Les leçons du Hezbollah

Il est apparu clairement, dès le premier jour de l'attaque d'Israël sur la bande de Gaza, que les militaires israéliens avaient appris des leçons du désastreux affrontement avec le Hezbollah en 2006. Mais surtout, on a pu voir la capacité des leaders politiques de ce pays de gérer le conflit avec le Hamas malgré les dysfonctionnements inévitables liés au fonctionnement de tout gouvernement de coalition, surtout à l'aube des élections. Ainsi, ces mêmes leaders ont réussi à surmonter les problèmes de corruption qui touchent une bonne partie de leur classe politique.

On peut faire un peu le même constat au Canada, avec Stephen Harper. Le premier ministre semble avoir tiré ses propres leçons du conflit libanais. Il a eu une «meilleure guerre» cette fois-ci, en tout cas meilleure que sa performance sur la scène nationale. M. Harper semble maintenant avoir compris que lorsqu'il s'agit du Proche-Orient, une région où les intérêts canadiens sont faibles et où les embûches sont immenses, il est plus sage de rester hors combat.

L'été 2006 fut difficile au Proche-Orient, et au 24 Sussex également. La déclaration de M. Harper sur la «réponse mesurée» d'Israël — même si elle a été faite dans les premières heures du conflit avec le Hezbollah libanais — a donné matière à des critiques acerbes tout au long du conflit. Critiques que ses détracteurs et autres commentateurs ont encore beau jeu d'exploiter aujourd'hui.

Cette fois, le premier ministre a réussi à se taire pendant presque deux semaines. Il a plutôt laissé son ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, jouer le rôle que jouait jadis Joe Clark pour Brian Mulroney. Et lorsque M. Harper est sorti de son mutisme, le 9 janvier, son adversaire libéral, Michael Ignatieff — qui s'était aussi embourbé en 2006 —, s'était déjà exprimé pour endosser essentiellement la position du gouvernement.

En tout temps, le gouvernement est demeuré discret durant le dernier conflit. M. Cannon s'est surtout exprimé par voie de communiqué. Son message est resté le même du début à la fin du conflit.

Ainsi, dès le premier jour, M. Cannon mettait de l'avant les inquiétudes profondes du Canada devant «l'escalade de la violence dans le sud d'Israël et dans la bande de Gaza, ainsi que les pertes de vie et les souffrances subies par toutes les parties». Il demandait aussi aux «parties de déployer tous les efforts pour éviter de causer des pertes civiles et instaurer les conditions visant à permettre aux groupes humanitaires un accès sûr et libre aux populations dans le besoin dans la bande de Gaza».

Plus important encore, M. Cannon a réclamé «un renouvellement des efforts pour instaurer un cessez-le-feu entre le Hamas et Israël». Un contraste frappant avec la position du Canada pendant la guerre au Liban, en 2006.

Israël a rapidement rejeté cet appel, mais le refus du Hamas de cesser les tirs de roquettes sur des civils — ce qui est reconnu comme un crime de guerre — a permis un renforcement du message du gouvernement Harper.

«Israël a parfaitement le droit de se défendre contre les incessantes attaques à la roquette déclenchées par les groupes militants palestiniens qui s'en sont délibérément pris à la population civile. D'abord et avant tout, ces attaques à la roquette doivent cesser», a indiqué le gouvernement.

Même si cette position n'était pas au goût de 15 ambassadeurs des pays arabes, presque 60 % de Canadiens l'ont appuyée, selon un sondage Angus Reid. L'ancien ministre des Affaires étrangères belge, Louis Michel, a exprimé la même opinion pendant une visite à Gaza cette semaine, au nom de l'Union européenne.

L'intransigeance du Hamas, qui a refusé de reconduire le cessez-le-feu, a également érodé l'impact des manifestations pro-Hamas au Canada. De même, elle a permis une certaine unanimité parmi l'opposition politique.

Au Québec, ni Gilles Duceppe ni Denis Coderre n'ont marché parmi les foules supportant la bannière du Hamas ou scandant les slogans d'une organisation cherchant l'élimination d'Israël. Là aussi, on a appris les leçons de 2006.

Quand le Canada a été le seul pays à voter contre une résolution du Conseil des droits de l'homme de l'ONU qui ne visait qu'Israël, on a aussi pu voir que la plupart des députés étaient d'accord. À tout le moins, ils ont gardé le silence.

C'est en soi une chose remarquable, si on considère qu'Israël était en train de démontrer aux Palestiniens qu'il était capable d'agir à Gaza d'une manière tout aussi insensée que le Hamas, et qu'il n'hésiterait pas à le faire de nouveau si le pays était provoqué. Une logique du Proche-Orient bien étrangère à la mentalité de la plupart des Canadiens...

Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail

nspector@globeandmail.ca

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