Les Brésiliens dans la course

Miolo
Photo: Miolo

J'étais quelque peu sceptique à l'invitation d'Ibravin — L'Instituto Brasileiro do Vinho — d'aller constater sur place à quel point vitis vinifera ne s'était pas égaré la liane entre deux ipê amarelos et autres morototos. Le Brésil avait-il domestiqué la bête? Qui plus est, ce pays pouvait-il aligner sa production sur celle des vins fins de la planète vin? Surprise de taille.

Après seulement trois décennies, outillé d'un levier scientifique performant nommé Embrapa au sein du ministère de l'Agriculture, ce pays, 13 fois supérieur à la France en superficie mais ne couvrant que l'équivalent des deux tiers du vignoble bordelais seulement, met actuellement les bouchées doubles pour être dans la course. Et ça risque de fonctionner!

Mais pour y parvenir, la production brésilienne devra éviter les écueils. Et ils sont nombreux. Surtout, ne pas mettre la charrue devant les boeufs. Car, ne l'oublions pas, le Brésil est un pays émergent du Nouveau Monde (le cinquième plus gros producteur de l'hémisphère Sud) dont la feuille de route est relativement récente. Pour en avoir discuté avec quelques responsables locaux, certains points m'apparaissaient évidents.

D'abord, asseoir et consolider un marché intérieur actuellement voué essentiellement à une consommation de bière et de cachaça (eau-de-vie de canne très populaire pour assommer les singes et les faire tomber illico dans leur régime de bananes favori), alors que celle du vin, elle, oscille autour de deux litres per capita (essentiellement en provenance de l'Argentine et du Chili, les Brésiliens boudant leur production); observer ensuite les profils de consommation mondiaux en s'ajustant au plus près à cette fourchette de prix où va puiser le consommateur toujours plus exigeant; se doter enfin d'ambassadeurs de marque bien à eux sur le terrain — de types Mondavi, Duboeuf, Concha y Toro et autres Rothschild —, dont les réputations respectives les précéderont quand viendra le temps de développer et de consolider le marché à l'étranger. J'allais oublier: éviter à tout prix cette détestable parkérisation du vin gonflé aux stéroïdes en mettant plutôt de l'avant des vins authentiques issus de cépages autochtones (arinarnoa, marselan, egiodola, etc.), traités à la sauce de l'agriculture agrobiologique, en évitant, bien sûr, de boiser le tout à 300 % fût neuf!

D'abord, asseoir et consolider un marché intérieur actuellement voué essentiellement à une consommation de bière et de cachaça (eau-de-vie de canne très populaire pour assommer les singes et les faire tomber illico dans leur régime de bananes favori), alors que celle du vin, elle, oscille autour de deux litres per capita (essentiellement en provenance de l'Argentine et du Chili, les Brésiliens boudant leur production); observer ensuite les profils de consommation mondiaux en s'ajustant au plus près à cette fourchette de prix où va puiser le consommateur toujours plus exigeant; se doter enfin d'ambassadeurs de marque bien à eux sur le terrain — de types Mondavi, Duboeuf, Concha y Toro et autres Rothschild —, dont les réputations respectives les précéderont quand viendra le temps de développer et de consolider le marché à l'étranger. J'allais oublier: éviter à tout prix cette détestable parkérisation du vin gonflé aux stéroïdes en mettant plutôt de l'avant des vins authentiques issus de cépages autochtones (arinarnoa, marselan, egiodola, etc.), traités à la sauce de l'agriculture agrobiologique, en évitant, bien sûr, de boiser le tout à 300 % fût neuf!

Températures? Entre 9,4 et 31,7 °C pour les maximums, avec des précipitations s'échelonnant entre 599 mm par année au nord et 1736 mm au sud, du côté de Serra Gaucha justement, là où se concentre l'élite de la production actuelle. Parce que vous êtes drôlement futé, vous avez évidemment compris que les altitudes et les expositions de plantations sont ici en tout point primordiales pour obtenir la crème de la crème. Le Brésil, c'est surtout le pays du merlot, qui se distingue ici par sa régularité qualitative, mais aussi d'une batterie de cépages européens bien connus des consommateurs.

L'immigration italienne

Ce sont principalement les Italiens qui débarquent, fin XIXe siècle, du côté de Rio Grande do Sul, avec comme bagage boutures et techniques utilisant la pergola classique. Toujours en opération, ce mode de conduite de la vigne laisse peu à peu la place au mode Guyot simple sur fil de fer avec toute la batterie d'opérations (épamprage, effeuillage, vendange en vert, etc.) classiques aux autres vignobles du monde.

