Technologie - Twitter, pour votre information

Twitter ou ne pas Twitter, voilà la question. En décembre dernier, je demandais à deux experts d'Internet au Québec, la consultante Michelle Blanc et le président de VDL2, Philippe Le Roux, quel était selon eux l'outil de communication à surveiller en 2009. Tous les deux, sans se concerter, m'ont répondu Twitter.

Soyons clairs dès le départ: on peut dire que Twitter, ce n'est pas du courrier électronique, ce n'est pas de la messagerie instantanée, ce n'est pas du clavardage, ce n'est pas un forum de discussion, ce n'est pas un site de nouvelles, ce n'est pas Google, ce n'est pas Facebook. Mais Twitter, c'est un peu tout ça en même temps.

Ce petit instrument de communication qui limite la publication à 140 caractères par message est en train de révolutionner la façon de faire circuler l'information sur Internet. Lancé officiellement sous le nom de Twitter en avril 2007, l'outil a rapidement trouvé une niche auprès des experts, consultants, spécialistes, jeunes entrepreneurs et journalistes qui désiraient rester en contact avec leurs pairs pour partager l'information et leurs découvertes.

Une fois inscrit à Twitter (c'est gratuit), il reste à s'abonner aux fils de commentaires des gens de son choix. On obtient ainsi instantanément les commentaires et les observations des rédacteurs de twits, le nom des petits messages envoyés par l'outil Twitter. Par la suite, que l'on y accède en utilisant la page Web de Twitter.com, une variante pour téléphone cellulaire comme celle disponible sur dabr.co.uk, ou que l'on utilise un logiciel comme Twhirl (disponible sur twhirl.org), on obtient de courtes phrases qui ressemblent souvent à une manchette. Et dans certains cas, l'auteur peut y ajouter un lien Web pour appuyer son propos.

Twitter est donc un outil de communication. Mais, de plus en plus, l'outil commence à devenir un outil de diffusion et de promotion. Mes deux experts de l'e-marketing, Michelle Blanc et Philippe Le Roux, s'entendent pour affirmer que, dans de nombreux cas, les entreprises pourraient bénéficier de l'utilisation de l'outil pour garder un lien direct avec leurs clients et leurs partenaires.

Un des plus beaux exemples d'utilisation de Twitter dans un contexte commercial demeure l'utilisation de Twitter par le fabricant d'ordinateurs Dell. Celui-ci a créé un compte Twitter pour alerter les consommateurs des baisses de prix sur certains produits. Résultat, ce canal de vente a généré des revenus directs d'un million de dollars américains, seulement en 2008. D'ailleurs, la direction de Twitter a confirmé qu'un modèle d'affaires serait proposé aux utilisateurs commerciaux dans les mois à venir.

Pour les accros de l'info, c'est également une source de renseignements intéressante. Je prends l'exemple de l'amerrissage de l'Airbus A320 de US Airways à New York: c'est un utilisateur de Twitter qui le premier a révélé l'accident en indiquant dans un court message que son traversier se dirigeait vers un avion qui venait d'amerrir sur l'Hudson. Il s'ensuivit des centaines de twits à la seconde pour alimenter ce canal d'information en petites bribes de renseignements captés ici et là par divers utilisateurs de Twitter. Reste alors au lecteur de twits à utiliser son jugement pour valider le sérieux des renseignements qu'il reçoit.

Le monde politique fait également usage de Twitter. Le plus bel exemple vient de la nouvelle administration américaine. Depuis les tout débuts de la course vers la Maison-Blanche, l'équipe de Barack Obama avait inclus Twitter dans l'arsenal de communication. Et la plus récente utilisation de l'outil aura été lors de l'assermentation du nouveau président, alors que, pour l'occasion, on a créé une chaîne spécialement pour l'assermentation. On y proposait tantôt l'agenda officiel, des suggestions d'activités, des circuits pour se rendre aux lieux des festivités et, même, des messages après le discours du président pour assurer la bonne dispersion de la foule. C'était sûrement la première fois que Twitter était utilisé comme outil de gestion de foule.

Encore plus récemment, et plus près de chez nous, le consultant et spécialiste des nouvelles technologies en contexte éducationnel Mario Asselin participait pendant le week-end à une rencontre de haut niveau en Californie. Toute la fin de semaine, il offrait à ses abonnés les grandes lignes de cette rencontre en direct. Plus de 354 abonnés à sa chaîne Twitter ont pu lire ses courtes observations et ses citations des conférenciers, et suivre les liens qu'il proposait pour approfondir certains sujets.

Très populaire aux États-Unis et au Japon, Twitter commence à prendre sa place chez nous. Pour vous donner un ordre de grandeur, la firme-conseil Deloitte Canada, nouvellement débarquée sur Twitter, nourrit 169 abonnés et la spécialiste d'Internet Michelle Blanc compte 1700 abonnés. Le nouveau lieutenant du PLC au Québec, Denis Coderre, compte quant à lui 85 abonnés comparativement à ses 4846 amis Facebook. Humblement, mon compte «rc_carnettechno» enregistre 440 abonnés, et je suis abonné à une trentaine de contributeurs qui me nourrissent de leurs observations.

