Les taux se resserrent

Une baisse de tension est mesurable sur le marché du crédit. Cet apaisement permet aux différents taux exigés sur les prêts à la consommation de se resserrer autour des taux hypothécaires. Ces derniers ont particulièrement bien réagi à l'assouplissement monétaire généralisé et à l'aide gouvernementale sous forme de rachats de crédits immobiliers auprès des banques. D'autres baisses de taux sont à prévoir d'ici le printemps. Elles seront toutefois plus modestes et devraient se concentrer sur le coût des prêts influencé par le taux préférentiel.

La conjoncture économique étant, les taux d'intérêt de détail sont appelés à demeurer très bas en 2009. L'on parle ici des taux affichés, alors que ceux réellement consentis demeureront influencés par la frilosité des banques, dont la prudence vient restreindre l'accès au crédit. Un planificateur financier disait récemment que même les clients individuels à revenu plus élevé qui se voyaient offrir auparavant une marge de crédit au «taux préférentiel moins» doivent aujourd'hui verser du «taux préférentiel plus». Faible consolation, le taux préférentiel a baissé de 175 points depuis septembre.

Outre le risque inhérent à la détérioration du climat économique, cette distorsion n'est pas sans traduire un coût du financement plus élevé pour les banques. À son tour, ce coût était influencé par ce manque de confiance qui paralysait le marché des prêts interbancaires. Ici, un certain retour à la normale est observé, sous le coup de stimulants monétaires extraordinaires. Julie Caron, gestionnaire de fonds à l'Industrielle Alliance, est revenue à cet écart entre le LIBOR (London Interbank Offered Rate) et le taux sur les bons du Trésor américain à trois mois, le «Ted Spread». «Cet écart, qui mesure le risque de panique du système financier, avait explosé à la mi-septembre, après l'annonce de la faillite de Lehman Brothers. Il est maintenant revenu à un niveau comparable à la période pré-Lehman.»

Les taux hypothécaires ont donné le ton depuis septembre, avec un recul de 140 points pour le terme de cinq ans et de 125 pour celui d'un an. Ce segment n'a pas été sans bénéficier des mesures gouvernementales visant l'injection de liquidités sous forme de rachat des prêts hypothécaires. Avec les dernières mesures du budget fédéral, le programme de rachats a été porté à 125 milliards. Il a pour résultat d'annuler l'effet des primes que les institutions financières exigeaient pour couvrir l'augmentation de leurs coûts de financement.

Ces déséquilibres entre les politiques de taux sur les crédits à la consommation et hypothécaire ont engendré un mouvement de consolidation par la transformation des dettes à la consommation, plus onéreuses, en crédit hypothécaire, plus abordable. Ce mouvement avait été observé aux États-Unis lors des années fastes de l'immobilier, nombre de ménages mettant à contribution la plus-value immobilière pour faire de leur propriété en guichet automatique.

Nous n'en sommes plus là. D'autant que la bulle immobilière est derrière nous. Selon les conclusions d'un sondage publiées par Canadian Press la semaine dernière, ces opérations de refinancement se traduisent par une hypothèque accrue dans 20 % des cas. Et parmi ceux contractant une hypothèque supérieure, 56 % disent utiliser les fonds à des fins de remboursement et de consolidation de dette. Sauf exception, cette consolidation se veut favorable en abaissant le coût moyen de la dette, et non pour accroître leur consommation. Dans 30 % des cas, les sommes additionnelles sont dirigées vers la réparation ou la rénovation de la propriété.

Mais il est vrai que pour les moins disciplinés, le fait de remplacer une dette de carte de crédit commandant du 19 % par une dette hypothécaire de 5 % peut devenir néfaste s'ils ont la mauvaise habitude de recourir de nouveau à leur carte au-delà de leur capacité de remboursement.

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Baisse de la terreur

Sur la scène boursière, Julie Caron, de l'Industrielle Alliance, a également noté un recul du climat de «terreur». Ce sentiment d'irrationalité extrême trouve sa mesure dans l'indice VIX, qui capte la volatilité des options sur l'indice américain S&P 500. «Une valeur élevée traduit un degré important d'incertitude, alors qu'une valeur plus faible traduit davantage de stabilité. Il est donc rassurant de le voir enfin revenir à un niveau plus normal, soit au niveau auquel il se négociait juste avant la faillite de Lehman Brothers», a souligné la conseillère. Le VIX se maintient toutefois autour des 40, soit à un niveau d'émotivité s'approchant de celui généralement reconnu durant les grandes crises.

Il en a été question au début de novembre dernier. Il a été souligné que la terreur avait atteint un degré d'intensité jamais vu le 27 octobre dernier, une date qui coïncidait avec l'atteinte d'un creux de l'actuelle correction boursière. La volatilité du S&P 500 mesurée par le VIX a culminé à 80,06 points ce jour-là.

Cet indice a longtemps évolué entre 10 et 20 points. Au-dessus de 30, l'émotivité prend le dessus sur le rationnel. À 45 points, nous nous retrouvons dans une grosse crise. «Imaginez à 80! Il n'y a tout simplement plus de rationnel.» À la mi-novembre, l'indice de volatilité était revenu tester les 80 points. Il est en baisse depuis.

À titre de comparaison, lors de la récession de 1990-92, le VIX a fluctué entre 10 et 30, donc dans la zone du rationnel. Il est remonté à la barre des 25-45 points lors de la crise monétaire asiatique de 1997-98. Il a bondi momentanément au-dessus des 40 dans le sillon du 11-Septembre, alors que la forte correction boursière ayant accompagné l'éclatement de la bulle des valeurs technologiques a forcé l'indice à se maintenir longtemps entre 30 et 40. Il se situait à 30 la veille de la faillite de Lehman Brothers.

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