La démondialisation

La nouvelle expression en vogue découle de deux malentendus: l'un voulant que la mondialisation était censée être un processus inéluctable de croissance économique et de libéralisation des marchés; l'autre voulant, au contraire, que l'on pourrait un jour arrêter la marche vers l'abolition des distances sur la planète.

L'expression «démondialisation» (deglobalisation en anglais) a fait une entrée remarquée sur la scène internationale lors d'un discours du premier ministre britannique, Gordon Brown, au Forum de Davos, le mois dernier. Elle a été rapidement reprise par d'autres voix qui, comme lui, craignent que l'actuelle crise économique mondiale n'efface les avancées des dernières décennies sur le chemin vers l'intégration économique des pays.

On constate, notamment, que les économies les plus dépendantes du commerce, comme l'Allemagne, le Japon, mais aussi Singapour et Taiwan, souffrent plus que les autres de la débandade mondiale. On sait aussi que l'on prédit en 2009 un premier recul du commerce mondial (-2,1 %) en plus de 25 ans, que le transport de fret aérien était en chute libre l'an dernier (-23 %), que le volume des investissements à l'étranger ne va pas mieux (-21 %) et que même le tourisme international devrait reculer cette année. On s'inquiète, par-dessus tout, de la préférence nationale qui transpire de certains plans d'aide économique, des mesures protectionnistes qui commencent à apparaître ici et là et des grognements hostiles aux immigrants qui montent à certains endroits.

Ce n'est pas la première fois que l'on annonce la mort de la mondialisation. La plupart de ses prophètes étaient d'ailleurs plutôt portés à se réjouir de ce décès à cause des nombreux torts dont le phénomène se serait rendu responsable au fil des ans. Le problème avec ces avis de disparition est qu'ils adoptent trop souvent une vision bien étroite de la mondialisation.

S'il fallait limiter cette définition de la mondialisation au volume des échanges commerciaux et à la croissance économique qui en découle, il faudrait, en effet, conclure actuellement que le phénomène recule. L'économie a cependant toujours été un phénomène cyclique, et il n'y a pas de raison que la mondialisation mette fin à cela. Il apparaît également logique qu'une crise économique de l'ampleur de celle que l'on connaît affecte tous les secteurs d'activité, y compris ceux liés aux échanges et à l'investissement transfrontaliers.

Il est tout aussi normal que l'on se tourne vers les gouvernements nationaux pour chercher de l'aide. Après tout, ils restent encore, et probablement pour longtemps, nos institutions les plus puissantes et les plus légitimes même après toutes ces années à faire la promotion de l'intégration économique. Il n'est pas étonnant non plus que ces États soient tentés, à tort ou à raison, d'avoir une préférence pour leurs propres entreprises et travailleurs. Il faut aussi admettre qu'au-delà des craintes soulevées par la clause Buy American du plan de relance américain, et par d'autres dispositions douteuses en Europe, en Russie ou en Inde, on est encore loin d'une vague protectionniste.

Il est bon de rappeler que la crise économique a aussi donné lieu à son contraire. Jamais n'avait-on vu, par exemple, les principales banques centrales démontrer un tel niveau de concertation. Les efforts déployés jusqu'à présent par les pays du G20 pour respecter les mots d'ordre qu'ils se sont donnés à Washington en novembre méritent également d'être remarqués.

Étape d'un long processus

Il ne fait pas de doute que la crise en cours est un sacré choc pour ceux qui croyaient naïvement qu'il suffisait d'ouvrir de plus en plus les frontières et laisser faire les marchés pour s'assurer un avenir radieux. Il est à espérer que cette vision-là, de la mondialisation, est bel et bien morte.

Il serait toutefois très étonnant que cet échec remette en cause l'essence même du processus de mondialisation. Il est vrai que ce processus dépend, en partie, du bon vouloir des pouvoirs publics, et que leurs populations ont tendance, actuellement, à se montrer plutôt critiques à cet égard. Mais il y a une limite à ce que les gouvernements peuvent influencer.

Ils ne changeront pas le fait, par exemple, que les ordinateurs, Internet et les moyens de transport modernes rapprochent les peuples plus qu'ils ne l'ont jamais été auparavant, et pas seulement en matière économique, mais dans toutes les sphères de la vie. Ils ne pourraient pas, non plus, faire comme si la Chine ou l'Inde n'existaient pas, ni s'attaquer seuls à des problèmes comme les changements climatiques.