Dès 1931, 16 de ces familles italiennes se regroupent et fondent ce qui est devenu aujourd'hui Aurora, la plus grosse coopérative du genre au pays avec plus de 1300 familles coopérantes qui s'accaparaient, en 2008, 36 % du marché domestique. Beaucoup de vin, à bon prix, d'une qualité standard, dont une profusion de mousseux (principalement issus de la méthode charmat) qui semblent, partout au pays, susciter cet esprit de la fête typique à la mentalité brésilienne. Même les bulles naissent ici sous les auspices de la samba.

Plusieurs maisons ont été visitées, et des plus ambitieuses, comme cette Cave de Amadeu qui aspire, ne serait-ce que par les prix exigés, à se positionner comme le Dom Pérignon national. La gamme restreinte, à base de chardonnay et de pinot noir, élevée entre deux et dix ans sur lies fines, sans dosage pour 50 % de la production, m'incite à penser que l'ambition de départ semble réaliste. À surveiller, donc.

Grosses structures parfaitement équipées, à la fine pointe de la technologie, comme Salton, Casa Valduga, Miolo (Michel Rolland y est consultant), ou encore Vinibrasil, dont les vignobles perchés du côté de Vale do São Francisco produisent jusqu'à deux vendanges annuelles (!), et d'autres, plus modestes, où l'ambiance familiale est encore bien sentie, comme ces Cordelier, Dal Pizzol, Dôm Candido, Vallontano et Pizzato.

Mais que diriez-vous d'une maison qui découpe ses parcelles comme des climats bourguignons, qui dorlote la vendange à la vigne comme au chai comme un grand cru bordelais et qui — ô scandale! — n'utilise aucune barrique sur la propriété? Vous êtes à la Vinicola Boutique Lidio Carraro, dont l'ensemble de la production mérite un sacré coup de chapeau. Avec une telle locomotive, le Brésil a sans doute trouvé sa bête de concours sur le plan international. Ne reste plus maintenant qu'à travailler intelligemment la base pour mieux séduire le consommateur. Sans lui mettre la liane autour du cou! On s'en reparle aujourd'hui chez Christiane Charette, à l'antenne de Radio-Canada.

- Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

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Les vins de la semaine

La belle affaire - Lugana de la Nava 2000, Valdepenas (13,85 $ - 902973)

Avec ce tempranillo souple, léger, friand mais tout de même doté d'une certaine complexité, force est d'admettre que les Espagnols demeurent les rois du meilleur rapport qualité-plaisir-prix. Pas mal sur la feijoada brésilienne, sortes de fèves au lard locales. 1.

Le riesling - Riesling 2007, Gold Label, Wolf Blass, Australie (19,75 $ - 10829242)

À peine soulevé par une invisible pointe de gaz carbonique qui lui assure tout le fringant nécessaire, ce riesling perce et brille avec cette clarté minérale et doucement citronnée qui tranche et termine proprement. Bien sec et tout ce qu'il y a de léger. 1.

La primeur en blanc - Château de Sancerre 2007, Marnier-Lapostolle (24,95 $ - 164582)

Il y a de l'action, mais en subtilité, derrière la robe pâle aux légers reflets verts de ce malin sauvignon qui offre ce qu'il faut de rondeur pour amadouer la trame verticale et minérale de l'ensemble. Termine net, sans dévier de sa trajectoire. 2.

La primeur en rouge - Clos Saint Michel 2006, Châteauneuf-du-Pape (40 $ - 10891644)

Il y a quelque chose de bien ajusté dans cet élégant châteauneuf qui, pourtant, ne manque ni de tenue, ni de consistance. Robe profonde, parfums et saveurs bien liés, «satinés» par le grenache, consolidés par le mourvèdre. 2.

Le vin plaisir - Parallèlle « 45 » 2006, Côtes-du-Rhone, Jaboulet (15,95 $ - 332304)

Assurance fruitée bien sentie sur une trame parfumée, de belle densité, fraîche, sans rugosité. Classique. Poussez encore plus loin la syrah avec le superbe cru maison Domaine de Thalabert 2004 (32,50 $ - 176115), plus serré, plus racé, brillant au palais. 1.

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- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

www.vintempo.com

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