Les indices précurseurs

Nous sommes en période de récession. Durant une telle période, on comprend mieux ce qu'est la théorie de la relativité mise en lumière par Albert Einstein. C'est-à-dire, dans notre cas, qu'une heure passée en période de récession, donc lorsque tout va mal, nous apparaît pas mal plus longue qu'une même heure passée en phase d'expansion économique alors que tout va bien ou presque.

Lorsque tout va mal, nous sommes impatients de voir apparaître une quelconque lumière au bout du tunnel. Nous désirons tous anticiper le moment plus ou moins lointain où nous sortirons enfin de cette grande période de noirceur. Pour tenter de percevoir à l'avance cette sortie du bourbier économique, il faut alors suivre de près les indices dits précurseurs de la future activité économique.

Lorsque l'on nous annonce qu'il y a eu en janvier la perte de plus de 100 000 emplois, que le taux de chômage est passé à plus de 7 %, que les profits des entreprises ont reculé de 10 %, etc., on parle ici d'indicateurs coïncidents ou retardataires. Ces indices ne dépeignent que ce qu'est ou fut l'économie pour la période considérée. Ils ne nous disent pas ce qui s'en vient dans un mois, deux mois ou plus.

Les indices précurseurs le font. Et ils sont nombreux. Parmi les plus précurseurs, il y a les taux d'intérêt. Une baisse sensible et durable des taux d'intérêt ouvre normalement la voie à une éventuelle croissance de l'économie, souvent de douze à dix-huit mois après lesdites baisses. La pente de la courbe des taux est aussi un indicateur précurseur. Plus cette pente est positive (c'est-à-dire que plus les taux à long terme sont supérieurs à ceux du court terme), plus les probabilités sont fortes qu'une éventuelle reprise économique puisse se manifester dans les prochains trimestres. La croissance des agrégats monétaires est également un indicateur précurseur de l'activité économique. Plus cette croissance est forte, plus les probabilités d'un retour éventuel à la croissance économique seront élevées. Les mises en chantier, le nombre de permis de construction délivrés, l'évolution du prix des matériaux, surtout ceux liés à la construction (prix du cuivre, des planches 2 X 4 et des panneaux à lamelles orientées) appartiennent tous à la catégorie des indices précurseurs.

Depuis quelques années, les économistes ont sur leur écran radar un autre indice précurseur nommé Baltic Dry Index. Il s'agit d'un indice sur le fret maritime. Il compile les prix exigés en cours sur 24 routes maritimes pour le transport en vrac de marchandises dites sèches comme les minerais, le charbon, les métaux, le ciment, les céréales, les engrais.

En cas de forte demande au niveau du commerce mondiale, l'indice bondit, car l'offre de conteneurs par les transporteurs n'est pas infinie. Il faut en moyenne deux ans pour construire un navire. Conséquence: le fret maritime est-il très sensible à toute variation de la demande mondiale pour les matières premières.

Cet indice a précédé de deux mois la dernière dégringolade des prix des denrées. En effet, après avoir atteint un sommet de tous les temps à 12 000, l'indice a amorcé un repli constant à partir de mai 2008. Deux mois plus tard, soit en juillet 2008, s'amorçait la dégringolade des prix des denrées, dont au premier chef le pétrole et les divers métaux industriels. De mai à décembre 2008, l'indice Baltic Dry a chuté de 94 %, signalant d'avance la profondeur de l'actuelle récession.

Mais, depuis le début de 2009, l'indice a repris une tendance à la hausse. En un mois, le fret maritime mesuré par cet indice a bondi de 200 %. Si la tendance persiste, cette remontée pourrait signaler que le pire de l'actuelle récession est atteint. Espérons que ce sera le cas.

Voici pour terminer un lien pour suivre au jour le jour l'évolution de cet indice:

http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=bdiy&exch=IND&x=15&y=11

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