Passage obligé

«Je promets de faire mes devoirs. À copier dix fois.» Cela aurait pu être le titre du discours du Trône minimaliste lu hier par la gouverneure générale, Michaelle Jean. Ce discours d'à peine quatre pages et qui n'a pris que sept minutes à lire n'est qu'une longue promesse, celle que le budget d'aujourd'hui sera à la hauteur des attentes déçues de novembre.

Les conservateurs ont frôlé le précipice à l'automne. Ils ont eu chaud et, sans rien admettre ouvertement de leur erreur, ils cherchent à persuader tout le monde qu'ils ont rectifié le tir. Comme Mme Jean l'a dit, en lisant le texte soufflé par le gouvernement, «les vieilles hypothèses doivent être éprouvées et les décisions d'autrefois, repensées».

Ainsi, le climat de confrontation a fait place aux appels à la solidarité et à la concertation. Les conservateurs que l'on disait sourds aux inquiétudes des citoyens insistent sur leurs efforts de consultation et leurs tentatives de dialogue ouvert et non partisan. On dit même ne pas vouloir s'attribuer tout le mérite des bonnes idées contenues dans le budget.

Le gouvernement n'insiste plus sur les «assises solides» de l'économie canadienne, préférant parler de son plan d'action, dont il énonce les objectifs: stimuler l'économie et les dépenses «privées», bâtir le Canada par les infrastructures, préserver la stabilité du système financier, assurer l'accès au crédit, appuyer les industries en difficulté, protéger les citoyens vulnérables. On précise que les dépenses seront ciblées et que l'on évitera les déficits permanents.

Pour le reste du plan gouvernemental, cependant, nous sommes invités — noir sur blanc — à relire le discours du Trône de l'automne. Si tel est le cas, rafraîchissons-nous la mémoire un bref instant. On promettait, par exemple, une Charte du fédéralisme d'ouverture, un encadrement du pouvoir fédéral de dépenser, mais aussi une commission canadienne des valeurs mobilières, un changement à la représentation des provinces aux Communes, une réforme du Sénat et une modification à la formule de péréquation. Des dossiers qui intéressent le Québec au premier chef et qui ne disparaîtront pas des écrans radars.

À moins que l'on ne réserve à ces promesses le même sort qu'ont connu d'autres portions du discours de novembre. Les conservateurs reconnaissaient à l'époque que «le gouvernement doit toujours être responsable et imputable devant les représentants élus». Cela n'a pas empêché Stephen Harper de demander la prorogation des travaux avant que ces mêmes élus puissent lui retirer leur confiance.

Toujours en novembre, le gouvernement se disait résolu à prendre «des mesures pour protéger les citoyens en ces temps difficiles», à oeuvrer «de concert avec eux pour préserver notre prospérité future», à appuyer «les entreprises et les travailleurs canadiens dans leur quête d'un avenir meilleur», à continuer «de gérer les finances publiques prudemment».

Il avait suggéré une série de mesures économiques que l'on retrouve encore dans le discours d'hier. Pourtant, à la première occasion qu'il a eue de respecter sa parole, il a complètement échoué, optant pour une cure minceur pour le gouvernement fédéral et une série de mesures provocatrices, comme le retrait du droit de grève aux fonctionnaires fédéraux et la fin du financement public des partis politiques. L'opposition s'est braquée et, avec son projet de coalition, a forcé Stephen Harper et son équipe à refaire ses devoirs.

À en croire le discours du Trône d'hier, les conservateurs auraient compris la leçon, mais on ne le saura vraiment qu'en lisant la copie finale de l'examen de reprise intitulé «Budget 2009». Il reviendra aux libéraux de décider s'ils lui donnent ou non la note de passage, mais, chose certaine, ce sera la dernière chance qu'auront les conservateurs de prouver qu'ils méritent leurs lauriers.

mcornellier@ledevoir.com

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