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Casse-toi, pauv'con

Nicolas Sarkozy devait être bien irrité après son passage éclair au Sommet francophone de voir ses subordonnés tenter d'atténuer les propos pourtant très clairs qu'il avait tenus à l'issue de son tête-à-tête avec Stephen Harper à la Citadelle de Québec.

Selon le secrétaire d'État à la Francophonie et aux Affaires européennes dans le gouvernement Fillon, Alain Joyandet, un brin condescendant, cette «petite polémique» était simplement le fruit d'une «animation journalistique» typiquement québécoise.

Comment pouvait-on s'intéresser à ces peccadilles au moment où le président de la République, qui avait eu la bonté de s'arrêter à Québec malgré une situation économique alarmante, s'affairait à rien de moins qu'à «refonder le capitalisme»?

Pas question que M. Sarkozy laisse l'impression qu'il pouvait hésiter à dire le fond de sa pensée! Qu'il s'agisse d'un chat ou de la «racaille», il faut bien appeler les choses par leur nom.

C'est bien connu, le président français a horreur des importuns. Puisque le Québec ne semblait pas vouloir comprendre que le Canada était sa nouvelle flamme, il a décidé de lui expliquer les choses à sa façon: «Casse-toi pauv' con».

Le plus remarquable n'était pas sa diatribe contre les souverainistes québécois, mais plutôt le malaise que cela a provoqué chez le premier ministre Charest, qui conservera un souvenir doux-amer du jour où il a été décoré de la Légion d'honneur.

Dans son acharnement à casser du séparatiste, M. Sarkozy ne s'est peut-être pas rendu compte de l'embarras dans lequel il plongeait son invité. Ou encore, cela lui était totalement indifférent.

Ce qui aurait dû être un moment d'intense satisfaction pour M. Charest demeurera un souvenir doux-amer. Il ne pourra jamais regarder sa médaille de la Légion d'honneur sans penser que le président de la France a profité de l'occasion pour insulter la moitié des Québécois.

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Bien entendu, M. Sarkozy a parfaitement le droit d'être opposé à la souveraineté et de le dire. On s'attend néanmoins du chef d'un État membre du G8 qu'il sache minimalement de quoi il parle.

M. Charest ne pouvait pas dénoncer l'«ignorance crasse» du président, comme l'a fait Gilles Duceppe, mais les allusions de M. Sarkozy au «sectarisme» et à «l'enfermement sur soi-même» l'ont visiblement gêné.

Même Bob Rae, qui ne peut pas être soupçonné de sympathie excessive pour le nationalisme québécois, a constaté que le président français avait «beaucoup d'opinions sur beaucoup de sujets». Autrement dit, qu'il parle souvent à travers son chapeau.

Il est vrai que M. Sarkozy ne semble pas connaître le Canada mieux qu'il ne connaît le Québec. Quand il déplore «cette obligation de définir son identité par opposition féroce à l'autre», il décrit parfaitement le problème identitaire du Canada anglais face aux États-Unis.

Le mot «détestation», également utilisé par le président, aurait pu s'appliquer à cette députée libérale, Carolyn Parrish, qui avait été expulsée du caucus de son parti après avoir qualifié publiquement les Américains de «salauds» et participé à un sketch télévisé dans lequel elle piétinait une poupée représentant George W. Bush.

Cela dit, on peut très comprendre que le «modèle québécois» ne corresponde pas à celui dont rêve le président. Même les parachutes dorés dont on se scandalise ici semblent minables par rapport à ceux qu'on accorde aux dirigeants d'entreprises françaises qui les mènent au bord de la faillite.

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M. Charest a sans doute raison de dire que, dans l'hypothèse où il y aurait un autre référendum et que le Oui l'emportait, la France reviendrait à sa position traditionnelle et «accompagnerait» le Québec dans la voie qu'il choisirait. Même M. Sarkozy pourrait difficilement ignorer le mouvement de sympathie que cela provoquerait dans l'opinion française.

De toute manière, si jamais il y a un autre référendum un jour, M. Sarkozy sera probablement à la retraite, même s'il a droit à un deuxième quinquennat. En attendant, la nouvelle politique française ne peut que nuire au Québec, même s'il demeure une province canadienne, surtout s'il demeure une province canadienne.

Le président ne semble pas mesurer — Paul Desmarais a dû omettre de lui expliquer — les difficultés qu'un gouvernement, même aussi fédéraliste que celui de M. Charest, éprouve à préserver le rapport de forces du Québec au sein de la fédération.

Dans les années 1960, les gouvernements qui se sont tournés vers la France n'étaient pas souverainistes. Ils cherchaient simplement l'oxygène dont une société française aussi isolée en Amérique du Nord avait un besoin vital. Il faut certainement se réjouir du resserrement des liens économiques avec la France, mais il ne rend pas son appui politique moins nécessaire.

Égal à lui-même, le maire de Québec, Régis Labeaume, a applaudi «l'honnêteté et la transparence» de M. Sarkozy. Puisqu'il est de passage à Paris, M. Labeaume pourrait en profiter pour l'inviter à présider la commémoration de la défaite des plaines d'Abraham. Il goûterait certainement le spectacle.

