S'informer par Internet et par les agences de presse

Internet est une source d'information dont l'importance grandit sans cesse. En voici un autre exemple.

Le magazine Branchez-vous publie aujourd'hui un sondage SOM réalisé du 26 janvier au 3 février auprès de 923 adultes québécois. À la question «Quel média utilisez-vous le plus souvent pour vous informer?», 41 % ont répondu la télévision, 30 % Internet, 19 % les journaux et 10 % la radio.

Internet arrive même en première position comme source d'information dans le groupe des jeunes de 25 à 34 ans (46 % répondent qu'ils s'informent d'abord par Internet, et 31 % par la télévision).

On prendra note que le journal arrive en 2e place à partir du groupe de 55 ans et plus!

Ce sont des données qui s'additionnent à tous les autres sondages publiés au Canada et aux États-Unis depuis deux ans, qui démontrent la même tendance et qui font angoisser les éditeurs de journaux.

Le sondage Branchez-vous/SOM livre une autre donnée intéressante: 77 % des répondants affirment avoir très ou assez confiance dans les informations véhiculées par la télévision, la radio et les journaux, alors que 54 % disent la même chose pour Internet. Autrement dit, 46 % des répondants font peu ou pas du tout confiance à Internet comme source d'information, mais pour les trois autres médias cette «non-confiance» se situe autour de 22 %.

Peut-être que cette méfiance envers Internet traduit l'imprécision du terme «information». Car lorsqu'on demande aux gens quel média ils utilisent pour s'informer, qu'entend-on exactement par information? Prendre les nouvelles du jour sur le site de Radio-Canada, du Devoir ou Cyberpresse, ou consulter les sites de potins ou certains blogues douteux pour savoir si Paris Hilton... ou un joueur du Canadien ont été vus complètement saouls?

D'autres sondages ont déjà démontré que les sites d'information les plus consultés par les internautes sont, dans leur grande majorité, des sites de médias reconnus qui existaient avant dans le monde «traditionnel».

La semaine dernière, la firme Nielsen Online publiait la liste des sites d'information les plus fréquentés aux États-Unis en janvier. Les dix premiers sont presque tous liés à de grandes entreprises qui existaient déjà, comme CNN ou le New York Times.

On trouve dans le «top ten» trois entreprises purement Internet, soit Yahoo News, AOL News et Google News. Mais à partir de quel matériau ces entreprises fabriquent-elles leurs sites de nouvelles? À partir des agences de presse et des grands groupes de presse avec qui elles signent une entente.

On remarquera que, sur cette immense Toile où l'on s'informe de plus en plus, ce sont les agences qui fournissent la grosse part du contenu, et leur rôle est également en transformation.

La semaine dernière, un article de The Economist démontrait bien la pression actuelle sur les grandes agences.

D'un côté, elles font face à des pertes de revenus parce que des journaux en crise financière diminuent leurs abonnements. Il y a 20 ans, les journaux imprimés représentaient 55 % des revenus d'Associated Press (AP). L'année dernière, ils ont représenté 25 % de ses revenus.

Mais, de l'autre côté, les sites Internet sont littéralement affamés de contenus que, souvent, seules les agences peuvent fournir.

Les agences revoient donc leurs stratégies et tentent de développer de nouveaux services pour compenser le manque à gagner des journaux. Des entreprises comme Reuters et Bloomberg fournissent de plus en plus du contenu exclusif aux sites Internet. CNN vient d'annoncer qu'elle entend créer bientôt CNN Wire, une nouvelle agence qui veut concurrencer AP en offrant ses services aux journaux à un coût moindre qu'AP.

Au Canada, La Presse canadienne est également sous pression, alors que des entreprises comme CanWest s'organisent de plus en plus pour créer leur propre agence qui fournit l'information à tous les médias du groupe.

On peut facilement prédire la naissance de nouvelles entreprises spécialisées dans la livraison de contenus d'information. D'ailleurs, TQS le fait déjà, en faisant produire ses petits bulletins de nouvelles du week-end par une petite entreprise d'information privée.

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pcauchon@ledevoir.com

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