Il m'agace à la fin! (Et au début aussi...)

Ça va, l'amour? Je veux dire, vous êtes encore ensemble et vous avez survécu à la Saint-Valentin? J'en connais qui en profitent pour se larguer plutôt que d'avoir à se mentir d'amour ou à trouver un cadeau original. Tiens, tu persistes à installer le rouleau de papier de toilette du mauvais côté, ça fait cent fois que je te le répète. Tu m'é-ner-ves! C'est ter-mi-né entre nous!

Moi, je ne prends plus de risque, je quitte le gars avant de l'avoir rencontré. Tout le monde se fait moins mal. Et le mâle en question devrait m'envoyer des fleurs pour me remercier. Je trouve une raison idiote, je l'amplifie au maximum et je me barre!

Le dernier en date? Il l'a échappé belle et il ne s'en doute même pas: «Artiste professionnel, sportif, mi-intello, aime imprévu, désire jolie femme 30-45 ans, athlétique, élégante, cultivée, intelligente, ayant classe, esprit et affinités.»

«C'est tout toi, m'a dit ma mère (savez comme elles sont!) Et pour la partie imprévue, il va être servi! Never a dull moment! Appelle-le donc!» J'ai appelé pour faire plaisir à ma génitrice et pour entendre le message de Valentin avec un accent limite Sorbonne à 2,29 $ la minute.

Il m'a agacée, mais agacée!

Il la veut cul-ti-vée. Moi, c'est ma confiture fraises-rhubarbe que j'étale mais je cultive très bien le silence, les amitiés clémentes et le thym citronné sur mon balcon l'été.

Il la désire un peu hors norme (mais pas trop non plus, juste assez décorative) et surtout pas embrigadée dans le matérialisme (qu'elle aille magasiner chez IKEA en cachette). Il la convoite sans enfant ou alors elle a arrêté l'allaitement avant le diplôme universitaire dudit marmot. Il la souhaite bonne comme du pain de fesse, capable de défendre ses opinions, un peu triste les jours de grisaille, une position un rien esthétique qui le ferait rêver devant son pinceau. Violon d'Ingres, ça vous dit quelque chose?

Il l'aimerait amicale, horizontale le reste du temps et bien dans sa peau s'il en reste aussi (la peau, de l'horizon, que sais-je?). Il la fantasme autonome, cela va de soi, parce que les psycho-gouines font d'excellents thrillers (revoir Glenn Close dans Fatal Attraction) mais sont pénibles à vivre entre les scènes de baise. Quand on sera taxés pour l'oxygène qu'on respire, faudra les facturer en double parce qu'elles nous pompent l'air.

En passant, mi-intello, c'est la partie du haut ou du bas? Et mi-sportif, j'espère que c'est l'autre parce que, sinon, l'équilibre est en jeu. Je me pose trop de questions, je sais. Et je sais qu'on ne sait jamais... Gabin, je crois. Je viens de passer avec succès le test «chansons pour vieux croûtons». C'est dans mes gènes, Eugène, j'y suis pour rien. Et toi non plus.

La fin des illusions

La psy Rose-Marie Charest a raison. Parenthèse: j'aime cette femme, elle est pleine de bon sens et vous fait réaliser que vous pourriez vous débrouiller sans psy si vous preniez le temps de réfléchir et/ou de changer. Rose-Marie dit qu'un nouveau mal frappe les hommes et les femmes du Québec: l'irritabilité. Nous serions devenus tellement stressés, tellement bombardés d'informations que plus rien ne passe, une goutte fait déborder le vase. Les attentes sont aussi énormes que les ego et le seuil de tolérance aussi bas que l'aiguille d'un thermomètre en février, tant dans notre vie professionnelle que personnelle.

Des couples se brisent pour un film de buée sur le miroir de la salle de bain, à cause de l'utilisation compulsive du Blackberry (z'ont raison!), pour le style parental trop ou pas assez de (les enfants des autres, ouf!), pour la soupe qu'on sape, pour ceci ou cela.