Les opposants au libéralisme à tout crin de l'économie l'avaient bien compris le jour où ils ont changé de nom, dans les années 90, d'«antimondialistes» à «altermondialiste». Le processus de mondialisation était déjà en cours quand Christophe Colomb s'est embarqué pour les Amériques, et bien avant encore. Il ne se mettra pas à reculer à cause de la spectaculaire déconfiture financière et économique dont nous sommes tous victimes aujourd'hui.

Plutôt que de craindre une «démondialisation», et avant que quelqu'un ne parle de «post-mondialisation», il serait sans doute moins risqué d'admettre que les événements auxquels on assiste actuellement ne sont qu'une étape d'un long processus. Un processus qui avance plus ou moins vite, et qui peut emprunter différentes voies, au gré des avancées technologiques, du contexte politique et économique, ainsi que de ses bons et mauvais coups.

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18 commentaires
  • Dominic Pageau - Inscrit 23 février 2009 03 h 28

    La mondialisation, inéluctable?

    J'en doute, mais on veut bien le faire croire. C'est quoi la mondialisation? C'est la fédération des nations sous la même gouverne.

    Elle peut être de libre marché ou d'économie sociale..... Ça ce n'est qu'une saveur, c'est un déguisement. Vous l'avez dit, les altermondialistes sont des pro mondialisations.

    Ceux qui s'opposent à la perte de souveraineté nationale, comme moi, sont aujourd'hui des chauvinistes, des racistes et des arrièrés. La droite et la gauche ont le même discours, pourquoi? Parce que le discours provient de la même bouche, la bouche des internationalistes. Ils peuvent parler du coté droit ou du coté gauche de la bouche, mais dans le fond, le sujet reste le même : la mondialisation salvatrice.


    Pourtant, cette mondialisation a ses tares, d'ailleurs monsieur Desrosiers nous fait part d'une de ces tares :

    « On constate, notamment, que les économies les plus dépendantes du commerce, comme l'Allemagne, le Japon, mais aussi Singapour et Taiwan, souffrent plus que les autres de la débandade mondiale. On sait aussi que l'on prédit en 2009 un premier recul du commerce mondial (-2,1 %) en plus de 25 ans, que le transport de fret aérien était en chute libre l'an dernier (-23 %), que le volume des investissements à l'étranger ne va pas mieux (-21 %) et que même le tourisme international devrait reculer cette année. On s'inquiète, par-dessus tout, de la préférence nationale qui transpire de certains plans d'aide économique, des mesures protectionnistes qui commencent à apparaître ici et là et des grognements hostiles aux immigrants qui montent à certains endroits. »

    L'interdépendance, tellement vanté par les internationalistes, peut rapidement être néfaste quand la dépendance, c'est la nourriture. Si ta population dépend de la nourriture produite par une autre population, t'es à risque. Et les conséquences peuvent être grave. Les pays qui dépendent des autres vont être invariablement plus touché lors de crise. La solution ? développer la production en fonction du terrain et des ressources locales, si il faut faire ça en serre ou réaménager le territoire, soit ! Ça vaut le coup, mais selon les lois commerciales internationales soumises à la doctrine du libre marché international, l'État ne peut pas investir dans ce genre de projet fort dispendieux mais qui peut être rentable.... Mais qu'à très long terme, pourtant la souveraineté alimentaire d'une nation en dépend, mais c'est bien vrai, la souveraineté, c'est dépassé.

    Je dois avouer que je suis écoeuré de la démonisation constante du protectionnisme, ce n'est plus sérieux. Comme si c'était pêché de privilégier ce qui se fait localement.... Comme je disais, la doctrine internationaliste est partout. Elle a envahi toutes les sphères de la société, même les parties souverainistes québécois.



    Autre chose monsieur Desrosiers, vous faites l'éloge des banques centrales qui font un si grand effort CONCERTÉ, bien certainement, à un TEL NIVEAU, assurément, alors que si on est dans la merde, c'est à cause de Greenspan et de ses sbires qui ont refusé toutes réglementations des montages financiers faites par les banques de commerces américaines, mais, aussi anglaises, de la City Of London. Et ces merdes plaquées or, étampées du sceau de la Standards and Poors et de Moodys se sont répandues dans le monde grâce à la MONDIALISATION des marchés. Je me demande comment je dois réagir, je ne sais pas, mais il me semble que l'apathie n'est pas une option et qui ne dit mot, consent. Ça m'écoeure qu'on fasse l'éloge d'un système de banque centrale pourri et « unifié ». Le système de banque centrale actuel est une arnaque incroyable. On imprime environ 5% de la masse monétaire d'un État, le reste est créer par les banques privées sous forme de prêt. L'argent est imprimé et est « vendu » aux banques. Elles le mettent dans leur coffre et le prête plusieurs fois. Donc, avec 100$ dans leur coffre, ils peuvent par exemple en prêter 1000$ et faire de l'intérêt sur le 1000$

