Inquiet malgré des investissements dans les obligations de grande qualité

Je lis régulièrement votre chronique dans Le Devoir, qui m'a été à plusieurs reprises utile, et je profite de l'occasion pour vous remercier de vos efforts de vulgarisation. Je dois aussi avouer que je ne suis pas un de vos «disciples» dans le sens où, pour mes investissements, je me limite à des fonds communs de placement (en troquant plus de simplicité pour moins de rendement).

Dans la partie «revenus fixes» de mon portefeuille REER, je détiens deux Fonds d'obligations TD et deux Fonds indiciels d'obligations iShares. Comme vous le savez, les fonds indiciels iShares ont des frais de gestion nettement inférieurs et offrent par conséquent un rendement supérieur.

Vous savez probablement aussi que les fonds IShares sont gérés par la banque multinationale Barclays. Aujourd'hui que des géants tels Citigroup ou UBS sont en faillite ou presque, jusqu'à quel point peut-on dormir tranquille en confiant ses investissements à une banque comme Barclays?

Un ami me conseillait cette semaine de ne pas mettre tous mes oeufs dans le même panier... Avez-vous une opinion sur cette question?

Toutefois, à bien y penser, ma question est peut-être naïve: qui peut en effet prédire, même un pro de la planification financière, si nos «oeufs» dans Barclays ne feront pas un jour une omelette?

En vous remerciant de votre attention,

L. B.

Montréal

Curieux tout de même. Vous prenez soin d'investir dans ce qui est supposément des obligations de très grande qualité (donc à faible risque) et, malgré tout, vous ne dormez pas tranquille. Pourquoi? Parce que, plutôt que d'acheter directement des obligations émises par l'un ou l'autre de nos gouvernements (fédéral, provinciaux et municipaux), vous avez préféré le faire par le truchement d'un intermédiaire.

Cet intermédiaire est la banque anglaise Barclays. C'est ainsi que vous avez acheté les iUnits composés d'obligations et créés par Barclays. Pour la simplicité, quoi. Et, peut-être, pour éviter des frais de transactions ou d'administration trop élevés. Le hic: ces iUnits ont été créés par la banque Barclays, qui voit à la bonne gestion de leurs portefeuilles sous-jacents. La composition de ces portefeuilles épouse celle d'un indice obligataire comme, par exemple, celui de Scotia Capital au Canada.

Dans les faits, le portefeuille lui-même est de bonne qualité et ne pose pas en soi de problèmes. Mais qu'advient-il si la banque Barclays fait faillite ou est nationalisée? Les rumeurs vont bon train que le gouvernement anglais n'aura d'autres options que de nationaliser certaines des grandes banques du pays.

Lorsque vous détenez directement des obligations négociables du Canada, vous n'avez pas à vous inquiéter de l'éventualité d'une faillite. Mais si vous détenez ces mêmes obligations par le truchement d'un intermédiaire, comme c'est le cas ici, là le sort financier dudit intermédiaire (Barclays) peut préoccuper.

Cela dit, devez-vous craindre de perdre votre placement? Non. Les fiducies dans lesquelles sont inscrites les obligations sont de qualité. Ces dernières sont la propriété de la fiducie et non celle de la banque Barclays. Cette dernière ne fait que gérer les portefeuilles sous-jacents en bon fiduciaire. Advenant la faillite de Barclays, une autre firme concurrente prendra la relève au chapitre de la gestion. Ou ce sera le gouvernement anglais qui le fera, advenant que la banque soit nationalisée.

Donc, il n'y a rien à craindre quant aux risques de perdre votre placement. Sauf s'il y a malversation. C'est-à-dire que la banque retire frauduleusement les sommes des portefeuilles, ce qui, dans le cas d'une très grande banque comme Barclays, est improbable.

Superior Plus: un fonds de revenus qui a su s'adapter aux nouvelles règles fiscales de 2011

Superior Plus étant devenu le 31 décembre 2008 une entreprise plutôt qu'une société de fiducie, les unités détenues jusqu'à ce jour ont été remplacées par des actions, avec un symbole différent.

Est-ce à dire qu'il faut tenir compte du gain ou de la perte en capital découlant de cette transformation, comme si on avait vendu les unités pour acheter des actions?

P. D.

Curieusement, les investisseurs semblent s'être totalement désintéressés des unités des sociétés de fiducie. Il y a eu bien entendu le virage-surprise à l'automne 2006 de Jim Flaherty, notre ministre des Finances fédéral. Ce dernier a accouché de nouvelles règles fiscales stipulant qu'à partir de 2011, les sociétés de fiducie devront s'acquitter de leur impôt au même titre que les autres entreprises. Un nouveau traitement fiscal qui implique que, toute chose étant par ailleurs égale, les distributions faites aux sociétaires seront à terme réduites puisque, avant d'effectuer celles-ci, la société de fiducie (ou fonds de revenus) devra payer ses impôts, chose dont elle est présentement exemptée.

Sauf que toute chose n'est pas par ailleurs nécessairement égale. C'est ainsi que, depuis l'annonce des nouvelles règles, le taux d'imposition des entreprises a diminué, et il en sera ainsi jusqu'en 2012. L'impact des nouvelles règles sur les distributions s'en trouvera donc amoindri.

Plusieurs fiducies disposent également d'un marché potentiel suffisamment dynamique pour accroître régulièrement leurs distributions au fil des ans. Si bien que ces distributions, une fois converties en dividendes, seront en 2011 aussi élevées, sinon plus élevées, que celles prévalant avant l'annonce des nouvelles règles en 2006.

D'autres sociétés de fiducie (ou fonds de revenus) réclament bon an mal an des dépenses d'amortissement importantes, ce qui atténuera également l'impact des nouvelles règles sur les distributions potentielles aux sociétaires.

Enfin, certaines sociétés de fiducie disposent d'un bilan et de flux de trésorerie suffisamment solides pour agir pro-activement à l'application prochaine des nouvelles règles. Superior Plus est l'une d'elles. Ses dirigeants ont conclu il y a quelques mois l'achat des pertes fiscales déductibles accumulées par la firme Ballard Power. Pour une considération de 50 millions de dollars environ, Superior Plus a mis la main sur des pertes cumulées de plus de 800 millions. Résultat: les profits de l'entreprise seront exempts d'impôt pour au moins une décennie. À la suite de cet achat, Superior Plus a troqué à la fin de décembre son statut de fonds de revenus pour celui d'entreprise. Ce faisant, les unités des sociétaires ont été échangées chacune contre une nouvelle action qui s'échange sur le parquet du TSX sous le symbole SPB.

Et, ici, pour répondre à la question de P. D., cet échange est considéré aux yeux du fisc comme un simple roulement des unités vers les actions de Superior Plus. Ce roulement n'implique pas le déclenchement des gains ou pertes en capital, et ce, aussi longtemps que P. D. conservera ses actions.

Le montant de la distribution demeure inchangé à 1,62 $ par année, sauf qu'il sera traité désormais comme un dividende et non comme un revenu d'entreprise. Ce dividende donne droit aux crédits d'impôt prévus pour ce type de revenu au fédéral et au provincial. Conséquence: l'action de Superior Plus est l'une des rares au pays à accorder un dividende versé mensuellement. De surcroît, vu le désintéressement des investisseurs, l'action s'échange sur la base d'un taux de dividende annuel de 13,2 %.

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