Le sociologue français Jean-Claude Kaufmann a écrit dans Agacements - Les petites guerres du couple que la vie à deux, c'est l'art du compromis. Si j'ai bien compris, c'est un art qui se perd et pas seulement au Québec. Kaufmann a complété toute une étude en France sur ces agacements bien partagés qui polarisent notre attention dans le quotidien. «L'agacement nous offre une occasion inespérée de nous décentrer et de plonger de façon inédite dans les profondeurs culturelles de la personne», constate le pop-sociologue.

Qu'on parle du célèbre bouchon du tube de dentifrice, de la lunette de bol de toilette, des miettes sur le comptoir, des journaux à la traîne ou de l'assiette léchée façon Fido, les agacements sont nombreux et les écueils, inévitables.

Sans compter tous les petits drames de type lèse-économie ou lèse-écologie qui peuvent alimenter le moulin des lamentations.

Tu ne peux pas savoir comme...

À bout d'arguments rationnels pour se cantonner dans ses positions, on rumine jusqu'à ce que l'un des deux cède, oublie ou pardonne. La guerre de tranchées donne envie de relouer Un Long Dimanche de fiançailles, de Jean-Pierre Jeunet.

Aussi bien vous faire une raison, votre partenaire sera toujours un étranger, porteur d'une culture et d'une histoire qui ne sont pas les vôtres. «Les différences sont ordinairement oubliées, refoulées par la simple familiarité qui s'installe, ou, mieux, par l'attirance et le désir», écrit Kaufmann, pour qui «la fusion complice crée l'illusion de la compréhension intime». En fait, l'agacement est synonyme de péril en la demeure lorsqu'il cristallise la troisième phase du couple, après l'extase initiale et la stabilisation qui s'ensuit.

Et n'allez pas croire que c'est plus facile si vous faites adresses civiques séparées pour gommer les sources de friction de la vie à deux. «Hélas, cela ne suffit pas toujours. L'agacement se transfère avec une fluidité détestable sur de nouveaux objets, trouvant toujours à se fixer sur une quelconque différence. Sans compter que vivre chacun chez soi peut accentuer ces dernières», constate Kaufmann. On ne s'en tire pas.

Ça me rappelle cette remarque qu'Armand Vaillancourt m'a glissée dans l'oreille lors d'une récente soirée mondaine: «Les humains... on les aime pis on les haït!»

On ne peut pas vivre avec, on ne peut pas vivre sans, mais comme disait feu mon père: «Trouve z'en donc un avec deux ou trois défauts, il pourrait avoir 56 qualités.»

Dis, papa? «Limite Sorbonne», c'est un défaut ou une qualité?

cherejoblo@ledevoir.com

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«Dans de rares cas, il arrive que la rupture s'explique autrement que par le nom d'une maladie mentale.» — Nadine Bismuth, Êtes-vous mariée à un psychopathe?

Lady Ascot à Winston Churchill: — Si j'étais votre femme, je mettrais de l'arsenic dans votre thé.

Et Churchill de répondre: — Si j'étais votre mari, je le boirais.

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Visionné: le film Into The Wild, écrit et réalisé par Sean Penn et prêté par un ami marin. Le grand fantasme du pied de nez à la consommation et de la survie dans la nature. Seul. Tu peux pas t'agacer seul, non? Ben oui, tu peux. Et le fugueur (une histoire vécue) instaure une routine dans sa vie d'expatrié en Alaska; il réussit à s'engueuler avec lui-même. On ne sait pas s'il finit par s'aimer davantage mais la civilisation, on y revient toujours, à de rares exceptions près.

Vu: la conférence théâtrale Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus avec le comédien Pierre Gendron. Contre toute attente, j'ai bien rigolé et j'ai suivi un cours complet sur les irritants qui propulsent Mars et Vénus en orbite. Et le mec assis à mes côtés, Jamil, riait bien fort lui aussi. Comme quoi y a encore des choses qu'on partage sans s'engueuler. Beaucoup de couples dans la salle et une véritable pédagogie au programme. Une thérapie efficace signée John Gray. En reprise du 4 au 19 mars à la 5e salle de la Place des arts.

Entamé: le livre de nouvelles de Nadine Bismuth, Êtes-vous mariée à un psychopathe?. Le titre est excellent, l'écriture limpide, pas encore assez tordue à mon goût, trop saine ou trop trentenaire, je n'arrive pas à dire. Sinon, le propos plaira parce que l'amour, c'est la grande obsession du moment avec les REER: «Au fond, qu'est-ce qu'on peut imaginer de pire que la vie de couple? Le célibat?», peut-on lire sur la quatrième de couverture. En effet, on demande souvent aux célibataires pourquoi ils sont seuls mais jamais aux couples pourquoi ils s'accrochent.

