Obama et l'international

On attendait d'abord Obama sur l'économie et la politique intérieure, or voici que le nouveau président, dès sa deuxième journée complète à la Maison-Blanche, annonce une pelletée d'initiatives en politique étrangère:

- D'abord, de la manière la plus solennelle, il répudie la torture, une pratique américaine, officieusement (et quasi officiellement) légitimée sous George Bush au nom de la sécurité nationale, et qui a fait un tort immense à l'image des États-Unis dans le monde. Des mots comme «Guantánamo» et «Abou Ghraïb» sont devenus, à partir de 2004, presque synonymes de goulag (nom des anciens camps de concentration soviétiques)... ce qui n'est pas peu dire.

Corollaire de cette annonce: la fermeture de la prison de Guantánamo, à Cuba, au plus tard dans un an. Quelques détails pratico-pratiques autour de ces décisions sont venus mettre un bémol à l'annonce générale. Ainsi, le président a dit que toutes les méthodes d'interrogation des prisonniers ne seraient pas rendues publiques «pour ne pas permettre à nos ennemis de se préparer en conséquence», tandis que, pour Guantánamo, le délai d'un an est décrié par de nombreux groupes.

Mais, au total, l'effet de cette annonce est immensément positif et rend crédible l'idée d'un changement à la Maison-Blanche.

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- La question israélo-palestinienne ne devait pas, en principe, figurer en tête des priorités internationales de la Maison-Blanche. Le candidat Obama avait bien fait savoir, tout au long de 2008, (1) qu'il ne se laisserait pas absorber par la politique étrangère au détriment des affaires intérieures et (2) qu'à l'international, des questions comme l'Iran ou l'Afghanistan allaient passer bien avant ce vieux conflit répétitif de 60 ans qui, en 2009, n'est plus central dans les affaires du monde.

Mais voilà, il existe une telle chose que les imprévus, même pour une personne aussi puissante et informée que le président des États-Unis. C'est ainsi que l'attaque israélienne à Gaza a soudain ramené cette question au coeur de l'actualité. Ce qui a poussé Barack Obama à nommer dans la région un émissaire spécial, l'ancien sénateur George Mitchell: un homme qui avait déjà osé, au début des années 2000, faire porter une partie de la responsabilité du drame sur les épaules des Israéliens — ce qui est déjà beaucoup, pour un officiel américain.

- Enfin, le président n'a pas oublié ce qui est pour lui le vrai centre géopolitique du monde, le duo infernal formé par l'Afghanistan et le Pakistan. Et hop! on envoie un autre émissaire spécial faire une navette régionale, avec l'espoir... mais quel espoir au juste? Celui de «vaincre les talibans» par une accentuation de la guerre dans les zones tribales, comme le candidat Obama l'a plusieurs fois répété? D'inclure au contraire certains éléments «ennemis» dans d'éventuelles négociations? De faire baisser la tension entre l'Inde et le Pakistan, pour garder bien actif le front afghan, menacé d'être dégarni par cette autre crise?

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Dans ces deux régions comme ailleurs, il faudra voir jusqu'à quel point le président Obama, inspiré par ses émissaires et par la secrétaire d'État Hillary Clinton, sera prêt à réviser ses idées et celles qui guident généralement la politique étrangère américaine. Là-dessus, rien n'est joué.

Parce que, malgré l'amende honorable faite sur la torture et sur Guantánamo, malgré le style indéniablement nouveau qui se manifeste à la Maison-Blanche... sur le fond, les États-Unis restent encore dans le registre de la «guerre au terrorisme», même si l'on se déclare désormais plus regardant sur les méthodes.

Obama a dit et répété qu'il voulait accentuer l'offensive «alliée» en Afghanistan. Cela va contre tous les diagnostics avisés sur la question, et de plus en plus contre le choix des pays de l'OTAN, qui espèrent se sortir au plus vite de ce bourbier sans espoir. Et sur le Moyen-Orient, le nouveau président saura-t-il se dégager du profond sillon creusé par ses prédécesseurs, qui consiste à avaliser et à soutenir systématiquement les actions israéliennes... pour tenter, au contraire, de trouver une position plus équidistante entre les deux ennemis?

On a peine à y croire, mais c'est à ce prix qu'Obama pourrait laisser sa marque dans les affaires du monde... au-delà d'un changement de style et de méthode par ailleurs bienvenu.

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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

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