En terminant, pour ceux qui s'intéressent aux discussions et aux activités qui auront lieu à Davos cette semaine dès l'ouverture du Forum économique mondial, je vous souligne que Twitter sera sur place. Depuis que la direction de l'événement a ouvert la porte à certaines vedettes de la blogosphère, l'intérêt de commenter l'événement en direct encore plus rapidement n'était pas tellement loin. Et c'est ainsi que certains participants ont déjà annoncé qu'ils «twitteraient» au sujet des rencontres et des activités entourant la rencontre.

***

bguglielminetti@ledevoir.com

Bruno Guglielminetti est réalisateur et chroniqueur nouvelles technologies à Radio-Canada. Il est également le rédacteur du Carnet techno (www.radio-canada.ca/techno).

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6 commentaires
  • Mario Asselin - Inscrit 26 janvier 2009 01 h 45

    Des gazouillis très utiles...

    Je suis revenu au Québec cette nuit et je découvre avec plaisir votre article. Vraiment, l'outil Twitter s'est avéré indispensable tout au long de ma fin de semaine... Non seulement j'ai pu «microbloguer» plusieurs petits moments clés qui ressortaient de ce que j'entendais et vivais pour mon réseau habituel, mais j'avais accès par les «gazouillis» de ceux auxquels je suis abonné à un «back-channel» incroyable. Une grande partie de l'action se passait sur ce canal, en parallèle aux conversations officielles. Rapidement, j'ai réalisé que j'avais accès par Twitter à l'objectivation en direct de chacun, à partir de ce qui se passait devant nous (plus de la moitié des participants à l'événement avait un compte sur Twitter)!

    N.B. On dit souvent que les innovations viennent de Californie et c'est peut-être pour cette raison que vous avez situé là-bas l'événement auquel vous faites référence, mais «EduCon 2.1» avait lieu à Philadelphie, en Pennsylvanie. Un compte rendu plus complet se trouve sur mon blogue, http://carnets.opossum.ca/mario .

  • Yannick Delbecque - Inscrit 26 janvier 2009 08 h 57

    Alternatives

    Cet article fait la promotion de l'un des nombreux outils de "microblogging" sans mentioner l'existance des nombreses plateformes alternatives. En particulier, je déplore le fait qu'il ne mentionne pas Laconica, un logiciel libre développé à Montréal - récemment considéré par ChannelWeb comme un des 10 projets libres les plus "cool" de 2008, aux côté de projets majeurs comme Ubuntu (voir http://www.crn.com/it-channel/212501022?pgno=1). Une des particularité de Laconica est la mise en place d'un protocole ouvert d'échange entre sites de microblogging, comme twitter, ce qui évite aux utilisateurs de se trouver prisonnier d'un site particulier et leur permet de fédérer plusieurs sites indépendants.

    Il est dommage que dans cet article on semble confondre le concept de microblogging avec une de ses implémentations particulières dont le principal mérite est la popularité. Je suis toujours décu à la lecture d'articles qui font la promotion de nouvautées technologiques en étayant leur popularité nouvelle sans faire une analyse comparée des alternatives. Je crains la répétition du même sénario que celui "phénomène youtube/facebook/etc": la promotion répété d'un produit unique au détriment des alternatives existantes donnera bientôt l'impression que le produit est l'unique moyen de devenir un "microbloggeur" au point d'identifier le produit et la fonctionnalité, comme beaucoup identifient faussement "youtube" et "vidéo en ligne". Comme ces outils deviennent des moyens de communication importants, faire la promotion d'une seule plateforme au détriment des autres revient au mème que de faire la promotion d'un journal unique sans jamais mentionner les autres alternatives - on peut réfléchir au fait que Twitter a présentement "lectorat" quotidien du même ordre de grandeur qu'un journal comme Le devoir.

  • Pascal Lapointe - Abonné 26 janvier 2009 10 h 10

    Illogique?

    Il y a quelque chose d'illogique dans ce que vous écrivez ici:

    « ..une source de renseignements intéressante. Je prends l'exemple de l'amerrissage de l'Airbus A320 de US Airways à New York: c'est un utilisateur de Twitter qui le premier a révélé l'accident en indiquant dans un court message que son traversier se dirigeait vers un avion qui venait d'amerrir sur l'Hudson. Il s'ensuivit des centaines de twits à la seconde pour alimenter ce canal d'information en petites bribes de renseignements captés ici et là par divers utilisateurs de Twitter. Reste alors au lecteur de twits à utiliser son jugement pour valider le sérieux des renseignements qu'il reçoit. »


    Alors que nous sommes dans une société où les gens sont de plus en plus pressés, cela veut dire perdre une demi-heure à décoder les twits qui arrivent de plusieurs sources, puis tenter de les valider, alors qu'il serait plus simple d'aller sur le site de CNN, et d'avoir tout de suite un update de la situation.

  • Sylvain Bérubé - Inscrit 26 janvier 2009 13 h 31

    Mario Asselin en Californie ?

    Mario Asselin était plutôt à Philadelphie cette fin de semaine ;-)

  • Robert Geoffrion - Inscrit 26 janvier 2009 14 h 02

    Non merci, pour les mêmes raisons que Facebook.

    Un simple coup d'oeil à la politique de Twitter concernant la vie privée et la collecte d'information m'a convaincu de ne pas y adhérer. Tout comme Facebook, le site se permet de collecter plein d'information à votre sujet et le diable seul, sait ce qu'ils en feront ou à qui ils les vendront.
    À vous de juger.
    Voici quelques extraits raccourcis de leur politique (désolé pour l'anglais):
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