La récession fait planer le spectre de l'obésité

Photo: Agence France-Presse (photo)

L'un risque de venir inéluctablement avec l'autre. La crise économique qui sévit un peu partout sur la planète annoncerait le pire en matière de... surcharge pondérale.

Chute du crédit, pertes d'emplois et récession pourraient s'accompagner, dans les prochains mois, d'un lourd effet pervers: une autre flambée de l'obésité stimulée par une recrudescence de la malbouffe, croit le chef cuisinier vedette anglais Jamie Oliver.

Le manger vide

Il n'est d'ailleurs pas le seul à tracer les contours de ce scénario catastrophe. Et plusieurs signaux envoyés dans les dernières semaines par le marché du manger vide, gras, salé et/ou sucré, pourraient malheureusement lui donner raison.

À la fin de l'année dernière, témoignant devant le Comité permanent sur la santé du Parlement britannique, le dynamique Oliver, qui porte régulièrement des coups durs à la malbouffe et pourfend dans la foulée l'obésité et ses nombreux déterminants sociaux, n'y est pas allé par quatre chemins.

Selon lui, les turbulences économiques du moment devraient engendrer rien de moins qu'«un film d'horreur» mettant en scène l'obésité. Un projet de la société contemporaine alimenté, selon lui, par une surconsommation prévisible d'aliments à bas prix et de mauvaise qualité qui, en temps de crise, se développent aussi vite que les bactéries sur une poitrine de poulet oubliée sur le comptoir d'une cuisine.

Faisons une pause publicitaire pour contempler un panneau-réclame géant situé dans les rues de Montréal suffit pour se convaincre de l'explosion de produits gras à venir. Sur fond blanc, une grande chaîne de restos de pizzas à bas prix y expose une équation sans équivoque: une entrée, plus un plat de pâtes en sauce, plus une boisson, plus du plaisir, le tout pour à peine 8 $. Une aubaine par temps de budget serré.

Et ce n'est pas tout. Dans un petit écran près de chez nous, les rois de la restauration rapide ne laissent pas leur place non plus pour séduire des consommateurs qui, lorsque les finances vacillent, cherchent toutes les bonnes occasions pour maximiser le plaisir immédiat tout en réduisant les dépenses.

Ici, un marchand de café l'a bien compris en vantant son duo qui met en vedette un kawa et un muffin pour moins de 2 $. Un de ses concurrents, normalement versé dans le burger dégoulinant, en fait tout autant, d'ailleurs.

Là, un jeune anglophone, président d'un influent distributeur alimentaire, expose dans la langue de Molière les bienfaits économiques de ses gammes de produits maison dont quelques-uns, «sans nom» et bon marché, s'inscriraient finalement très bien dans l'air du temps. Pas de doute, ce temps est dur, sauf pour l'alimentation bas de gamme.

Des McJobs

La semaine dernière, dans les pages du célèbre magazine économique Forbes, Denis Hennequin, grand patron de McDonald's pour le marché européen, affichait un optimisme tranchant avec la ribambelle de mauvaises nouvelles qui composent d'ordinaire les bulletins d'information à saveur économique.

C'est que son entreprise est loin d'être en dépression. La preuve: il a l'intention d'investir, dans la prochaine année, pas moins de 1,1 milliard de dollars pour la rénovation et l'ouverture de 240 nouveaux restaurants sur ce marché.

La prolifération de Big Mac annonce également la création de 12 000 McJobs au cours des prochaines années, a poursuivi le big boss, des McJobs engendrés par des consommateurs davantage intéressés par les prix les plus bas que par le prix sanitaire du gras.

Wal-Mart

Dans ce contexte de restriction et d'austérité, le géant de la distribution Wal-Mart arrive lui aussi, sans surprise, à tirer son épingle du jeu. Entre août et octobre derniers, alors que la planète éco commençait à s'écrouler, ses ventes ont en effet grimpé de 9,4 %, principalement dans ses 39 Super Centers qui affichent avec ostentation des rayons d'aliments pas chers, pas chers, indiquait récemment le Globe and Mail.

Parions d'ailleurs qu'en ces lieux, le Kool-Aid, le fromage fondu Velveeta, les célèbres nouilles au «fromage» Kraft Dinner ou la pizza Delissio doivent s'envoler comme des petits pains chauds, si l'on se fie à une autre étonnante réalité financière du moment: entre juillet et septembre derniers, les revenus nets du géant de la nourriture normalisée et industrialisée Kraft ont pris 19,4 % de mieux, souligne le quotidien anglophone, qui cite dans la foulée une porte-parole de la compagnie, Lynne Galia: «Nous profitons du fait que les consommateurs mangent à la maison, dit-elle. Nous pensons d'ailleurs que dans la conjoncture actuelle, nous sommes bien placés pour gagner.»

Manger à la maison

Le chef cuisinier Jamie Oliver est d'ailleurs bien d'accord avec elle: avec les pertes d'emplois et la rigueur du climat économique, les gens devraient de plus en plus manger à la maison, a-t-il exposé il y a quelques semaines aux parlementaires britanniques.

Sauf qu'au lieu de se réjouir de l'envolée d'aliments vides qui pourraient facilement nourrir ces changements de comportement, le cuistot espère plutôt que cette pause dans la restauration hors foyer soit plutôt utilisée à bon escient par les autorités sanitaires.

Comment? En aidant, par l'entremise de l'école par exemple, les consommateurs à développer des habiletés culinaires pour confectionner eux-mêmes des repas santé dans le confort de leur cuisine.

Il prône aussi l'adoption de lois pour limiter la concentration de restaurants minute sur les territoires britanniques.

Deux recommandations formulées en temps de crise, certes, mas qui méritent certainement de sortir du cadre insulaire, la Grande-Bretagne, dans lequel elles semblent vouloir de plus en plus résonner.

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Le grand parleur mais petit faiseur en matière de protection de l'environnement n'a désormais plus d'excuses pour l'inertie.

Depuis quelques semaines, un jeu en ligne offert sur Internet lui permet de mettre en pratique des gestes verts ou d'appuyer des mesures collectives écologistes afin de voir ce que ça donne.

Virtuellement et avant de passer à l'acte.

Son nom? Clim City, un clin d'oeil à l'addictif et célèbre Sim City du spécialiste en divertissements numériques Aspy. Les codes binaires pour cette aventure dans l'univers de la conscientisation s'exposent sur climcity.cap-science.net.

Dans les grandes lignes, l'internaute s'y retrouve donc à la tête d'une petite ville de 115 000 habitants, soit l'équivalent de Trois-Rivières, où, sur une période de cinq ans, il va devoir assurer une baisse des émissions de gaz à effet de serre, et ce, dans le respect du Protocole de Kyoto.

Le refrain est connu. Il s'articule aussi, dans ce cas, autour de 250 actions possibles mettant à profit autant les changements d'habitudes individuelles de consommation que les politiques municipales visant à influencer ces changements.

On y parle éducation des masses, d'énergie renouvelable, de compost, de rénovation domiciliaire... et surtout on s'y amuse sans les contraintes de la réalité, là où se passent les vraies choses: les pétrolières avec leurs groupes de pression, les distributeurs alimentaires qui n'aiment pas qu'on parle de leur suremballage, les fabricants de Hummer et leurs idées de grandeur, mais aussi les consommateurs conservateurs qui ne sont pas là pour mettre des bâtons dans les roues du changement.

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conso@ledevoir.ca.

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