphone cellulaire (49 %). Entre autres.

À titre indicatif, en 1973, à peine un quart des consommateurs considéraient la climatisation d'une résidence comme un service essentiel, les autres la voyant plutôt comme un luxe.

Un luxe vaporeux

Du faste et du futile à la nécessité, il n'y a donc qu'un pas, que trois décennies permettent finalement de franchir, si l'on se fie à l'enquête du Pew Research Center. En 1974, une voiture avec climatiseur était un luxe pour 86 % des Américains, contre 39 % aujourd'hui.

Un changement de perception dans le temps qui, avec un peu de patience, va finir par donner de la profondeur à quelques biens de consommation qui, pourtant, expriment dans leur version contemporaine beaucoup plus de superficialité qu'autre chose.

C'est certainement le cas du iPod, le célèbre lecteur de fichiers sonores numérisés, qui se retrouve désormais dans les poches de 25 % des répondants à la question du centre de recherche. Des répondants lucides qui sont 88 % à considérer l'objet de leur désir comme un luxe. Trois pour cent sont toutefois persuadés qu'il s'agit d'un produit de première nécessité. Sérieusement.

La télé à écran plat loge à la même enseigne: 5 % des gens ne pourraient plus s'en passer, contre 29 % pour l'accès Internet à haute vitesse, 33 % pour l'abonnement au câble ou à la télé par satellite, et 35 % pour le lave-vaisselle. Oui, la plénitude de l'existence humaine ne tient pas à grand-chose parfois.

Malléable dans le temps, l'idée de produit indispensable ne résiste également pas à la barrière des générations. On n'est pas très surpris, mais on s'en amuse quand même: l'ordinateur personnel est jugé «bien de consommation nécessaire» par 60 % des 30-49 ans, alors qu'un quart à peine des plus de 65 ans pense la même chose. Ces vieux sont aussi 14 % à dire ne plus pouvoir vivre sans un lien à Internet et 38 % sans téléphone cellulaire, contre 34 % et 57 % chez les 18-29 ans, respectivement.

Mais ne touchez pas à la télévision des retraités — ou au bord de l'être — puisque 73 % de la classe d'âge des 65 ans et plus voient cette fenêtre ouverte sur le monde (et parfois, malheureusement, sur la Boutique TVA) comme une grande nécessité de la vie. C'est le cas chez seulement la moitié des 18-29 ans. Une vie normale ne peut également être envisagée sans climatiseur dans sa voiture pour 71 % des anciens et seulement 52 % des jeunes adultes.

Dans une société qui a érigé l'accumulation de biens en véritable religion, avec une rigueur et un entêtement vachement contagieux d'ailleurs, ce portrait du luxe et du nécessaire, établi par le Pew Research Center, confirme donc le matérialisme d'une époque.

Un matérialisme qui ne fait pas l'unanimité, toutefois: plus de la moitié des répondants juge en effet qu'il faut posséder entre six et neuf objets pour combler son existence, alors qu'un quart pense plutôt que la mathématique du bonheur tient dans une fourchette de zéro à cinq biens de consommation.

Et plus on est riche, plus on a besoin de palpable pour se rassurer: le nécessaire tient en effet dans une liste de 10 à 14 produits pour 45 % des familles qui déclarent un revenu annuel de plus de 100 000 $, constate le centre de recherche. Un idéal partagé par à peine 15 % de ceux qui gagnent moins de 30 000 $.

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OGM : les Européens gagnent de la transparence

C'est la fin d'une longue bataille judiciaire qui vient de donner raison aux consommateurs. La Cour de justice européenne ordonne à tous les pays membres de l'Union de rendre publique la localisation précise des parcelles agricoles où des organismes génétiquement modifiés (OGM) sont mis en terre à des fins expérimentales, jugeant que cette information, même pour des raisons de sécurité, ne peut rester confidentielle.

La décision a été savourée comme une victoire par l'homme à l'origine de cette drôle d'affaire, un habitant de Sausheim, en Alsace, qui, en 2004, a demandé à sa municipalité de lui identifier tous les champs de son voisinage où des OGM expérimentaux avaient été cultivés.

Or, de peur de voir débarquer dans ces parcelles des faucheurs de transgènes qui dénoncent à coups de serpe — un sport presque national en France — , la municipalité a toujours refusé de faire preuve de transparence... et se fait aujourd'hui taper sur les doigts.

«L'information relative à la dissémination [d'OGM] ne saurait en aucun cas rester confidentielle», écrit le tribunal européen dans un communiqué de presse diffusé le 17 février dernier, tout en reconnaissant que dans ces conditions, «des considérations tenant à la sauvegarde de l'ordre public et à d'autres secrets protégés» ne peuvent pas «constituer des motifs susceptibles de restreindre l'accès aux données».

Au Canada, les endroits où les OGM sont expérimentés in vivo, c'est-à-dire dans des champs près de chez nous, sont une information jalousement enfermée dans les coffres de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) qui, au nom de la sécurité, préfère rester dans les grandes lignes.

Des grandes lignes qui nous disent toutefois qu'en 2008, 420 expériences en champs ont été menées au pays sur des OGM. 37 ont eu lieu au Québec, sur du maïs, du soya et des peupliers. Quelque part.

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conso@ledevoir.com

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