    Les banquiers font mieux que les alchimistes qui voulaient changer du plomb en or, les banquiers créent de l'argent à partir de rien. Comment c'est possible ? Quand on vous fait un prêt pour votre maison, est-ce que vous le donne en liquide ? C'est un bout de papier, par exemple une traite bancaire, ou sinon, des données, des chiffres dans votre compte de banque. Ce bout de papier ou ces chiffres sont transférés dans le compte du vendeur, ce qui fait que la banque qui prête se retrouve avec ce qu'on pourrait appeler une promesse de paiement envers la banque où le prêt est déposé. Cet argent, qui par la suite peut être transférer en argent liquide vient de nul part. Finalement, la source, c'est la promesse de remboursement de l'emprunteur. Les banques contrôlent la masse monétaire en circulation et la seule et unique valeur que la monnaie a est celle de la confiance, il n'y a aucune véritable valeur physique. Selon certain a été inventé par les orfèvres. Comme ils avaient une voûte pour protéger l'or qu'ils travaillaient, ils ont vite devenus les gardiens de l'or des autres. Les gens venaient portés leur or à l'orfèvre qui leur remettait un papier sur lequel le montant de l'or déposé était inscrit. Évidemment, l'appât du gain fût trop grand et les orfèvres se sont mis à vendre l'or des autres et ce, sans problème, car ça il était très peu probable que toutes les personnes qui ont déposé viennent reprendre leur or en même temps. Tant que l'or qu'il rentre plus d'or qui en sort ça va. Ça ressemble étrangement au système pyramidale bien connu sous le nom de schème de Ponzi. Et bien, notre système bancaire ressemble à ça.


    Ce système a le désavantage d'être toujours déficitaire, plus d'argent doit être remboursé qu'on en a créé. La raison est simple, on fait des prêts à intérêts. Donc, si la banque vous prête 100$, ça fait 100$ de plus en circulation, mais, vous devez rembourser 120$, donc, quand vous allez rembourser, il va y avoir contraction de la masse monétaire de 20$. Mais il est vrai que ça se corrige facilement..... En faisant d'autres prêts..... Ce système est fou, mais comme ceux qui savent comment ça marche en profite au lieu de se battre contre, on est rendu là où on est maintenant......

    J'ai cru remarqué de quoi d'intéressant on semble prendre pour cible des régimes ou même des religions, qui s'opposent à ce genre de système bancaire.... Étrange !




    Autre chose, vous dites monsieur Desrosiers :


    « S'il fallait limiter cette définition de la mondialisation au volume des échanges commerciaux et à la croissance économique qui en découle, il faudrait, en effet, conclure actuellement que le phénomène recule. L'économie a cependant toujours été un phénomène cyclique, et il n'y a pas de raison que la mondialisation mette fin à cela. Il apparaît également logique qu'une crise économique de l'ampleur de celle que l'on connaît affecte tous les secteurs d'activité, y compris ceux liés aux échanges et à l'investissement transfrontaliers. »

    Donc, vous dites que la mondialisation n'a pas pour but d'accroître perpétuellement les échanges commerciaux, tout en faisant disparaître les risques de crises économiques majeures à cause d'un merveilleux principe qu'on a appelé le découplage économique ? Si vous dites ça, ce qui semble être le cas(je peux mal interpréter), je dois vous dire que ce que je viens d'énoncer, je l'ai lu des centaines de fois. D'ailleurs, c'est avec les même arguments qu'on a vendu la Federal Reserve aux américains..... Ça devait les sauvés des crises économiques..... Et il y a eu 1929.... Le grand krach d'octobre 1929. La Fed a sauvé personne, au contraire. Les banques à chartes privées qui composent la Fed ont fermé le robinet. L'Histoire officielle veut qu'il y a eu surproduction de biens ce qui a fait qu'on a du arrêter de produire....Car on ne vendait plus.... Ça ne tiens pas debout. Il es t vrai que les étalages étaient pleins, mais pas à cause de surproduction, mais parce qu'il n'y avait plus d'argent pour les acheter. L'argent est créé sous forme de prêt, si on arrête de prêter, qu'est-ce qui arrive ? La contraction monétaire dont je parlais plus tôt. !

