Le syndrome de McCartney

Depuis trois semaines, il est pathétique de voir le PQ chercher une justification à la commémoration de la bataille des plaines d'Abraham, alors qu'il devrait monter aux barricades pour s'opposer à cette initiative aberrante de la Commission des champs de bataille nationaux.

Que voulez-vous, le PQ en arrache à Québec depuis plusieurs années. Le 8 décembre dernier, Agnès Maltais (Taschereau) a encore été la seule élue de son parti, et il n'est pas nécessaire d'être un grand stratège pour comprendre que le PQ ne pourra pas retrouver une majorité à l'Assemblée nationale sans remporter quelques circonscriptions à Québec.

Il ne veut donc pas indisposer les commerçants et une grande partie de la population de la capitale qui, après les célébrations du 400e anniversaire de la fondation de Nouvelle-France, voient dans le 250e de la Conquête l'occasion d'une autre année faste.

Sans parler de l'ineffable maire de Québec, Régis Labeaume, égal à lui-même, qui a qualifié ce débat de «radotage». Au printemps dernier, il avait déjà qualifié de «colons» ceux qui s'indignaient de voir le gouvernement Harper transformer la fondation de la cité de Champlain en acte de naissance du Canada. Cette fois encore, il compte bien être de la fête.

Les péquistes sont en quelque sorte victimes du syndrome de McCartney. Depuis l'été dernier, leur malheureuse opposition au concert de l'ex-Beatle est devenue le symbole de tout ce qu'on leur reproche à Québec. Il tombe pourtant sous le sens que les deux événements sont de nature complètement différente.

Cette frilosité est franchement navrante chez des gens qui prétendent faire du Québec un État souverain. S'imaginent-ils que la séparation n'indisposerait personne? Devrait-on y renoncer sous prétexte que la turbulence dont parlait Pauline Marois pourrait faire hésiter les touristes?

Seule Louise Beaudoin a osé dire haut et fort ce que ses collègues se contentent de penser discrètement. Peu importe que l'on qualifie cette reconstitution de célébration ou de commémoration, «cela dépasse l'entendement».

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C'est précisément la réflexion qui vient à l'esprit en entendant sa collègue Agnès Maltais proposer d'y voir «une leçon de pédagogie sur notre courage». Il se trouvera toujours des commentateurs stipendiés pour célébrer les vertus du bonententisme à tout prix, mais on s'attend à autre chose du PQ.

À ce compte, on devrait se réjouir à la perspective de tous ces événements à caractère pédagogique que nous pourrons commémorer au cours des prochaines décennies: la pendaison des patriotes, la publication du rapport Durham, l'Acte d'Union. Nos descendants pourront aussi s'instruire en reconstituant la pendaison de Louis Riel.

Les historiens québécois ne sont pas très enclins non plus à dénoncer l'événement. Même l'ancien ministre de René Lévesque, Denis Vaugeois, privilégie le «devoir de mémoire». Vu d'Europe, on semble voir les choses d'un point de vue nettement plus politique.

Le professeur André Zysberg, spécialiste d'histoire canadienne à l'Université de Caen, a déclaré au correspondant de Canwest que la reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham «va raviver de vieux antagonismes politiques, religieux et ethniques». Selon lui, c'est «une utilisation de l'histoire comme arme politique».

John Dickinson, un professeur de l'Université de Montréal qui occupe présentement la chaire d'histoire canadienne à la Sorbonne, estime que l'événement est du même ordre que l'incident de Brockville, en septembre 1989, quand une bande d'orangistes de l'Alliance pour la préservation de l'anglais au Canada (APEC) avait piétiné le drapeau du Québec devant les caméras de télévision.

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Il est vrai que l'on a reconstitué d'autres batailles, comme celles de Hastings ou de Waterloo. La comparaison tient-elle vraiment? Il y a des siècles que les Normands qui ont conquis l'Angleterre au onzième siècle ont été assimilés. Quelques décennies après la défaite de Napoléon, la France avait retrouvé son rang de grande puissance.

Plus de deux cents ans après la Conquête, le Québec s'est fait imposer une constitution malgré l'opposition de tous les partis représentés à son Assemblée nationale. Est-il vraiment besoin d'un autre rappel que celui-là?

Le président de la Commission des champs de bataille nationaux, André Juneau, assure qu'il n'est pas question de célébrer quoi que ce soit et que l'événement n'aura aucun caractère festif. Il est pourtant difficile qu'il en soit autrement avec les milliers de touristes d'ici et d'ailleurs qui déambuleront joyeusement sur les Plaines avec leur poussette et leur pique-nique.

Sans oublier le bal masqué au parc des Braves. Voici l'invitation que l'on retrouve sur le site de la Commission: «Malgré la guerre qui sévit dans la colonie, certains dirigeants trouvent à se divertir. Dansez comme eux au clair de lune, vêtus de vos plus beaux atours.»

Il est vrai que le dernier Intendant de la Nouvelle-France, François Bigot, et sa bande de voleurs se sont empiffrés jusqu'à la fin, avant de se rembarquer pour la France. Une autre leçon de courage!

mdavid@ledevoir.com

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