Je t'aime moi non plus

Nadine Bismuth vient de faire paraître Êtes-vous mariée à un psychopathe?.
Photo: Jacques Grenier Nadine Bismuth vient de faire paraître Êtes-vous mariée à un psychopathe?.

Et vous, votre vie de couple, ça va? Ne vous en faites pas. «Ainsi donc les choses n'étaient pas parfaites, mais elles auraient pu être pires», comme l'écrit Nadine Bismuth dans Êtes-vous mariée à un psychopathe?

Couples à la dérive, chassés-croisés amoureux, incompréhension entre les sexes: dix ans après Les gens fidèles ne font pas les nouvelles, Prix des libraires du Québec et prix Adrienne-Choquette, l'auteure de 33 ans remet ça. Mais en plus cinglant.

Un air de parenté, ici, avec Margaret Atwood. Dans le ton, mais pas seulement. Dans la façon d'accrocher sur de petits détails, de faire surgir l'inattendu. Et de fouiller, au scalpel, les contradictions de tous et chacun. De chacune, surtout.

Sauf que Nadine Bismuth parle des filles de sa génération. Des couples trentenaires d'aujourd'hui, qui se font et se défont sur fond d'Internet, de téléphones cellulaires, de voyages dans le Sud, de ressourcements dans les spas.

Dix histoires. Dix situations pour la plupart pathétiques. Val-de-ri, val-de-ra: s'il s'agissait de chansons, ce pourrait être sur cet air-là. Le prince charmant n'existe pas? L'amour n'est que désillusion, désenchantement? Mieux vaut en rire qu'en pleurer, n'est-ce pas?

Après tout, il y a pire que d'être mal «matché». Il y a le célibat. Pour les filles, surtout: «Pourquoi sommes-nous seules? Est-ce à cause d'un conflit irrésolu avec notre père? D'un traumatisme vécu dans le ventre de notre mère? Si vous trouvez la réponse, de grâce, dites-le nous, car notre psy commence à nous coûter cher.»

Toutes les affres de la vie des femmes célibataires sont passées en revue dans la nouvelle Ça vous ennuie déjà?, qui ouvre le recueil. Ça va de la pitié qu'elles inspirent à la manie qu'elles auraient de tomber sur le mauvais gars.

Pas dupes pour autant, les filles: «Pourquoi pensez-vous qu'André était seul quand on l'a rencontré? Exactement: c'est un phobique [de l'engagement], un narcissique, un névrotique, un alcoolique ou un mélancolique, bref c'est un cas pathologique qui requiert des soins thérapeutiques, alors il est préférable qu'on s'en éloigne tout de suite avant de trop s'attacher, non?»

Ça pourrait ressembler à un plaidoyer: «Vous pensez que parce qu'on est seules on ne peut pas avoir le privilège de choisir?» On pourrait aussi parler d'un acte d'accusation envers les préjugés sociaux: «Vous croyez presque qu'on mérite de finir seules, que ce n'est pas pour rien que notre vie est une telle galère.»

Toujours est-il que la question demeure: «Auriez-vous un homme à nous présenter?» Fin de la première nouvelle. Ça vous donne une idée du ton, de la manière.

Délirante, Nadine Bismuth. Et ses dialogues sont un régal en soi. Piquants à souhait. Absurdes, tellement absurdes par moments, qu'on se croirait dans La P'tite Vie. Du genre, une mère et sa fille qui discutent du refus de l'engagement des gars dans le couple. La mère: «On ne peut pas passer sa vie parqué en double, tôt ou tard, il faut descendre de sa bagnole et mettre de l'argent dans le parcomètre!» La fille: «J'essaie de comprendre cette image — suis-je le parcomètre? —, mais c'est au-dessus de mes forces.»

Cette nouvelle-là, intitulée Risque sentimental, commence ainsi: «Louis suggère de m'escorter chez le dentiste sans même que je lui en fasse la demande. Ça m'excite. Mon ex Richard rechignait à m'accompagner à l'épicerie. Mais je ne veux pas les comparer.»

C'est l'histoire d'une fille, une trentenaire, qui a toujours besoin d'être rassurée. Et qui a tendance à bousiller son couple par insécurité. Il y a aussi le type «dépendante affective», qui s'efface derrière son chum, se fait traiter par sa copine de «sous-clone de Carla Bruni».

Belle panoplie, n'est-ce pas? Il y a celles qui espionnent les courriels de leur homme, et qui comptent les condoms restants dans la boîte. Celles, aussi, qui se méfient des gars qui «tripent» sur Bukowski: «C'est toujours un bipolaire crotté aux cheveux gras.»

Pour celles-là, de toute façon, «les hommes sont tous des couillons». Ce qui ne les empêche pas, «parées de leurs plus beaux atours», d'aller flirter dans les bars le samedi soir, «dans l'espoir d'en rencontrer un qui les fasse changer d'idée».

Pas question de toutes les passer en revue. Mais sachez que la plupart des filles en couple qu'on voit défiler ici doivent conjuguer avec l'infidélité, le mensonge, la tromperie de celui qui partage leur vie. Ce qui ne veut pas dire qu'elles ne sautent pas la clôture elles non plus de temps en temps...

Un conseil, en passant. Pour celles qui viennent d'être larguées et ne s'en remettent pas: «Il paraît qu'il faut remonter sur le cheval tout de suite après en être tombé.»

Les gars souffrent aussi, n'en doutez pas. Pas autant que dans les romans de gars, mais quand même. Il y en a un pour dire ceci: «Je réfléchis: l'amour fait mal, l'amour rend fou, et puis, au bout du compte, il déçoit. J'ai le casting pour faire le Je dans une chanson triste.»

Au final, Êtes-vous mariée à un psychopathe? est vraiment rafraîchissant. Un livre de filles, dites-vous? Peut-être. Autant qu'Un petit pas pour l'homme de Stéphane Dompierre était un livre de gars. Mais que plusieurs filles ont lu... en riant jaune.

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Collaboratrice du Devoir

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