    Je lis présentement un livre intéressant, certes, c'est de l'Histoire révisée, mais de première main, ça s'appelle Mémoires, c'est de la main de David Rockefeller petit fils du célèbre John D Rockefeller senior et fils de Junior. Dans ce livre, à la page 475, chapitre 27 intitulé « internationaliste et fier de l'être » il écrit :

    « Depuis plus d'un siècle, les extrémistes idéologiques des deux bords politiques s'emparent des incidents dont ont parle beaucoup dans les journaux, tels que ma rencontre avec Castro, pour reprocher à la famille Rockefeller l'influence démesurée qu'ils prétendent que nous exerçons sur les institutions politiques et économiques des Etats-Unis. Certains croient même que nous faisons partie d'une cabale secrète agissant contre les grands intérêts des Etats-Unis et ils représentent ma famille et moi comme des « internationalistes » ; ils vont jusqu' à prétendre que nous conspirons avec d'autres capitalistes dans le monde pour construire une structure politique et économique mondiale, plus intégrée - un seul monde, si vous voulez. SI C'EST CE DONT ON M'ACCUSE, JE PLAIDE COUPABLE ET J'EN SUIS FIER »

    Ça a le mérite d'être clair. Est-ce surprenant de retrouver les Rockefellers dans la création de la Feds américaine.... Dans la promotion de la catastrophe verte ? Des lois internationales et un système de crédit de carbone international..... C'est alléchant......



    Pour finir, monsieur Desrosiers, vous mettez tout dans le même panier, l'information voyage rapidement sur le globale, on peut dire que c'est une forme de globalisation, mais, les seuls que j'ai vu lutter contre ça, c'est les capitalistes qui perdent des droits d'auteurs et la possibilité de contrôler totalement l'information. Il ne faut pas tout mélanger, on peut lutter contre la création d'organisation supra nationale et est pour la prolifération de l'information à la grandeur du globe.


    J'espères qu' à la lumière de ce que je viens d'écrire, certains comprendront l'origine de mes prises de positions sur d'autres sujets.

  • Brun Bernard - Inscrit 23 février 2009 09 h 54

    Pas d'accord avec M Pageau.

    « Ceux qui s'opposent à la perte de souveraineté nationale, comme moi, sont aujourd'hui des chauvinistes, des racistes et des arriérés. » C'est le contraire. Vous êtes loin d'une certaine réalité logique de l'Histoire (avec une grande hache) humaine. Vous pourriez prendre une bibliothèque entière sur les écrits réactionnaires (Renan, Taine, Maurras etc...) et de souveraineté nationale pour comprendre que ce que vous dites est un nuage d'ignorance. Le national socialisme a tué dans l'oeuf le cosmopolitisme berlinois que l'on tente de recréer à nouveau par les transferts des administrations culturelles de Francfort vers cette ville. Justement le grand éditeur Suhrkamp retourne à Berlin cette année au grand dam des élites politiques allemandes. La perte de la Prague de Kafka est aussi la perte du cosmopolitisme d'avant guerre qui était contre et je vous cite : «des chauvinistes, des racistes et des arriérés ». N'oubliez pas que ces « arriérés » étaient le mouvement Dada, le mouvement surréaliste qui représentaient les avant-gardes de la modernité donc le cosmopolitisme moderne tel que nous le connaissons actuellement. Que le Canada est comme pour beaucoup d'autres le résultat d'une mondialisation culturelle et économique, civilisationnelle datant d'au moins 1492. Que le christianisme est l'engrais de notre mondialisation qui n'est qu'Occidentale non orientale ni asiatique. À cela vous devriez étudier la fin de l'Empire Ottoman et les raison du nationalisme égyptien pour cause d'invasion de Napoléon contre les Mamelouks en Égypte. Il y a énormément de signes, de traces, de textes, de politiques, d'événements qui prouvent que ceux vous considérez comme « des chauvinistes, des racistes et des arriérés » sont de votre côté plutôt que de ceux qui prônent une mondialisation plus sage. Lisez le « Je suis partout »(1930-1944) un journal français fasciste et vous y lirez vos propos tout en étant ce contre quoi vous croyez ne pas être, c'est-à-dire chauviniste, raciste et arriéré.