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mdavid@ledevoir.com
13 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 5 février 2009 03 h 54

    Derrière les propos de Sarkozy

    Derrière les propos de Nicolas Sarkozy, il faut voir par transparence les idées fixes et préconçues de Paul Desmarais. Si le reste n'apparaît pas d'un grande importance pour le président français, c'est que justement, le reste n'importe pas pour son patron. Un homme riche n'a de compte à rendre à personne et l'élu français, lui, ne rendra des comptes aux siens que dans trois ans. D'ici-là, je l'espère, des politiciens d'opposition, et peut-être même de son propre camp, comprendront l'importance pour la démocratie française de s'inscrire publiquement en faux contre leur président et auront le courage de le faire.

  • Michel Pasquier - Abonné 5 février 2009 09 h 23

    Le petit coq Gaulois

    Que ce que petit coq Gaulois s'occupe d'abord de mettre de l'ordre dans sa basse-cour et ses concitoyens en seront bien aise; un autre bel exemple d'un autre politicien qui n'est que la voix de son maître.Se surprendra t-on qu'Angela Merkel regarde des films de Louis de Funès pour tenter de comprendre le clown Sarkozy?
    Quant à ceux, ici, qui sont déçus que la France ne les accompagne pas dans leur rêve ils devraient réaliser que la majorité des Québecois, justement, ne les accompagne pas non plus. On ne peut pas toujours manger à deux rateliers en même temps, voulant le meilleur de deux mondes et faisant un petit chantage de temps à autre.

  • - Abonnée 5 février 2009 09 h 52

    Pas certain que Jean Charest ait compris quelque chose

    Que peut valoir une légion d'honneur présentée par un tel homme. Peu de valeur à mon avis surtout quand cette décoration fut donnée à son grand ami le franco ontarien Paul Desmarais pour conseils avenus et bien agréés du «comment gagner le pouvoir».

    De toute évidence Jean Charest est à son dernier mandat qui peut être écourté advenant quelques départs au Parti Libéral. Depuis son passage à l'Université de Sherbrooke, Monsieur Charest n'a jamais fait autre chose que de la politique canadienne.

    Il est encore relativement jeune et à n'en pas douter il lorgne la chefferie du Parti Conservateur du coté fédéral. Venant du Québec il a très peu, sinon aucune, chance de gagner la confiance des Canadians. Mais à l'exemple du désistement de Bob Rae au PLC il se dit sûrement que dans le pire des cas, il aura des chances d'obtenir un poste de ministre dans un gouvernement conservateur canadien.

    Voilà pourquoi Monsieur Charest n'a pas et n'aura jamais les intérêts du Québec dans sa mire. Voilà pourquoi Monsieur Charest souriait d'une manière niaise, comme s'il ne comprenait pas que Sarkozy se moquait aussi de lui à travers nous et voilà pourquoi Monsieur Jean Charest est aujourd'hui en Belgique faisant les avantages du Canada en matière d'échanges commerciaux.

    Jeanne M. Rodrigue

  • Steve Fortin - Inscrit 5 février 2009 11 h 06

    Régis Labeaume fait honte à tous les Québécois

    Sympathisan souverainiste un jour, fan fini des mécènes de Patrimoine Canada le lendemain quand il s'agit du 400e ou de la fête comémorant la défaite française de la Bataille des Plaines, le maire de Québec fait l'abjecte démonstration de ce que peut être le colonialisme québécois érigé en politicien de seconde classe. Parfait, semble-t-il, pour les amateurs typiques de la radio-poubelle, du 93,3 et ses concours rétrogrades, et tout ces X frustrés qui en ont contre tout, qui voient du Plateau et du séparatisssssses syndicaleux partout...

    Ce politicien de peu d'envergure fait honte à tous les Québécois et il est à souhaiter que ce type cesse de nous représenter sur toute autre scène que le parvis de sa mairie paroissiale...

    Quant à Sarko, il aura fort à faire pour convaincre les français, moins dupes semble-t-il, qui le désaprouvent à plus de 60 %, au cours de sa longue diatribe télévisée de ce soir, se comparerait-il à Chavez?, et quelqu'un devrait lui dire que plutôt que de se faire le porte panier de Desmarais, ce franco-ontarien en croisade, le président français devrait s'occuoper à sauver sa présidence.

  • Jacques Lafond - Inscrit 5 février 2009 12 h 18

    Desmarais le maître

    Je savais qu'il avait les tentacules longues ce Paul Desmarais, mais ce n'était que la pointe de l'iceberg. Je savais qu'il avait dans sa poche: le PLC, Harper, Charest, Lebeaume, etc. mais je ne savais pas pour Sarkozy et la France. Ce n'est pas rien cette affaire.

    Jean Charest est 100% d'accord avec toute cette affaire, mais il ne peux pas le montrer. Il n'y a pas plus Canada Boy que John Charest, mais politiquement il est obligé de jouer le jeux du nationalisme québécois. Quelle farce ...

    N'oublions pas que John Charest vient de nommer Kathleen Weil comme ministre de la justice du Québec. Cette femme est une fanatique anti protection de la langue française. Elle a combattue pendant plusieurs années la loi 101, et participé a trouer la loi 101 au point de la rendre méconnaissable. Elle est aujourd'hui rien de moins que Ministre de la justice du Québec !!!

    C'est jean Charest qui l'a nommé là ...