Perspectives - La maladie du gestionnaire

Derrière les résultats désastreux de la Caisse de dépôt se cachent des rendements sectoriels inférieurs aux indices de référence dans la quasi-totalité des segments. S'ajoutent une exposition démesurée aux PCAA et une gestion des risques spécifiques malheureuse. Pas besoin de se lancer dans une chasse aux sorcières ou de blâmer le gouvernement Charest. Le diagnostic est simple: la Caisse a souffert en 2008 d'une carence de gestionnaires habiles.

Difficile d'accepter l'invitation faite par les dirigeants de la Caisse de ne pas juger à partir des résultats d'une seule année lorsque cette performance annuelle vient effacer les gains des quatre dernières années. Ou lorsque ces revers d'une année vous font passer soudainement du premier au quatrième quartile dans l'univers des gestionnaires de caisses de retraite, et ce, tant pour 2008 que pour les trois ou quatre années précédentes. D'un coup, la Caisse de dépôt passe d'élève doué à cancre.

C'est d'autant plus difficile à accepter que dans le passé, les déboires de la Caisse de dépôt ont souvent été associés à une surpondération inappropriée ou à un mauvais pari doublé d'une surexposition à un risque particulier. Cela relève de la nature même d'une gestion de portefeuille dite active, qui n'est pas une science exacte. Mais le désastre cuvée 2008 traduit une abdication généralisée. Lorsqu'on ne parvient même pas à faire au moins l'indice dans les placements en obligations...

Le seul élément positif du bilan 2008 de la Caisse vient du fait que 56 % de la perte de placement de 39,8 milliards est non matérialisée. Ainsi, plus de la moitié du résultat négatif traduit une perte de fluctuations, une perte sur papier, et non une perte sèche. Il y a espoir de récupérer ces pertes comptables qui reflètent essentiellement un écart entre la valeur marchande, déprimée, et la valeur réelle de ces éléments d'actif. On peut inclure, ici, la grande majorité des 12,8 milliards de dollars en PCAA que la Caisse comptabilise dans ses livres.

Mais une fois cela dit, la déviation de la performance des spécialistes de la Caisse par rapport à leurs pairs étonne. Le rendement négatif moyen de 25 % affiché en 2008 dépasse d'au moins 650 points de base tant celui des indices de référence que le rendement médian de l'univers de comparaison composé des grandes caisses de retraite canadiennes. Sur une base sectorielle, les gestionnaires de la Caisse font moins bien que leurs indices de référence dans presque tous les secteurs à l'exception des placements privés, où ils font moins pire. Plus précisément, ils se font surpasser dans 14 des 17 segments ou secteurs répertoriés. Même en excluant les PCAA, surreprésentés dans les livres de la Caisse, l'écart défavorable avec les caisses comparables atteint 380 points de base.

Certes la Caisse se défend en évoquant la conjoncture boursière et économique difficile, et en rappelant l'effondrement rapide de tous les marchés en octobre. Mais cet environnement des plus austères est venu composer le quotidien de toutes les caisses de retraite. La Caisse soulève également la configuration spécifique de ses portefeuilles, avec une représentation plus musclée de l'immobilier et des placements étrangers. Cela n'explique toutefois pas son incapacité à faire au moins autant que les baromètres sectoriels.

L'institution québécoise, plus grand gestionnaire de caisses de retraite au Canada, explique ce contraste, entre autres, par cette reconnaissance d'avoir trop misé sur les PCAA. «L'épisode du PCAA est incontestablement une page difficile de l'histoire de la Caisse», a-t-elle admis. «Ce fut une erreur d'en accumuler autant», a-t-elle insisté.

Ce plaidoyer étant, cette défaillance en matière de gestion des risques a forcé la constitution d'une provision cumulative de 5,6 milliards relative aux PCAA. S'additionne un jeu des devises contraire aux prévisions internes, qui a engendré un coût de couverture pour risque de change de 8,9 milliards (et une perte sèche à ce chapitre de 6,1 milliards). S'ajoute un troisième élément, de nature spéculative, découlant de la gestion tactique associée au jeu de répartition de l'actif. Les activités de ce portefeuille stratégique ont été interrompues, forçant l'inscription d'une perte de deux milliards.

Au total, ces défaillances en matière de gestion de risques spécifiques ont entraîné la comptabilisation d'une charge totale de 16,5 milliards, soit 41 % des 39,8 milliards composant l'encre rouge de la Caisse en 2008.

La pertinence d'un gestionnaire de portefeuille est déterminée tant par sa contribution sous forme de valeur ajoutée que par sa capacité à gérer les risques. De toute évidence, l'équipe de gestionnaires de la Caisse a échoué le test sur ces deux tableaux en 2008.
5 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 26 février 2009 07 h 24

    La gestion comptable étant ce qu'elle est devenue, a-t-on perdu le Nord?

    Je me permets de dire que la gestion comptable est souvent pléonasme de l'étroitesse d'esprit, que ce soit pour gérer de l'argent ou des humains. C'est malheureusement de plus en plus ainsi que les choses se passent. L'homme se perd dans un environnement matériel apparemment de plus en plus compliqué. Je dis bien apparemment!

    Jacques Morissette (Montréal)

  • Gilles Bousquet - Inscrit 26 février 2009 08 h 16

    Personne n'est parfait, ça a l'air

    Les pertes de la Caisse de dépôts "papiers commerciaux" ont été faites sous M. Rousseau qui était considéré comme un bon gestionnaire mais, à l'évidence, qui ne l'était pas trop.

  • Claude L'Heureux - Abonné 26 février 2009 09 h 51

    Les deux mains du chauffard

    Pour éviter la perspective d'un prochain référendum, Jean Charest, les deux mains sur le volent, a pris le clos par maladresse ou délibérément. Ça n'a pas d'importance: le résultat est le même.

    Claude L'Heureux, Québec

  • Jacques Dubreuil - Inscrit 26 février 2009 10 h 32

    Corruption à la Caisse de Dépôt?

    Quelqu'un peut-il dire combien de millions sur tous ces milliards se retrouveront dans les poches des petits copains libéraux et les sacoches des petites copines libérales?

  • Yves Babin - Inscrit 26 février 2009 10 h 45

    L'appât du gain facile

    Avec le message de M. Charest, il fallait investir dans l'international et non pas nécessairement au Québec parce que c'est beaucoup plus profitable qu'ils disaient... Le gazon est toujours plus vert chez le voisin comme dit la maxime. Alors on goûte maintenant à cette médecine. Décidément, il y a des coups de pieds au cul qui se perdent.