    Ne vous scandalisez pas mais si vous désirez des références, je suis à votre disposition ou alors à l'université de Montréal/Uqam/Mc Gill (là à Mc Gill vous avez Marc Angenot que vous pourriez rencontrer qui est un imminent spécialiste de la chose), vous trouverez facilement des spécialistes à ce sujet qui vous contrediront sans vous insulter mais en vous éclairant. La question n'est pas de savoir si on est d'accord ou non, la question est de comprendre les concepts pour mieux communiquer et donc de se comprendre. Lisez donc un peu Burke l'adversaire de la Révolution française de 1789 vous seriez d'accord avec lui moi pas et allez faire un tour chez Tocqueville, Camus et l'ami de Sartre, Paule Nizan. L'Histoire ça se sait, ce n'et pas un phantasme à inventer. Catholicon signifie universel. J'espère que par souci de cohérence vous êtes contre l'Église Catholique qui lança sa mondialisation entre 312 et 394 ap JC en s'imposant à tout l'Occident (voir à ce sujet le bel essai de Paul Veyne, « Quand le monde est devenu chrétien », Albin Michel, 2007). Puis pour finir, voyez les essais de Bernard Lewis concernant les contacts entre le monde arabe et l'Occident. Puis, anecdotiquement, voyez le dernier roman de Rushdie, le discours de Le Clézio pour son prix Nobel et les dires de Murasaki le japonais dernièrement. Ces références afin que vous puissiez comprendre un peu mieux que ce que vous dites est à l'envers de la culture mondiale et historique. Une vision très arriérée de notre réalité contemporaine. Moralité, je réécrirai votre phrase ainsi : « « Ceux qui NE s'opposent PAS à la perte de souveraineté nationale, comme moi, sont aujourd'hui des chauvinistes, des racistes et des arriérés. » Ça c'est être dans le sens de l'Histoire contemporaine inéluctable et irréversible. À défaut d'être arriéré, il faut dire comme Rimbaud; « Il faut absolument être moderne.» (In « Une saison en enfer ».) Je vous dis tout ceci avec politesse et possibilité de dialogue. Sachez que je ne vous prends pas pour un imbécile parce que je ne suis pas d'accord avec vos propos. Merci.

  • Serge Charbonneau - Inscrit 23 février 2009 10 h 37

    Ouf et Re-Ouf !

    On parle beaucoup «d'économie» comme si celle-ci vivait pour elle-même.

    On ne cesse de parler «d'économie», mais on parle «accessoirement» de la pauvreté, de la richesse et des inégalités.

    Le seul terme que tous ont en bouche, c'est économie.
    La crise économique!
    L'économie.

    Mais le réel, le bien-être, la souffrance, la nourriture, l'eau, les conditions de vie, ce fossé terrible entre les riches et les pauvres...
    Ces milliards pour sauver (sic) ces entreprises qui faisaient des milliers de milliards pendant des années, sans payer beaucoup d'impôt.
    On ne cesse de trouver des sous pour sauver ces bienfaiteurs qui s'éclipsaient et s'éclipsent toujours devant leurs responsabilités sociales.

    Tous ces prédateurs économiques qui s'enrichissent sur le dos des gagnepetits.

    La mondialisation... qu'est-ce donc?
    Est-ce les facilités que nous offre Internet ou les moyens de transport efficaces?

    Je crois que la mondialisation est en deux volets distincts.
    L'un est l'avancée fantastique le la technologie qui nous permet de connaître (superficiellement) le monde en un coup de souris. Une technologie fantastique qui nous permet d'avoir des amis partout sur la planète et de leur parler quotidiennement.

    Mais la mondialisation a aussi été récupérée par les prédateurs économiques. Cette merveilleuse technologie leur a « élargi » le marché. Ils peuvent ainsi devenir de puissants monstres qui voient le monde entier comme un petit village à exploiter. Imaginez, vous inventez une niaiserie et vous la vendez aux 50 habitants de votre village. Bon vous êtes fier de votre coup et vous payez votre temps et votre matière première, mais si vous pouvez vendre la même niaiserie à des milliards de personnes sur la planète... ouf!
    Reste qu'il faille abolir les fâcheuses contraintes douanières et qu'il faut empêcher les autres inventeurs de monde entier de faire une niaiserie qui ressemble à la vôtre et limiter ainsi votre «maigre» (sic) profit.

