Du pur, du vrai Aki Shimazaki

Aki Shimazaki
Photo: Jacques Grenier Aki Shimazaki

Elle est finaliste au Prix des libraires du Québec pour son septième roman, Zakuro. Les honneurs littéraires, Aki Shimazaki connaît: prix Ringuet de l'Académie des lettres du Québec il y a huit ans, prix du Gouverneur général du Canada en 2005.

Il faut dire que les romans qu'écrit cette Japonaise dans la cinquantaine, arrivée au Canada en 1981 et établie à Montréal depuis 18 ans, sont des pièces d'orfèvrerie. La qualité ne se dément pas au fil des ans.

Reconnaissable entre tous, le style minimaliste d'Aki Shimazaki. De petites phrases courtes, épurées. Une puissance d'évocation qui agit sans se faire remarquer. Une froideur apparente, une cruauté trompeuse.

Puis, la tendresse émane de petits gestes, tout à coup. L'émotion surgit sans s'annoncer, sur le bout des pieds. Derrière cette écriture remarquablement sobre, compacte, contrôlée, on le sent, un volcan couve.

Toujours, le Japon. Ses traditions, sa hiérarchie, ses tabous. Avec, en arrière-plan, le contexte politique, la guerre. Toujours, la mort, le deuil. Et l'adultère, les secrets, les tromperies... Toujours tragiques, les histoires d'Aki Shimazaki.

Autre particularité: les recoupements d'un roman à l'autre, entre les différents personnages. C'était le cas pour sa première série de romans, cinq en tout, où de livre en livre on revisitait la même histoire par des biais différents. Tout en découvrant à chaque fois des aspects nouveaux.

En 2006, la romancière amorçait un nouveau cycle romanesque. Zakuro en est le deuxième opus. On découvrira au passage que le narrateur est lié par la bande avec le héros du roman précédent. Sans plus. Pas de quoi s'empêcher de plonger de ce pas dans Zakuro si on n'a pas lu le premier de la série.

«Nous sommes dimanche. Il fait beau. Dans le jardin, les chrysanthèmes sont en pleine floraison.» C'est le début du roman. Voyez, c'est tout simple.

Celui qui parle s'appelle Tsuyoshi Toda. Il travaille dans une grande entreprise japonaise qui a des ramifications à l'étranger et où le pouvoir hiérarchique est féroce. Nous sommes dans le Japon des années 1970.

Mais l'histoire évoquée, qui poursuit le narrateur aujourd'hui, remonte à la Deuxième Guerre mondiale. Son père, déporté en Sibérie en 1945, a disparu depuis.

Le fils a fini par se faire une raison: plus de traces, aucun signe, celui qu'il admirait tant dans sa jeunesse et dont il a tant appris est bel et bien mort. Mais la mère, elle, continue d'espérer le retour de son mari.

La vieille a beau être atteinte de démence depuis quelques années, divaguer à coeur de journée le regard hagard, mêler le présent et le passé, si c'était elle qui avait raison?

Petit à petit, les pistes vont se multiplier. Nous irons de mystère en mystère. De drame en drame. Passant de la petite à la grande histoire. Jusqu'au dénouement final. Implacable.

Nous restera en mémoire cette scène où une vieille dame, impeccablement coiffée et toute de blanc vêtue, un zakuro (fruit du grenadier) dans les mains, attend son homme. Sublime. Pas un mot de trop. Tout est là.

À qui n'a jamais lu Aki Shimazaki, je dirais ceci: commencez par Zakuro. Ou même par le précédent, Mitsuba. Ou par n'importe lequel de ses romans. Mais lisez-la, ne passez pas à côté. Ça ne ressemble à rien, vous verrez. À rien d'autre qu'à du Aki Shimazaki.

Bien sûr, on pourrait ergoter à propos de ses influences littéraires, trouver des parentés avec d'autres écrivains japonais. Mais elle, elle écrit directement en français.

«Le français m'a apporté la clarté et la précision, ce qui est à l'opposé de la mentalité japonaise», déclarait récemment l'écrivaine, dans les pages du Figaro littéraire.

En recevant le prix du Gouverneur général pour Horatu, il y a quelques années, elle racontait ceci: «Comme j'ai commencé à écrire en même temps que j'ai commencé à apprendre le français, c'était très difficile. J'avais constamment la tête dans le dictionnaire. Mon ami me disait que mon roman serait un collage du dictionnaire. Et maintenant, écrire des romans en français, c'est ma passion.»

Au fait, on saura le 11 mai prochain qui, de Catherine Mavrikakis, Dominique Fortier, Michel Vézina, Véronique Marcotte et... Aki Shimazaki, obtiendra le Prix des libraires du Québec. À suivre!

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Collaboratrice du Devoir

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Zakuro

Aki Shimazaki

Leméac/Actes Sud

Montréal, 2008, 152 pages