Retrouvé: mes amis marseillais sur leur nouveau CD, On se dit tout... Alcaz, c'est Vyvian Cayol et Jean-Yves Liévaux. Voilà un vrai couple dans la vie qui chante l'amour et ses agacements, les mime à merveille sur scène également. Vous pourrez les entendre lundi prochain au Verre Bouteille (avenue Mont-Royal) et le mercredi 25 au Rendez-vous du thé (rue Fleury). www.alcaz.net.

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Joblog - Gourmet Garden

Le logo a attiré mon attention dans le magazine Gourmet Garden. Puis j'ai lu: «Gourmet Garden propose des herbes et des épices en tube à conserver jusqu'à six mois au congélateur ou trois mois au réfrigérateur. Ni cuites ni séchées, elles ont gardé saveur et valeur nutritive.» Ouch! Ça fait un an et demi que le tube de coriandre «fraîche» est stationné sur mon comptoir de cuisine. La date de péremption? 14 février 2008!

Le produit (australien) en question était tout simplement infect à l'achat et goûtait tout sauf la coriandre. J'ai voulu tester sa longévité, vu tous les ingrédients bizarroïdes que j'ai découverts en sortant ma loupe.

Note du labo: à part une légère dégradation de la couleur — le vert s'est assombri —, rien n'a bougé, le tube n'a pas explosé et la texture visqueuse, de type bave d'escargot, reste la même. Le goût de dentifrice est toujours aussi rebutant et je ne sais pas quoi en faire, sinon peut-être le conserver comme répulsif pour les moustiques?

Note à moi-même: pourquoi je vis seule? Pour ne pas me faire demander chaque semaine pendant un an: «Chérie, le tube vert, là, c'est pour faire quoi?» Pour avoir raison, bon.

chatelaine.com/joblo
 
6 commentaires
  • Brun Bernard - Inscrit 20 février 2009 08 h 51

    Branchée...

    ...consommation tous azimuts à ce qu'on peut lire. Pas de honte à ce que la consommatrice écrive pour les consommateurs. Il y a des moments je me demandais de quel supermarché vous nous parliez. Vous avez une vision "conditionnée" du couple mais à propos de l'amour aucune. C'est ce qui différencie le consommateur de l'être humain. Comment sait-on que vous écrivez comme consomatrice? Par cette phrase symptomatique des consommateurs unis de la planète: "Le logo a attiré mon attention dans le magazine Gourmet Garden."

  • Jean Leveillee - Abonné 20 février 2009 09 h 10

    Je veux être le premier

    Un c'est bien, deux, c'est mieux.
    Mais à deux il y a, parfois, l'amour, le vrai.
    C'est un beau risque?

  • Diane Frezza - Inscrite 20 février 2009 10 h 28

    la vie de couple :

    La vie de couple c'est un peu comme la lecture de votre texte : mieux vaut en ignorer certains détails ...

  • Denis Thibault - Abonné 20 février 2009 10 h 32

    Se crisser patience!!!

    À-propos du tube là!

    Vous savez quoi, les couples qui durent, ils cultivent l'art de se crisser patience, surtout pour des détails qui n'en valent pas la peine!

    Ils n'agissent pas ainsi parce qu'ils l'ont appris dans les livres... mais parce qu'ils s'aiment. Et que l'amour est une chose trop précieuse pour passer son temps à l'égratigner de la sorte.

  • Fernande Trottier - Abonnée 21 février 2009 18 h 37

    se respecter...

    L'homme et la femme doivent avoir une vie de couple... une vie de femme pour elle et d'homme pour lui (à l'occasion) et une vie de famille si enfants il y a.. ne pas s'ergoter si la boîte de
    céréales est encore sur le comptoir.. en somme agir comme des adultes matures.. avec bcp d'humour ce qui dédramatise ou encore se vouvoyer, paraît-il que jamais on se chicane si on se dit "vous".. et que l'on s'aime..échange, complicité, communication, franchise et honnêteté font partie du plan..