    C'est caricatural, bien sûr, mais la mondialisation économique peut, je crois s'illustrer caricaturalement.
    La mondialisation, le néolibéralisme qui a aboli le protectionnisme sous toutes ses formes, a creusé le fossé entre les riches et les pauvres d'une profondeur abyssale.

    Donc, bien sûr qu'il ne faut pas avoir une «vision étroite de la mondialisation».

    Les «échanges et l'investissement transfrontaliers» ne sont pas une panacée.
    Combien de pays pauvres souffrent de cette déréglementation, de cette élimination du protectionnisme?
    Presque toute l'Amérique latine (sauf Colombie et Pérou) a rejeté la ZLÉA ou l'ALCA. Ils l'ont remplacé par l'ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques) basée sur une mise en commun des forces et surtout sur une entraide solidaire pouvant offrir des chances aux pays les plus faibles.

    On reproche (qui ça «on»?) à nos gouvernements de devenir trop protectionnistes!
    On (qui ça «on»?) leur reproche d'avoir une préférence pour leurs propres entreprises et travailleurs! Incroyable tout de même!
    Il faudrait que les gouvernements soient uniquement au service des prédateurs économiques mondiaux!

    En Amérique latine, on ne se gène pas pour nationaliser et mettre au service des citoyens les profits générés par ces entreprises multinationales qui siphonnaient les riches des pays.
    Au Venezuela, on a nationalisé un des plus grands joueurs en téléphonie cellulaire. Les tarifs ont été ainsi mieux contrôlés et les profits générés vont permettre l'ouverture d'une manufacture de téléphones cellulaires.
    On vise à vendre des cellulaires "hecho en Venezuela" (fait au Venezuela) 7 millions de cellulaires sont vendus au Venezuela annuellement. C'est autant de devises qui s'envolent vers l'étranger. Voilà pourquoi le gouvernement socialiste veut, tout en offrant des emplois de haute technologie aux Vénézuéliens, reprendre le marché. C'est du protectionnisme et les Vénézuéliens devraient tous en profiter.

    Mais, ici, ce protectionnisme est vu comme une fermeture sur le monde. Un néfaste repli sur soi. On préfère se faire plumer par les exploiteurs mondiaux qui ne paient aucune taxe ni impôt pour nos services publics.

    Il serait temps de constater que nous n'avons pas tous les mêmes ressources, les mêmes besoins, les mêmes climats et que les "barrières" économiques, ces frontières "économiques" sont essentielles à équilibrer la réalité du monde. Même avec Internet et les moyens de transport hyper efficace, nous ne sommes pas un petit village ayant la même culture, le même climat, les mêmes ressources et les mêmes besoins.
    Le «libre-échange» ne profite qu'aux prédateurs économiques.

    Eux seuls peuvent se déplacer et vivre dans un monde qui leur est totalement ouvert. Un Africain ne peut sortir de ses frontières. Un Latino-Américain guère plus. Et nous, pour voyager, pour passer les frontières, il faut avoir un portefeuille assez bien garni.

    L'abolition des frontières pour les personnes serait une bonne chose. Être citoyens du monde! Imaginez !
    Mais, bien sûr c'est une utopie!
    Voyez la concentration indécente de la richesse et la pauvreté indigne dans laquelle vit 70% de la planète.
    INÉGALITÉ, voilà la crise réelle!

    Il faut apprendre à partager sinon, ce sera le carnage et la guerre constante. Vous devrez rester barricadé chez vous avec barbelés et gardiens de sécurité pour éviter que les pauvres ne vous dévorent.
    Le village global deviendra une vue de l'esprit, les voyages deviendront interdits parce que trop risqués.
    Déjà le Moyen-Orient nous est interdit.
    Il y a quinze ans, nous pouvions visiter sans grand risque l'Irak et peut-être même l'Afghanistan. Aujourd'hui... mieux vaut ne pas y penser! On nous dit que ces pays ont été «libérés ». C'est la mondialisation de la démocratie!

    Ouf ! et Re-Ouf !


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Jean-Pierre Audet - Abonné 23 février 2009 11 h 14

    Bien comprendre avant de critiquer

    J'admire l'érudition de M. Brun Bernard. J'ai déjà ici approuvé l'une de ses réactions. Mais cette fois-ci, je constate que, possiblement trop érudit, il n'a pas su décoder correctement une expression maladroite, il est vrai, de M. Pageau. Voici la phrase incriminée :

    « Ceux qui s'opposent à la perte de souveraineté nationale, comme moi, sont aujourd'hui des chauvinistes, des racistes et des arriérés. » Sens : ces gens passent pour des chauvinistes, etc.

    Et voici ce qu'en dit M. Brun Bernard :

    «Il y a énormément de signes, de traces, de textes, de politiques, d'événements qui prouvent que ceux vous considérez comme « des chauvinistes, des racistes et des arriérés » sont de votre côté plutôt que de ceux qui prônent une mondialisation plus sage. »

    Mais c'est exactement ce que veut dire M. Pageau. Toute l'argumentation qui suit devrait faire comprendre le sens de cette phrase : ces gens qui, comme lui, sont contre la mondialisation passent pour des chauvinistes, des racistes et des arriérés. » Et là l'argumentation de M. Pageau rejoint celle de M. Brun Bernard, à savoir que l'histoire occidentale, issue d'une confluence entre les grands empires et l'idéologie judéo-chrétienne, a répandu l'idée qu'il fallait répandre le progrès tant qu'on pouvait, donc de l'internationaliser si possible. Le résultat actuel est positif à bien des égards. On n'a qu'à regarder du côté d'internet qui nous permet cette discussion, pour accepter certains atouts de cette marche, inéluctable à mon sens, vers la mondialisation.

    Mais je partage entièrement l'inquiétude de M. Pageau à propos des perdants des grandes banques et entreprises de crédit. Plusieurs se demandent où a bien pu aller tout cet argent perdu. Eh bien la réponse de M. Pageau est lumineuse : nulle part, puisqu'il a été inventé à 95% à cause justement de la soif de profit des gros emprunteurs. Et M. Pageau fait allusion au schéma Ponzi. C'est la pyramide à l'état pur : un gros emprunteur peut offrir jusqu'à 100% d'intérêt et attirer ainsi des petits prêteurs alléchés par l'appât du gain. L'emprunteur leur rembourse donc rapidement le double et va chercher d'autres prêteurs pour se rembourser. Vient un jour où le premier prêteur, voyant que ses amis aussi font ainsi de l'argent, se hasarde à prêter une plus grosse somme, etc. Jusqu'à ce que l'emprunteur trouve prudent de se retirer de la mise et laisse en plan les derniers prêteurs qui ne voient pas la couleur de leur argent.

    Voilà où en est rendu, selon M. Pageau, la situation des grandes banques centrales et des grandes entreprises de crédit. Voilà aussi pourquoi nous sommes présentement dans cette crise répandue partout à cause justement de la mondialisation des entreprises financières. Au risque de sembler moi-même faire partie des «chauvinistes, des racistes et des arriérés», je déplore cette dérive épouvantable de la mondialisation actuelle. L'enrichissement des plus riches, pas toujours honnêtes, et l'appauvrissement des plus pauvres, trop naïfs, croît présentement partout de façon géométrique. Obama est en train de mettre de l'ordre dans cette dérive. Il était temps que quelqu'un le fasse !

  • Brun Bernard - Inscrit 23 février 2009 12 h 06

    J'en doute M Audet...

    ...mais qui ait. I faut dire que M Pageau m,avait critiquer avec son commentaire de samdei à mon propos intitulé "Sophismes" (Pour l'article de M Cornellier) que je vous cite:
    "Premièrement, le nationalisme ne tue pas, par contre, il est vrai qu'il peut être un très bon outil pour manipuler les masses.

    Deuxièment, c'est pas parce qu'on est petit face à l'immensité de l'univers que le principe de nation ne fait aucun sens.

    Et votre vision qui se veut moderne, c'est la vieille vision impérialiste qui vise à unifier le monde, c'est la version soft de l'impérialisme.

    Ça n'empêche pas que pour accomplir votre idéal, il faut une dictature totalitaire mondiale, car sinon, des hommes vont se regrouper entre eux pour créer une nation à leur image, c'est un réflèxe humain, le sentiment d'appartenance à la terre, c'est beaucoup trop vague, ne vous en déplaise."

    Voilà que je doute de sa pensée. Ce n'est pas la première fois qu'il a eu des remarques sur le cosmopolitisme qui n'est pas une panacée nécessairement. Merci M Audet pour votre éclairage mais je doute que je comprenne mieux avantde critiquer. Difficle la langue tout de même; je n'échappe pas non plus à ses écueils.